SOLDATS-GITOTEHS ; SOLDATS OU CITOYENS
présentait, on le précipitait du haut du couloir, désigné du nom de ports, pontis, d'où l'expression de depontani qualifiant les individus qui ne comptaient plus au nombre des citoyens actifs. Evidemment ce simulacre de meurtre par noyade rappelait le temps où le peuple migrateur se débarrassait réellement des invalides qui le gênaient dans sa marche 1 .
Le changement de régime, lors de la transformation de la république en empire, entraîna la création d'une armée permanente, instrument du souverain, destiné à devenir bientôt l'arbitre du pouvoir.
Les légions, d'existence variable autrefois, furent instituées d'une manière définitive comme pour d'éternité. L'esprit de corps intervint :
l'honneur des aigles remplaça dans l'esprit du soldat la fierté nationale et le dévouement à la cité; le culte de l'empereur, dont l'image était représentée sur les drapeaux, prit un caractère religieux, et l'ambition de tous ces gens de glaive, désormais étrangère aux passions du monde civil qui s'agitait en bas, consistait à monter de grade en gracie dans la voie du commandement militaire.
Un autre changement, des plus importanls par ses conséquences,
Bibliothèque Nationale.
Cl. Giraudon.
CASQUE EN ÎOBME DE BONNET PHKYGIEN TBOTJVÉ A HEKCTJLANUM
1, R. von Ihering, Les Indo-Européens avant V Histoire, p. 402.
ROME
s'accomplissait en raison de l'immense étendue de l'empire : les corps d'armée devaient s'établir à demeure, dans le voisinage des frontières menacées; ils occupaient des camps fortifiés à côté desquels se fondaient des villes de tavernes et de boutiques, dépendant absolument de la légion voisine et en prenant même souvent le nom. Par la force graduelle des choses, ces villes devenaient peu à peu des cités militaires d'où partait toute l'initiative politique de la province, toujours exclusivement soumise aux intérêts de l'armée locale. La même raison qui avait obligé des 'empereurs à établir les troupes sur les frontières les forçait également à recruter leurs soldats par voie d'engagements volontaires', et tous les enrôlés, dont la guerre était le métier et qui n'avaient d'autre avenir que dans la profession des armes, dressaient leur descendance au même genre de vie. Se mariant dans le pays, parlant la langue des indigènes, ils finissaient par constituer des bandes armées fort différentes des anciennes légions romaines ; à demi barbares, ils préparaient inconsciemment la future invasion barbare. La cause publique leur devenait indifférente, ils ne voyaient d'autre gloire que celle du corps auquel ils appartenaient et c'est dans son unique intérêt que se faisaient les révolutions militaires. « Il y a même lieu de s'étonner, dit Gaston Boissier, que l'armée ait en somme usé si modérément de sa puissance »'. La grande ombre de Rome planait quand même au-dessus des soldats.
Même sous le règne d'Auguste, alors que commençait la longue <( paix romaine >, un désastre prophétique vint annoncer quelles seraient un jour les destinées de l'empire. Des légions aventurées a une grande distance au delà du Rhin, en des régions forestières habitées par les Ghérusques, y furent enveloppées et massacrées jusqu'au dernier homme. Le grave avertissement fut compris : satisfait du lot qui lui était échu, Auguste ne cherchait point à l'agrandir par l'acquisition des espaces hyperboréens qui, aux yeux des Romains policés, n'étaient pas même considérés comme appartenant au monde proprement dit. Joueur favorisé par le sort, il ne voulait point se lancer de nouveau dans les hasards, comme au temps de sa jeunese, et risquer l'immensité de la fortune acquise. Mais-Vil pouvait retarder le destin, il lui était impossible de le conjurer. Le silence des