I. Havelock Ellis, mémoire cité
l’homme et la terre
femmes, risquait fort de rester longtemps sans compagne ; il lui fallait plaire, se faire désirer à tout prix. De même que le coq se hérisse d’une crête l'ouge et bariole sa queue de plumes multicolores, de même le mâle humain cherche à se faii’e beau par des peintures d’ocre, de roucou, de génipa, par des franges et des étoffes brillantes, j)ar des ailes d’aigle, des griffes d’animaux, des chevelures d’ennemis vaincus, des tatouages et des cicatrices
Dans l’île de Fliuders, près de la Tasmanie, les naturels faillirent se révolter parce que les Anglais leur avaient interdit de se peindre d’ocre rouge mêlé à la graisse : « Vous nous rendez ainsi haïssables aux femmes I » clamaient les adolescents, morts depuis sans avoir jamais été sensibles à l’hygiène et à la propreté, telles que les comprennent les maîtres du pays maintenant leurs seuls habitants.
De 'nos jours, ce n’est pas l’homme qui met le plus de zèle à s’orner, c’est la femme. Plus que le mâle, elle est exposée dans les pays civilisés à mener une vie solitaire; c’est donc à elle à rechercher les étoffes soyeuses et délicates, les bijoux, les pierres éclatantes, de consacrer à sa toilette des heures nombreuses, et parfois même de soumettre son corps à de véritables tortures, dans l’espoir d’attirer les regards admirateurs.
Cependant il est des circonstances dans lesquelles, à n’en pas douter, l’homme prend vêtement ou couverture pour se garantir contre le temps. Dans les contrées où les pluies sont d’une abondance extrême, telles que la Papouasie et certaines parties du Brésil intérieur, le vêtement de l’indigène n’est d’ordinaire autre chose qu’un toit. Ainsi que l’a remarqué von der Steinen, le ruissellement des averses, entraînant les feuilles et les brauchilles cassées des arbres, serait souvent un danger pour le natui’el s’il ne protégeait sa tête et sou torse par des cônes de feuilles sur lesquels l’eau et les débris glissent rapidement. A cette 01‘igiue locale du vêtement se sont ajoutées plus tard les autres causes énumérées par les archéologues, y compris la vanité. L’homme utilise toutes les circonstances pour se faire admirer et s’admirer luimême.
La carte de la page précédente illustre suffisamment le fait que les matériaux ne manquent nulle part pour se couvrir; a defaut de peaux de bêtes ou de plantes textiles, ou se sert de feuilles de palmiers et les
PROTECTION GON’l’RE LES INTEMPERIES
habitants de la forêt équatoriale approprient merveilleusement de simples écorces.
Dans les pays très fx’oids, exposés aux âpres vents de mer, il était également nécessaire aux hommes de se couvrir : s'envelopper d'épaisses fourrures semble pour eux, sous ces tenihles climats, une question de vie ou de mort. Cependant la foice de résistance des indigènes aux froidures de ces régions voisines des cercles polaires arctique et antartique , est telle qu’ils peuvent fréquemment s’exposer aux intempéries en état de nudité.
Non seulement ils semblent indifférents à la sensation du froid, mais ils évoluent à l’aise dans des conditions qui amèneraient à bref délai la mort de l’Européen . Darwin et d’autres voyageurs ont eu souvent l’occasion de voir des
Fuégiens nus che
ESKIMAÜX DU VILLAGE DE KUSKOKWOGMUT (ALASKA occidental)
miner sous la neige ou sous la grêle; des femmes allaitant ainsi leurs enfants en plein air d’hiver, sans que les nourrissons paraissent en souffrir, s’éloignaient avec précaution d’un feu auprès duquel des blancs, débarqués sur le rivage, grelottaient encore'. La pratique usuelle, pour les Fuégiens qui ont pu se procurer des fourrures de guanaco ou d’autres couvertures chaudes, est de les tourner