I. Ernst Grosse, Die Anf ange der Kunst, p
distinctes, il est incontestable que diverses peuplades ont absolument reconuu la suprématie des femmes, et que chez d’autres, les hommes, tout en exerçant le pouvoir, se réclamaient toujours de la famille maternelle. Hérodote, en un passage célèbre', dit que les Lyciens portaient le nom de la mère au lieu de celui du père, et que leur état se réglait d’après celui de leur génitrice. Les inscriptions lyciennes confirmant le dire du grand voyageur bislorien ne, mentionnent que les noms de la mère^. Aux exemples de matriarcat dans l’antiquité recueillis par Bachofen, Mac Lellau et de nombreux voyageurs ont ajouté les faits appartenant au monde contemporain parmi les populations non policées.
Pour ne choisir qu’une forme typique de cet état social, on peut citer des montagnards de l’Assam, au sud du Brahmaputra, les Garro et les Khasia. Môme de nos jours, malgré rinlluence des Hindous et d’autres populations à type patriarcal, ces tribus se divisent en clans ayant conservé le nom de mahari, c’est-à-dire ((matriesn. Apparentés aux Tibétains, qui ont aussi des restes de gynécocratie, ces peuples voient toujours dans la femme le chef de la famille. C’est la vierge garo ou khasia qui fait au jeune homme la proposition de le prendre pour mari; c’est elle aussi qui procède à l'enlèvement de l’époux choisi, accompagnée de ses amis et des servants du clan maternel. Le divorce appartient à la femme; à elle de jeter, quand il lui plaît, cinq coquillages eu l’air pour que la séparation soit prononcée et que le mari rentre dans sa matrie première, en abandonnant les enfants à la dominatrice.
Même quand Thomme a été toléré pendant toute sa vie, il lui faut divorcer le jour de sa mort : ses cendres sont renvoyées vers le lieu de son origine, tandis que la femme est brûlée avec honneur dans sa matrie; plus tard, les urnes des enfants seront placées à côté de l’iirne maternelle L
En classant tous les faits relatifs à la constitution de la famille primitive chez les diverses contrées du monde, Cnnow a pu démontrer nettement qu’il existe une dépendance étroite entre la constitution familiale et les conditions économiques du milieu. Ainsi n’a-t’on
I. Livre 1, 173. — 2. Bachofen, Miitlerrecht \ M. Kowalewsky, Tableau des Origines et des Evolutions de la Famille et de la Propriété. — 3. Dallon, Ethnology of Bengal.
MATIU VKCAT
2iJ7
jamais rencontré d'institutions francliemcnt matriarcales chez les peuples pasteurs.
Même dans les liordcs errantes où la descendance était réglée par la famille maternelle, comme chez les Ova-IIcrrcro de l’Afrique méridionale, avant que la conquête — peut-être même la destruction
N° 35. Pays du Matriarcat.
par une armée coloniale d'Europe — n’ait modifié leurs mœurs, la femme était loin de porter le sceptre : elle obéissait, parce que la fortune vient presqu'en entier du travail de l’homme. C’est lui qui mène les bêtes au pâturage, qui les soigne et les protège contre l’ennemi, animaux féroces et maraudeurs; c’est lui qui trait les vaches et fabrique les fromages ; il possède en même temps la force et la supériorité dans le groupement économique : les
L’iIOMMli ET LA TEUHE
survivances matriarcales du passe n’cmpechcnl pas la domination cflcctivc de riiomme.
Mais là oii ragricuiLnre devient le travail exclusif des femmes, là où les mai is et les lils sont presque toujours occupés au dehors, à la chasse, à la pèche, à la guerre, la situation est absolument différente, là c’est à la femme qu’appartient le rôle iitile par cxccllenee dans l’économie générale de la tribu. L’agriculture lui fournil des récoltes de quantité à peu près eonstante, tandis que les produits apportés par l’homme varient suivant les aventures, les hasards et le temps. La prospérité eommune dépend absolument de la bonne geslion des mères, de leur esprit d’ordre, de la paix et de la concorde qu elles introduisent dans la maisonnée. L’affection naturelle que leur portent les enfants groupés autour d’elles se développe en une sorte de religion. Nulle décision ne peut être prise sans qn’on les ait d’abord consultées; dispensatrices absolues de la fortune familiale, elles finissent même par devenir les régulatrices de toutes les affaires sociales et politiques : quoique les plus forts, les mèdes s’inclinent devant la souveraineté moi'ale.
Chez les Wyandot de l’Amérique du Nord", le grand conseil de la nation se composait de !\'\ femmes et de 4 hommes, lesquels n’étaient en réalité que les agents exéentifs de la volonté féminine^. Mais dans les sociétés plus développées, où l’agriculture a pris une telle impoiv lance relative que l’homme abandonne presque complètement la chasse et la pêche pour labourer avec force le sillon, le pivot social change dans le groupement des individus, et de la grande famille matriarcale évolue la grande famille patriarcale, comme nous la trouvons chez les anciens Chinois, chez les Japonais et les Romains (H. Cunow).
D’ailleurs, le mot de « matriarcat » prête à confusion. On s’imagine volontiers que l’autorité de la mère sur les enfants implique la domination dans la famille et du moins l’égalité de la femme avec le père ; mais ce sont là choses très différentes.
La puissance maternelle n’empêche nullement la hrnlalilé du mari : il n’y a, pour ainsi dire, que simplification du travail dans le gouvernement de la famille. Ainsi, chez les Orang-Laût, qui habitent la péninsule de Malacca, les enfants appartiennent à la mère
I. llcinrich Cunow, Le Devenir social, avril 1898, pp. 335 à 34i. — 2. J.W. Powcll, Wyandot Government.
PATniARCAT