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DÉBUTS DE LA PROPRIÉTÉ

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avaient la même jouissance de tous pour corollaire; mais le seul fait que des tribus bien distinctes les unes des autres détenaient un certain territoire comme appartenant à l’ensemble des individus, impliquait déjà le principe de la future propriété privée dans le sens moderne du mot.

En effet, tout changement produit dans l’intérieur de chaque communauté ou tout conflit extérieur pouvaient modifier l’équilibre au profit d’un membre particulier du petit corps social, clan ou tribu. Telle distinction spéciale accordée à un grand chasseur, à un guerrier heureux, à un habile prophète ou médecin lui permettait ordinairement d’accaparer une part plus grande des animaux, du sol ou des produits pour lui et sa maisonnée de clients ou d'esclaves. Ou hien, l'accroissement de la population dans un district ayant rétréci l'espace que s’était réservé le clan, la lutte pour l’existence qui en résulta amena des combats, et, par suite, tel ou tel individu qui s'était distingué, en capturant, par exemple, tous les habitants d’une butte, put se croire autorisé par cela même à employer ses nouveaux esclaves, soit à la garde du troupeau qu’ils faisaient paître dans la savane environnante, soit à la culture du champ qu’ils avaient défriché. Sa bravoure ayant paru à la communauté digne d’une récompense spéciale, on lui avait laissé le hutin conquis.

Un des mots sanscrits les plus communément employés dans les Yeda pour rendre le sens de « bataille » est gavishti, soit littéralement la « lutte pour les vaches »

Dès les périodes préhistoriques, la propriété, duc soit à la capture, soit à toute autre cause, se manifestait par des indices de possession, tels que des marques tracées sur le poil ou la chair de l'animal. Les chevaux devaient déjà suivre l'homme à l'époque magdalénienne, à en juger par le licol que l'on voit représenté sur une gravure de cheval, par la couverture rayée que l’on distingue sur un autre dessin. C’est la grotte de Comharelles, près des Eyzies, qui a fourni ce précieux témoignage^. Une figuration de mammouth semble porter aussi des traces de caparaçons et dans ce cas l’énorme bête aurait précédé l’éléphant comme animal domestique.

La guerre sous scs mille formes, telle fut l'une des grandes causes,

1. Müller, Essais sur la Mythologie comparéé, tract. Perrot, pp. 3G, 87. — 2. Capitan et Breuil, Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 9 déc. 1901 ; p. io38.

l’homme eï la terre

la plus iiiiportaiite de toutes celles qui amenèrent la constitution de la propi'iété privée. Jadis la plupart des économistes se plaisaient à trouver à l'approprialiou du sol la plus noble origine, le travail. Mais l’observation de ce qui se passe chez les primitifs actuels montre que ce point de départ dut être bien exceptionnel. Le labeur accompli dans une communauté par l’un des membres profite naturellement

FIGURATION DE CHEVAL (gROTTE DE COMBARELLES)

1/8 grandeur du dessin préhistorique-

à l'ensemble des co-participants, sans que pour cela ceux-ci songent à décerner à leur compagnon zélé un privilège qui le distingue absolument des contribules. Les inégalités de pouvoir produites par les luttes intestines et les guerres expliquent bien mieux les inégalités de possession qui s’introduisirent dans le gouvernement des sociétés.

Mais, quelque forme qu’ait prise dans l’histoire l’appropriation d’un champ, d’un district ou d'une proAince par un seul individu, il reste toujours dans le souvenir des hommes et dans le droit traditionnel ou écrit des traces d’une forme antérieure de propriété collective.

En maints endroits, les propriétaires de domaines particuliers tra-

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