Zuni, Coahuiltecan et Athapascan
ée à défaut de noms usités en français.
vocabulaires distincts est le plus amjjlement représentée. Des milliers de groupes amazoniens ont chacun son dialecte, gcâce à la pai\ qui s’est établie entre des tribus d’égale valeur en cullnre et
L HOMME Eï LA TEltllE
sans ascendant spécial. Cependant à l’ouest, dans les montagnes, le ([iiichua, l’aquava, le lahuelche eurent naguère un grand pouvoir d’absorption et, dans le Brésil central, le va-et-vient des bateliers sur les fleuves fit du guarani une langue qui mérita d'etre appelée lingoa gérai. Enfin, dans l'Amérique septentrionale, les langues des Beauv-Rouges étaient en guerre comme les tribus elles-mêmes, et l'on constate que plusieurs d'entre elles semblaient en Aoie de dis- ])arition : en Californie, dans l'Orégon, sur tout le versant du Pacifique. la pression des conquérants a poussé les nations indiennes dans un espace de ])lus en pins rétréci.
De même que la langue tiansmet fugitivement la pensée émanée du groupe, la main cherebe à la défendre, à la maintenir, à l’éterniser même, jiuisque paidout nous trouvons des signes gravés : marques symboliques, pictographies, biéroglyphes dont l’aboutissant est l’écriture où les traits répondent anx sons. Tous les archéologues nous rapportent des dessins rupestres, élémentaires pour la pliqAàrt, mais d’autant mieux choisis pour répondre à des idées simples. La croix, le cercle, la cupule, la grecque, le labyrinthe se retrouvent partout': mais le difficile est de tromer la filiation entre les premiers signes et nos alphabets. Les Indiens de l’Amérique du Nord, les Quichua avec leurs nœuds de cordes, les Dahoméens de la Cuinée avec leurs sécades ou signes inscrits sur des fragments de calebasses entretenaient des correspondances très a ives et très détaillées à traAers tout le pays.
Chez tous les peuples, la langue fut dite de tout temps et à bon droit (( maternelle » : les mères furent toujours les patientes éducatrices de l’enfance. Le père se tait, mais la mère répète les mots, elle fait le perroquet pour encourager l’enfant à le faire aussi. La femme fournit le premier Aocabulaire, le premier cahier de chansons, le premier recueil de contes ; c’est elle qui conseiA e et permet ainsi de développer toutes les acquisitions de l’humanité. Et de plus « tout ce qu’il y a de Araiment indispensable pour la conduite de la AÛe nous a été appris par les femmes, le sourire, les beaux gestes, la politesse, l'art de plaire^ ».
Les influences directes du sol et du climat que l'Iiomme subit en premier lieu et qu'il apprend <à combattre en créant et en dévelop-
I. Georges Conrty. Sur les Signes rupestres de Seinc-el-Oise ; Charles Leloiirneaii, passim, etc. — a. llcmy cio Gotirinonl, Le Chemin de Velours; Palrick Geddes.
KClUTUllE
paal des hidusliios, eu acconimodant divcrscincnl sou genre d exis tence à des milieux diflerciils, en s'cnlr'aidanl d'homme à homme, de peuplade à peuplade et de nation à nation, se complirpicnt des réactions qin se produisent dans son intelligence en lui suggéjanl des explications naïves de tous les faits du monde extérieur. Lenfanl, homme ou peuple, ne saurait admetti-c la moindre hésilalion quant
Un voyageur ayant ]iris rendez-vous avec des J ukaguires au confluent de laKolyinaet du Koi’kndon (Sil)érie orientale) trouva, non les indigènes, niais cette lettre gravée dans l'écorce d’un liouleau et il la lut ■ainsi : Cet été, quatre familles ont remonté le Korkodon (1): un homme (désigné jiar son signe totémique) est mort et fut enterré en 3. Les familles se sont établies Xilushaut en trois tentes; puis deux d'entre elles, comprenant quatre pécheurs, sont parties vers rumont du Korkodon en deux grandes barques, tandis que les autres familles, ne comprenant que deux pêcheurs et n'ayant qu’une tente, ont remonté l'affluent Ras'socha (2).
PlCTOGRAPIIllî DES JUKAGUIRES
à la causalité de tout ce qui frappe ses sous : il exige une réponse à toutes les quesÜQns ([ui se posent devant lui; mais n’ayant encore aucune scienee positive, il doit, pour comprendre l’iiniters, se contenter des hallueinations de sa vue, des rêves incertains de sa pensée, des interprétations ([ue lui donnent sa penr ou son désir : il ne sait pas, mais il croit, et se sentirak irrité si l’on émettait le moindi'e doute stir l’objet de sa foi que partagent avec la même
l'homme et l V terre
assurance les amis et les compagnons de clan, tous ceux qui se trouvent sous l’aetion d’un milieu identique Cet ensemble de croyances illusoires et d’espérances chimériques, ces légendes incohérentes sur le monde visible et invisible, ces récits primitifs que la tradition recueille et que la puissance de l’hérédité transforme en dogmes absolus sont ce que l’on appelle la u religion ».
En haine de tel culte dominateur dont les interprètes puissants voulaient imposer les pratiques, même aux non-croyants, des écrivains ont cru pouvoir affirmer que certaines peuplades, vivant sans religion aucune, étaient complètement dépourvues de l’idée d’un au-delà; que, simplement occupées des intéi’êts immédiats de leur vie journalière, elles se bornaient à rechercher leur hien-etre matériel sans s’interroger sur les causes des phénomènes environnants, sans en poursuivre l’origine dans le monde inconnu. Il existerait, disent-ils, des peuples foncièrement irréligieux : tels les Ta-Ola ou « Hommes des Bois » que les deux Sarrazin ont découverts dans les profondeui’s sylvestres de Célébès.
Pour donner du corps à cette affirmation, on cite l’exemple de fouilles en des emplacements de villages préhistoriques, où nul objet ne paraît avoir servi aux cérémonies d’un culte : au milieu de tant d’outils, dont plusieurs curent un usage encore inexpliqué, on n’en voit aucun qui semble avoir été employé par les prêtres pour faire apparaître des dieux secourahlcs ou pour conjurer des génies mauvais. Quand même le fait serait incontestable et que les héritages légués par nos ancêtres n’eussent contenu — chose bien improbable — ui fétiches, ni amulettes, ni baguettes magiques, on ne serait pas autorisé à en conclure que l’homme primitif, simple machine à fonctions corporelles, n’était pas en outre sollicité par la curiosité de l’inconnu. Ignorer la cause d’un fait et néanmoins la supposer par imagination pure est un travers naturel à tous les hommes.
Mais sur quels témoignages s’appuie-t-on d’ordinaire pour avancer I’o])inion que paiani les tribus qui vivent encore ou AÛvaient récemment en dehors de l’influence directe des blancs, plusieurs sont étrangères à toute idée religieuse ? Sur ceux des missionnaires ou autres voyageurs chrétiens qui devaient avoir une tendance naturelle à considérer leur propre leligion comme la seule réelle : lorsque, à l’énoncé de leurs croyances, catholiques ou prolestanis étaient
SENTIMENT UEEIGIEUX
accueillis par des rires de moquerie ou par un étonnement stupide, ils en concluaient aussitôt que leurs interlocuteurs n'étaient pas des êtres religieux. C’est ainsi que presque tous les peujiles de civilisation non européenne furent jugés d'abord. Australiens, Cafres,
N“ 40. Religions du Dahomey
(Voir page 289).
Ilotlentots, Polynésiens, qui pourtant ont une mythologie si complète et qu’il a été si utile d’étudier dans toutes les questions de mentalité comparée, ont été classés jadis parmi les peuples dépourvus de religion. D’ailleurs, il est des sauvages qui aiment à écarter les questions indiscrètes. Un voyageur rencontre dans l’ile de Ceylan de jeunes Aeddah, fiers, solides, chevelus et harhus : « Y a-t-il un Dieu? » leur demande-t-il. — « Nous ne savons pas! — Le soleil et la
L I10:\rME ET LA TERUE
lune vivent ils?' — Qui le sait? — Que devient l'àme après la mort?
— Mous l'iguorous. — Avez-vous peur des démous dans la foret?
— Non. » De pareils entretiens ne promeut qu’une chose, l'incompatibililé d’humeur entre les \eddah et leurs iutcrlocutcurs hlaucs',
, Luc autre source de confusion provient de la qualification d’(( athées » que philosophes et théologiens ont donnée aux sectes, meme juofondément religieuses, qui ne mettent pas à la tète du panthéon, au sommet de l’Olympe ou du Mérou, un maître suprême, un dieu unique, à la fois créateur, couservateur, destructeur. Ainsi, par une étrange contradiction, les bouddhistes, dont la doctrine ou plutôt les doctrines diverses témoignent d’une étude si consciencieuse et si approfondie de la nature présente et du monde de l'au-delà, ont été 'déclarés antireligieux, parce que l’excès meme de leurs scntimculs éveillait en eux le désir de se perdre dans l'infini des choses.
Certainement il est des tribus ou populations qui, vivant dans un milicn favorable de paix et de bien-être, ont été relativement peu soucieuses des mystères de la vie et de la mort- et, jalouses de Icur^lihcrté, u’ont pas laissé se constituer au-dessus d’elles une caste de prêtres, mais elles n’en étaient pas moins composées d’ « animaux religieux ^ comme tous leurs autres congénères humains. Par cette définition d’animal religieux donnée à rhomme, de Quatrefages avait l'intention de constituer un « règne humain » bien à part, suspendu, pour ainsi dire, entre le ciel et la terre; mais du même coup les u frères cadets » de l’homme se trouvèrent emportés avec leur aîné. Nombre de philosophes modernes, entre autres Comte, sont disposés à l’admettre, au moins dans une mesure étroite, et Tito Yignoli reconnaît l’origine du mythe chez l’animal aussi bien c|ue chez l’homme L
Les ouvrages anciens sont remplis d’historiettes on de graves récits nous montrant combien nos ancêtres croyaient à la ressemblance originaire des conceptions chez tous les êtres organisés. Les bêtes passaient pour nos égales à tons les points de vue; elles pouvaient être même nos supérieures, puisejue plusieurs d’eutie elles furent choisies comme objet du culte. N’adora-t-ou ])as chez mille peuples du monde, et
T. Rüliincycr, Globiis, n" i3, 2 avril igoS. — 2. .V. de Quatrefages, VEspèce humaine, pp. 3îg et siiiv. — 3. Tito Yignoli, Mylh and Science.
SENTIMENT KELIGIELN;
notanimcul dans le pa>s alVicain de Ouida (Whydali), le serpent qui naît de la Terre et qui, s'enroulant en cercle, se mordant la queue, devient l’etrc qui ne finit point, le symbole de l’Kternitcl* Dans la légende hébraïque, le, serpent représente rintclligence même, la science du Bien et du Mal. Dans les religions hindoues, si riches en transformations et en avatars de tolite espèce, de la plante à l’animal et de lanimal an dieu, n’est-ce pas Ga nesa, c’est-à-dire l’Kléphant, qui est devenu te type de la sagesse, et, dans l’ile de Bali , n'en a-t-on pas fait, avec Dourga et Siva, la troisième personne de la Trinité ? Le singe llanonman, et surtout la vache sacrée des Brahmanes ne sont-ils pas
aussi de très gran-