‹ L'homme et la terreChapitre 141 sur 279 · I. Girard de Rialle, Origine des Religions · texte numérisé non relu

I. Girard de Rialle, Origine des Religions

l’homme eï la terre

animal voue à l’homme, son ami, n’entraîne-t-elle pas un A'éritable ciilte religieux exactement de même nature que celui dont nous brûlons pour ceux que divinise notre amour?

Au fond, toutes les religions, celles de l’animal aussi bien que celles de l’homme, tous les cultes, si différents qu’ils apparaissent, si hostiles qu’ils puissent être l’un à l’égard de l’autre, ont des origines analogues et se développent suivant une marche parallèle. Chaque être humain, entraîné dans le tourbillon général de la vie et désireux néanmoins de sauvegarder, de développer sa force individuelle, cherche un soutien dans le monde extéiieur pour se rassiu-er quand les craintes l’assaillent, écarter les dangers qui le menacent, réalis'er les vœux qui le traAaillent.

Que la frayeur soit le sentiment initial, comme le disent les livres sacrés et classiques — « la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse » — ou que ce soit, d’une façon plus large, le désir du mieux, la recherche du bonheur, ainsi que le démontre Feuerbach l’homme veut se rattacher à tout ce qui, en dehors de lui, paraît à son imagination un moyen de protection efficace, et qu’il rend tel par l’ardeur de sa passion. Tel est bien le principe originel de la religion, toujours le même.

La croyance de l’individu, du groupe, de la peuplade ou de la nation prend ensuite le caractère spécial que lui imposent le milieu géographique primitif et le milieu historique, secondaire et complexe. C’est un fait de signification profonde que le nom donné par les antiques Germains à leur plus haute divinité, soit précisément celui d’Oski ou « Désir » : deux mille ans plus tard, la philosophie vient attester cette étymologie en reconnaissant que le dieu créé par l’homme est bien la figuration de ses vœux. Ce que nous voulons, une puissance idéale imaginée par nous doit l’accorder ; elle se crée pour nous satisfaire.

Toutes les religions eurent aussi à leur origine un élément nourricier d’importance capitale, le besoin de détente intellectuelle, qui se manifeste de deux manières : par le repos et par l’ivresse.

C’est une fatigue de penser, de comparer, de raisonner, de con-

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