I. Ernst Grosse, Die Anf linge der Kunst, p
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l’homme et la terre
ses troupeaux se verra toujours, sur cette terre ou dans le monde lointain qu’il rêve, accompagné de ses chameaux, bœufs ou brebis, et maintiendra parmi eux l’oi’dre de préséance accoutumé. Enfin la parabole de l’immortalité de l’âme, qui, depuis des milliers d’années eut constamment pour élément primordial le grain nourricier jeté dans la terre, aurait-elle pu prendre naissance autre part que chez une nation d’agriculteurs? Qu’un peuple change de patrie par refoulement de guerre ou par migration spontanée; aussitôt ses légendes, ses traditions s’accommodent au milieu nouveau, et même dans nos grandes religions modernes, bouddhisme ou catholicisme, le code des croyances officielles le plus strictement réglé par les prêtres finit par se modifier, tout en gardant son cadre antique de cérémonies.
Spontanément l’homme primitif, sentant la vie fermenter en soi, attribue à tous les objets qui l’entourent une AÛe analogue à la sienne. Une pierre AÛent le frapper, il en veut aussitôt à la pierre qu’il croit être animée d’intentions ennemies. Qu’il vienne à buter contre une saillie du sol, il se rue contre cette aspérité comme si elle avait été méchante pour lui. 11 aime la branche qui le caresse de ses feuilles, la fleur qui le réjouit de son parfum, et il invective le rameau qui le fouette au passage, la ronce qui le déchire, la baie amère qui trompe son désir.
Chaque impression, agréable ou désagréable, suscite aussitôt plaisir ou haine; il se sent rattaché à tout son milieu par un flot de sentiments qui l’entretiennent dans mae constante illusion religieuse relativement au monde extérieur. Sous sa forme rudimentaire, très facile à observer chez les animaux et chez les enfants qui battent ou lacèrent furieusement le brimborion dont ils se plaignent, cet animisme paraît ridicule à ceux qui voient parfaitement le rapport de cause à eflet entre la pierre indifférente et la main hostile qui la lança; mais la conception erronée de la vie universelle continue de se retrouver jusqu’à nos jours dans les idées morales et dans l’histoire religieuse.
C’est que les mille accidents de la vie journalière sont, pour la plupart, d’une genèse difficile à comprendre ; la connaissance des phénomènes n’étant encore révélée que dans notre tout proche horizon, et cependant le besoin de tout expliquer agissant nécessairement sous une forme au moins rudimentaire, l’homme primitif se sent tout natu-