I. Max Müller, Origine et Développement de la Religion
l’homme et la terre
du sentiment de la révolte. La société imaginaire des cieux correspond à la société réelle de la Terre. Quand les nations eurent des rois visant à la monarchie universelle, elles créèrent du même coup le dieu souverain, trônant dans l’empyrée par dessus les hommes et les génies. A toutes les oscillations de l’humanité répondait un mouvement de même natui’e dans le monde des dieux : l’ascension et la décadence des maîtres de la Terre se doublait dans l’espace de l’exaltation et de l’obscurcissement des divinités d’en haut, car l’imagination des hommes se modèle toujours sur la réalité.
Mais par l’efTet de la persistance des institutions, de la durée des traditions, de l’accoutumance aux pratiques héréditaires, tous ceux qui profitaient de l’ancien état de choses cherchaient à le prolonger bien au delà du temps normal, et c’est ainsi que rois, prêtres et leurs parasites ont toujours apporté tant de zèle à maintenir les images que leurs prédécesseurs avaient créées dans les cieux, à perpétuer les cérémonies religieuses et toutes les conventions morales qui en dérivaient.
Le consentement unanime de millions et de millions d’hommes, pendant de nombreuses générations successives, a fini par donner à de vaines figurations comme une solidité concrète, et lors du danger, quand les maîtres ont recours aux dieux, leurs créatures, l’appel que les puissants de la terre menacés font aux puissants du ciel ne reste pas sans écho. L’ensemble de toute l’organisation politique et sociale à laquelle appartiennent les dieux constitue un tout solidaire, agissant et réagissant par toutes ses parties les unes sur les autres : les rois ayant intronisé les dieux, ceux-ci, par contre-coup, prolongent la durée des monarchies et des églises.
Toute religion se fait une éthique à son usage, ou plutôt elle prend dans le fonds commun à tous les hommes les règles de conduite qu’il lui convient de prescrire. Il en résulte naturellement que les interprètes de tout culte se croient volontiers les créateurs de la morale : et ils se l’imaginent d’autant mieux que sorciers et magiciens, expliquant à leur gré les volontés d’en haut, se sont également enhardis à devenir les exécuteurs de ces volontés : après avoir prononcé les peines, ils aiment à les appliquer ou à les faire appliquer par leurs fidèles. Justiciers par les paroles. Us tiennent aussi à l’être par les