Bering (E. Reclus
Greenwich
Paris
Bei-ing
(de
grés)
(dei
grés)
(grades)
14. Ligne au passage de laquelle la date est avancée d’un jour à bord des vaisseaux allant vers l’Ouest et retardée d'autant à bord des vaisseaux allant vers l’Est.
Les chiffres du bord inférieur du cadre correspondent à la division de l'Equateur en 360“, comptés de 0“ à 180“ Est et de Û“ à 180“ Ouest de Greenwich; les chiffres du bord supérieur correspondent à la division de l’Equateur en 240 grades, comptés dans un seul sens de l'Est à l’Ouest à partir d’un méridien traversant Pile Ratmanofl (Diomèdes) et identifié avec le 169“ W Greenwich.
La division de. M. de Sarrauton est déterminée par le phare du Cap Vert dont le méridien (environ 17“ 30' W Greenwich) est numéroté liO; il propose la division de l’Equateur en 240 grades et le méridien initial coupe alors le continent américain près du Cap du Prince de Galles à travers Conical Hill.
dans la traversée de l’Asie Mineure, passe au milieu de population? sujettes aux: mêmes influences de sol et de climat, participant aux mêmes mouvements historiques et composées en grande partir
d’éléments de même provenance ethnique. Il faut reculer la véritable limite entre le monde occidental et le monde oriental de manière à rejeter du côté de d’ouest tout le versant des deux fleuves jumeaux, le Tigre et l’Euphrate, ainsi que les principaux sommets de l’Iran. Cette région de la Perse et de la Médie, de l’Assyrie et de la Chaldée, est intimement associée dans son histoire avec les pays de la Méditerranée, tandis que ses relations avec le monde de l’Orient furent toujours moins actives et plus fréquemment interrompues.
La vraie zone de séparation est indiquée dans le centre de l’Asie par une région territoriale qui se distingue à la fois par le haut reliet du sol et par la rareté des habitants. Entre la Mésopotamie, dont les immenses foules dressèrent autrefois la Tour de Babel, et les plaines gangétiques de l’Inde, où l’on compte jusqu’à huit cents habitants par kilomètre carré, une zone médiane, ne contenant guère qu’un ou deux individus en moyenne pour le même espace, se dirige du golfe d’Oman vers l’océan Arctique. Elle commence immédiatement à l’ouest du bassin de l’Indus dans les régions presque désertes du Balouchistan, parsemées de rares oasis, puis elle se continue par les monts Khirtar et Sulaïman-dagh, enfermant dans leurs âpres vallées des tribus de montagnards fréquemment décimées par la gueri'e. Au nord-ouest de l’Hindustan, les hauts sommets de l’Hindu-kuch et d’autres cimes, inférieures seulement à celles de l’IIimalaya, marquent les bornes de partage, se prolongeant par les plateaux si difficiles à franchir auxquels on a donné le nom de « Toit du Monde » et qui, flanqués au nord d’arêtes parallèles, vont rejoindre le massif des u Monts Célestes ». Au delà de ces puissantes roches au diadème de glaciers, la zone faiblement habitée se poursuit dans la grande dépression sibérienne vers les rivages salins du lac Balkach, puis, au nord de la chaîne du Tarbagataï, vers les solitudes infertiles de Semipalatinsk, la « Steppe de la faim » ; enfin, l’entre-deux presque désert compris entre les bassins de l’Ob’ et du Yenisséi va rejoindre les toundras du sol congelé. Les recherches de Gmelin et d’autres naturalistes ont constaté que, pour la faune du moins, la véritable séparation entre l’Europe et l’Asie se trouve dans ces terres basses et arides et non sur les hauteurs verdoyantes des Monts Oural.
L’An('icn Monde est ainsi divisé en deux moitiés distinctes ayant
ORŒM' ET OCCIDENT 32Q
une masse continentale à peu près d’égale grandeur. Dans toute sa paitie méridionale et centrale, cette large bande de séparation est formée d’une série d’éminences qui comprend le noeud capital du système montagneux de l’Eurasie et n’est coupée qu’à de rares inter-
N® 43. Zone de dépopulation entre l’Orient et i’Occident.
Moins de 1 habitant par kilom. carre
De 1 à 5 habitants •• •• - —
De 5 à 25 " .... ..
De 25 à 50 - - -
P/ us de 50 '• " ■■
0 1000 2000 3000 4000 5000 kiL
valles par dos passages accessibles aux guerriers et aux marchands. Ces portes difficiles étaient les seules qui fissent communiquer les populations des deux versants, les civilisations respectives de l’Occident et de l’Orient. De meme qu’un glissement du sol peut barrer soudain le courant d’un fleuve, de même l'incursion d’une tribu de montagnards pouvait fermer complètement le transit entre l'Est et
l’homme et la terre
l’Ouest, coupant de nouveau le monde en deux. Et c’est là ce qui se produisit à maintes reprises.
Souvent Afghans et Turkmènes arrêtèrent des armées au passage; plus souvent encore celles-ci ne se hasardèrent qu’à l’entrée des gorges, craignant le long et âpre chemin en des contrées redoutables, sans gîtes de repos et d’approvisionnement. Pour traverser ces formidables barrières, il fallait aux Darius et aux Alexandre, aux Mahmoud, aux Baber et aux Akhbar toutes les ressources en arméees et en argent de puissants empires. Encore de nos jours, les régions montagneuses de la ligne de partage opposent de très grands obstacles au transit, en dépit des routes d’accès, des caravansérails et des ports de refuge.
En adoptant cette manière de voir, on établit nettement pour toutes les étendues terrestres le sens général des expressions Est et Ouest. Du côté oriental, toute la partie de l’Asie qui s’incline vers la mer des Indes proprement dite et vers le Pacifique se continue par les grandes îles et les archipels qui parsèment la vaste surface des eaux presque jusqu’aux rivages de l’Amérique. Du côté occidental, les péninsules antérieures de l’Asie et les bassins de la Caspienne et de l’Ob’ s’ajoutent à l’Europe, à tout le monde méditerranéen, au continent africain, et par delà l’Atlantique embrassent les terres américaines. Car ce double continent qui regarde vers l’est par ses estuaires, par les vallées de ses grands fleuves et les pentes de ses plaines fécondes, appartient incontestablement, aussi bien sous le rapport de l’histoire que de son orientation géographique, au cosmos européen. Il reste tourné vers l’Europe, aussi longtemps que la grande porte de Panama ne sera pas largement ouverte pour donner toute leur initiative de commerce à Valparaiso, à Callao, à San-Francisco.
Certainement la plupart des nations et des tribus, restées longtemps séparées les unes des autres en humanités distinctes, poursuivaient leur existence sans avoir la moindre notion de cette différenciation entre Orient et Occident ; mais dès les premiers âges où les grands peuples de l’Ancien Monde prirent conscience de leur histoire, ils connurent la valeur du faîte qui sépare les deux versants. L’évolution humaine s’accomplit diftéremment des deux côtés, et chaque siècle dut accroître la divergence originaire de cette évolution, gravitant ici vers la grande mer, et là vers le bassin de la Méditerranée. Laquelle de ces manifestations était destinée à produire les conséquences les plus