‹ L'homme et la terreChapitre 161 sur 279 · NORD ET SUD · texte numérisé non relu

NORD ET SUD

U Midi », presque toujours associé à l’idée de chaleur excessive et de lumière aveuglante, aurait été spécialement réservé au Sahara et aux autres déserts de la zone torride, des deux côtés de l’Équateur*. Il en serait donc résulté, en bonne logique, que le mot « Nord » devrait s’appliquer à la fois aux terres glacées de l’hémisphère boréal et à celles de l’hémisphère austral. Mais pareille convention serait trop contraire à tous les usages pour avoir la moindre chance d’être adoptée, et par conséquent le terme a Sud » , gardant forcément une signification de géographie stricte, ne se rapporte qu’à la position des terres relativement au pôle arctique. D’une manière générale, conformément au langage ordinaire, l’équateur limite le Nord et le Sud, mais, plus spécialement et sans explication nécessaire, on comprend la division naturelle indiquée par les formes continentales elles-mêmes ; l’Amérique se trouve naturellement partagée en nord et en sud par la mer des Caraïbes et le pédoncule des isthmes; la Méditerranée est une autre zone de séparation formée par la nature, entre l’Europe, continent septentrional, et l’Afrique, continent méridional. Plus à l’est, le trait de partage est moins net; cependant le constraste des climats du nord et du sud est parfaitement marqué par les versants opposés des montagnes qui, sous divers noms, se continuent du Caucase et du Demavend à l’Himalaya. Mais tout à fait à l’est du continent asiatique, la ligne de division entre Nord et Sud est difficile à tracer : elle se confond avec la racine de la grande péninsule indo-chinoise.

Souvent aussi on a tâché d’établir une différenciation précise entre l’Est et l’Ouest, et déjà, suivant les idées dominantes et les diverses contrées, les géographes ont choisi des lignes méridiennes de partage, divisant le monde en deux moitiés, considérées l’une comme orientale, l’autre comme occidentale. Le méridien de Paris, celui de Greenwich, qui est maintenant adopté, sauf quelques exceptions négligeables, par les marins du monde entier, ne pouvaient avoir qu’une valeur toute conventionnelle pour la facilité des calculs astronomiques entre la montée du soleil et sa descente, entre l’Orient et le Ponent. Mais ils ne coïncident en rien avec une ligne de séparation naturelle. Parmi tous les méridiens que les astronomes ont menés de pôle à pôle, un seul,

I. Cari Rittcr, De la Configuration des Continents, trad. E. Reclus, Revue germaniijue. nov. iSôg.

l’hojdie et la tebue

celui qui était censé joindre le Grœnland aux terres antarctiques en passant par l’île de Fer, paraissait se confondre à peu près avec une division géographique puisqu’il suit dans presque toute sa longueur le fossé de l’Atlantique entre l’Ancien Monde et le Nouveau. Le maintien de ce méridien eut fini par fixer la signification des mots Est, Ouest en leur donnant pour synonymes les expressions Ancien Monde et Nouveau Monde. A un certain point de vue, la chose eût été juste, puisque l’Amérique, située à l’Occident de l’Europe, a été découverte par des navigateurs qui cinglaient vers l’ouest; mais en étudiant l’ensemhle des tci res suivant leur ordonnance, on constate que la masse du double triangle américain continue exactement la courbe de l’Asie autour du grand bassin océanique : au point de vue de la genèse des terres, elle se trouve donc à l’est de l’Ancien Monde, et la ligne méridienne la plus logique se trouve être celle qui passe par le détroit de Bering, dans l’immensité du Pacifique.

Si l’on tient, comme il est convenable, à choisir une ligne de séparation normale entre l’Est et l’Ouest, non seulement à cause de ses avantages géographiqiics, mais surtout en raison de l’influence que ce trait de partage a déterminée dans l’histoire elle-même, on pourra s’arrêter, vers le commencement des âges entrevus par la science du passé, à la zone médiane de l’Ancien Monde des deux côtés de laquelle les événements prirent le caraclèic le plus original et le plus distinct. Une première division de ce genre, très justifiée à quelques égards, est celle qui a valu leurs noms à l’Asie et à l’Europe. Pour les Assyriens, le pays d’Assie, dont le nom s’est diversement modifié depuis, était la région éclairée par les rayons du soleil levant, et le pays d’Ereb — l’Europe — comprenait toutes tes contrées s’étendant vers la pourpre du soir. Il est certain que la division géographique entre les deux continents, marquée par les ramifications orientales de la Méditerranée, correspond à une différence considérable dans le mouvement historique des contrées riveraines; cependant les résultats généraux de l’histoire comparée nous prouvent qu’il faut chercher beaucoup plus à l’est que la côte de Syrie le méridien de partage entre les deux moitiés du monde méritant le mieux les noms conventionnels d’Est et d’Ouest, d’Orient et d’Occident.

Il semblerait assez naturel, au premier abord, de fixer cette ligne de séparation à ta limite des bassins fluviaux qui s’inclinent d'un

Page 1