INDUSTRIES PRÉHISTORIQUES
de ses outils, de ses habitations, de toutes les traces de sa vie suffît à la démontrer, et même à en donner une idée psychologique plus complète que ne la fournit la « trouvaille de crânes bien conservés ». Les âges primitifs du « bâton » resteront inconnus, parce que cette arme est réduite en poussière, mais l’âge de la « pierre » se révèle encore à nos yeux.
11 est vrai que l’industrie de l’oligocène supérieur dite « de Thenay », d’après les objets étudiés par Bourgeois dans ta vallée du Cher, est considérée comme n’ayant pas été parfaitement établie : on conserve des doutes au sujet de la provenance des plus belles pièces « de ce gisement » que possède le musée de Saint-Germain. Mais d’autres documents fort anciens, les silex du Puy-Courny, trouvés près d’Aurillac, par Rames, sont incontestablement authentiques, reconnus comme tels par les . archéologues de l’Europe, et ces pierres, admirablement utilisées par notre ancêtre lointain, appartenaient à l’âge miocène supérieur : ce sont actuellement les témoignages les plus vénérables de notre passé'. Les silex c[ue découvrit Prestwich sur les plateaux crétacés du Kent sont également tenus par la plupart des géologues comme indubitablement anciens, de l’âge moyen du pliocène, qui précéda les quatre dernières progressions glaciaires. Puis se succédèrent d’autres industries éolithiques, de Saint-Prest, de Reutel, de Mesvin", jusqu’aux industries classiques de Chelles, de Saint-Acheul, de Moustier, si connues par la multitude des armes et des outils qu’ont fournis les fouilles de l’Europe médiane, de la vallée du Rhône à celle du Dniepr.
La France méridionale, dans les bassins de la Garonne et de l’Aude et sur le versant des hautes terres centrales, présente une série continue de productions industrielles pendant le va-et-vient des avancées et des reculs de la glace : les révolutions dues, dans les pays du Nord, aux progressions et aux retraites successives de la masse cristalline causèrent certainement aussi, par une sorte de choc en retour, des modifications très importantes dans la culture des contrées du Sud, mais elles ne la supprimèrent point complètement. Il n’y eut point de «hiatus», suivant l’expression des archéologues ; mais, en divers endroits de l’Europe médiane, il y eut arrêt complet et la civilisation
I. Rutot, Capitan, Ivlaatsch, etc. — 2. A. Rutot, mémoire cité.
28 l’homme et la terre
dut recommencer à nouveau par des essaims de colons venus des pays non dévastés ' .
A En diverses contrées de l’Europe , les trouvailles
archéologiques et l’aspect du sol où se sont opérées les fouilles permettent d’assister, pour ainsi dire, au combat de l’homme et du glacier. Ainsi, l’on a découvert, au milieu du dix-neuvième siècle, dans les plaines du Suffolk et du
POINTES GRATTOIRS t> i r i i • j .• • . . i i
Bedfordshire, des vestiges incontestables
Vallée de la Vézère.
, du travail de 1 homme, fléchés en silex
1/3 grandeur. (Coll. Vibrai/e-)
et autres instruments, qui appartiennent aux couches de terrain déposées immédiatement après le retrait des glaces, les fleuves actuels n’ayant pas encore eu le temps de creuser leurs lits dans le sol où se trouvèrent ces restes de l'industrie humaine Mais c’est principalement en Suisse, où les Alpes suivaient harmoniquement les oscillations des glaces polaires, que l’on constate le mieux les efforts de l’homme pour conquérir le sol sur les glaces en régression.
D'après Rütimeyer (1876), le témoignage le
plus antique du séjour de l’interglaciaire dans les Alpes
du lac de Wetzikon, où il découvrit et étudia ce qu’il crut être un reste de vannerie, c’est-à-dire trois bâtonnets taillés en pointe à l’extrémité inférieure et tressés de branchilles fendues h
On a fait remarquer depuis que les castors, jadis nombreux dans les lacs de la Suisse, peuvent avoir été les ouvriers qui façonnèrent ces bâtonnets
POINTE ET GRATTOIR DOUBLE Vallée de la Vézère 1/3 grandeur. (Coll. Vibràye.)