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RÉGRESSION DE LA BACTRIANE

encore représenté. Les seuls parents rapprochés des Iraniens du plateau méridional sont les Tadjik, c’est-à-dire les ((Couronnés» des villes et de la Bactriane orientale, dans le voisinage des monts. Encore leur type est-il assez impur et leur langue fortement mélangée de paroles et de tournures turques et mongoles. A l’arrivée des Russes dans la Turkménie, il n’y avait plus de groupe strictement aryen que dans les combes des hautes montagnes, sur le versant occidental des Pamir, dans le Karategin, le Darvaz, le Badakchan.

Par leurs invasions dans les terres aryennes des deux fleuves aralocaspiens, les peuples nomades venus des régions septentrionales avaient doublement contribué à transformer la nature de la contrée au point de vue du sol et du climat, d’abord par la dévastation brutale, la destruction des jardins, des bois et des forêts, puis par le changement de régime, par la substitution des mœurs pastorales à celles des agriculteurs. Ils comblèrent les canaux ou du moins les laissèrent s’envaser : au lieu de régler le débit des fleuves, ils aidèrent, par le piétinement du bétail sur les rives, à en faire une succession de marais, de coulées irrégulières. Ils agrandirent ainsi le steppe, peutêtre d’accord avec les variations du climat, et donnèrent un sens géographique plus précis à ce nom de ((Touran», que, depuis la plus haute antiquité, on aime à faire contraster avec celui d’Iran. Entre les deux régions que sépare la chaîne du diaphragme asiatique, à l’est de la Caspienne, partout se maintient l’opposition de la plaine et du plateau, et, dans une forte mesure, celle des peuples sédentaires et pacifiques, des hordes nomades et guerrières.

Le plateau de l’Iran, que les divers chaînes et massifs du Caucase indien et de ses prolongements oecidentaux séparent de la Bactriane, de la Margiane, des solitudes du Touran et de la Caspienne ou mer d’Hyrcanie, se décompose en deux grandes régions naturelles: à l’ouest, riranie proprement dite; à l’est, les diverses contrées qui furent autrefois dénommées : Arachosie, Drangiane, Gédrosie, et que l’on désigne actuellement sous les noms d’Afghanistan et de Balutchistan. La région orientale, dont les vallées s’entre-croisent avec celles de la Bactriane, est à peu près de même étendue que celle de l’Occident, mais elle en diffère par la nature du sol, qui présente dans son ensemble une variété de relief beaucoup plus considérable, une structure plus

complexe, et par conséquent plus favorable à la conservation des diversités ethniques. Ces deux moitiés du plateau iranien présentent une certaine analogie de traits: l’une et l’autre sont entourées de montagnes bordières, aux massifs nombreux, aux remparts divergents ou parallèles ; l’une et l’autre sont creusées vers le milieu d’une cavité vers laquelle les eaux du versant intérieur se dirigent ou se dirigeaient avant la dessiccation partielle de la contrée. Cependant il existe un contraste dans l’orientation des pentes : tandis que l’inclinaison générale du plateau occidental est tout dans le sens du nord-ouest au sud-est, elle est indiquée du nord-est au sud-ouest dans la région orientale.

Les enceintes de montagnes et la disposition géographique de leurs pentes s’inclinant longuement vers une cuvette médiane devaient déterminer une ressemblance correspondante dans la vie des populations résidantes. Quelques-unes d’entre elles se trouvaient complètement enfermées, et celles qui avaient de par la nature leurs libres communications avec l’extérieur étaient néanmoins en grande majorité entraînées par le penchant du sol et la direction des eaux vers l’intérieur du pays: la formation de tribus distinctes, de nationalités à limites ethniques précises, fut ainsi favorisée; des pays aux contours bien arrêtés sont la première condition du patriotisme primitif.

La rareté des pluies et des eaux courantes a rendu les habitants de la contrée extrêmement industrieux pour la recherche et la conservation des eaux souterraines. En aucune région de l’Iranie on n’est plus habile pour la divination des sources profondes et pour la construction des karez, ces canaux, appelés kanâl dans la Perse proprement dite, qui se poursuivent le long des pentes à quelques mètres au-dessous du sol. La déclivité est parfaitement ménagée de manière à faciliter le cours de l’eau, mais sans qu’une trop grande vitesse de flot produise des érosions. Villes et villages s’alignent le long de ces artères vivifiantes Certains karez ont été taillés en galerie dans la roche vive ; d’autres passent en siphon sous des ravins. Un de ces «canaux, dans la vallée du Bori, du Balutchistan actuel, a été creusé au-dessous d’un lit de torrent large de 90 mètres, où le courant descend, après les pluies, en une nappe d’un mètre et demi de profondeur et avec une vitesse de 9 kilomètres à l’heure’.

I. A. G. Yate, Loralai, ScoUisli Geogi'aphical Magazine. July 1897, p. 36o.

RECHERCHE DE l’eAU

CANAUX d’irrigation (Plan et coupe)

A, a, b, (Z, e, f, g, h. Puits.

C, E. Orifice du canal.

D, J, H, Sol irrigué.

B, R, S. Roche et bon sol.

ESCALIER SOUTERRAIN AU PASSAGE d'uNE ROUTE

d. Terres rejetées par les travaux de fonçage. p. Puits.

E. Escalier.

D'après un levé effectué en Azerbeïtijan par .1. de Morgan (Mission archéologique en Perse).

Actuellement le gros de la population qui habite les contrées dites Afghanistan et Balutchistan est composé d’éments aryens par le type, le langage, et le mode de penser; même des coutumes religieuses analogues à celles des Kafir et des Galtcha transparaissent à travers les pratiques nouvelles chez de nombreuses tribus afghanes converties à rislam. Il n’est pas douteux qu’aux origines de l’histoire écrite, les résidants de cette partie du plateau aryen n’aient été beaucoup plus purs de race, car on trouve, parmi les habitants actuels, des Mongols de diverses nations ainsi que des sémites juifs et arabes, que l’on sait descendre de conquérants et d’immigrants venus pendant les vingcinq derniers siècles. Ainsi, quoique l’ensemble du territoire, avec ses deux murailles bastionnées du nord et de l’est, l’Océan qui le limite au sud, et les déserts, les saillies de montagnes qui le séparent de la Perse, soit comparable à une sorte de place d’armes, enfermant un grand nombre de forts détachés où les tribus peuvent longtemps sauvegarder leur indépendance , il existe pourtant des brèches larges et profondes qui laissent pénétrer de nouveaux venus sur le plateau.

La plus importante de ces ouvertures est celle qui fait communiquer l’angle nord-occidental de l’Afghanistan actuel, c’est-à-dire la vallée du Heri-Rud, avec les plaines situées au nord du Paropamisus. En cette région, plusieurs chemins s’ouvrent de l’un à l’autre versant, et chacun eut son importance historique. D’abord, il serait facile d’emprunter le lit souvent à sec ou les bords mêmes de la rivière : en aval des campagnes où s’élève la cité de Herat, à environ 900 mètres d’altitude, on n’aurait qu’à suivre le cours du Heri-Rud pour entrer dans la série de défdés qui coupe complètement en deux le diaphragme du Caucase indien, et l’on finirait ainsi par gagner la grande plaine où se ramifient les canaux d’irrigation du Tedjen ; mais les cluses dans lesquelles s’engage la rivière, et parfois la violence de ses crues, ont empêché les migrateurs et les marchands de suivre cette route et toujours ils préfèrent franchir plus à l’est l’une des brèches qui s’ouvrent à travers le prolongement du Paropamisus. Une autre voie, qui unit par la ligne la plus droite les deux bassins de Merv et de Herat, s’élève à i 536 mètres, faible altitude en comparai son de toutes celles qui se succèdent plus à l’est à travers l’Hindu-Kuch, jusqu’à des milliers de kilomètres Mais entre cette route directe et la

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