TRAVERSEE DU CAUCASE
Kura, les deux fleuves les plus abondants du Caucase ; les alignements des montagnes ne, présentent dans la région du seuil qu’une centaine de kilomètres d’épaisseur. Le point le plus haut du col, dit aujourd’hui le « mont de la Croix » — Krestovaya Gora — (2 268 mètres), n’atteint
N° 74. Passage du Darial.
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pas la limite des neiges persistantes qui, dans certaines parties du Caucase, ne se trouve qu’à 3 5oo et même à 4 000 mètres d’altitude. La route à suivre pour traverser la montagne en cet endroit est d’autant mieux indiquée que la chaîne du nord, prolongement de l’arête majeure du Caucase occidental, est complètement coupée par les eaux du Terek; il n’y a là qu’une seule crête à traverser et le voyageur qui
l’homme et la terre
a remonté par gorges et vallées le long du fleuve et contourné l’énorme massif du Kazbek, franchit un étroit rempart et descend déjà dans la vallée d’un affluent de la Kura.
Or, dès les origines de l’histoire, on constate que des populations de provenance iranienne, les Osses ou Ossètes, qui se donnent euxmêmes le nom d’Iron, s’étaient solidement établis sur la voie de passage et occupaient les deux parois d’entrée et de sortie. Grâce à cette prise de possession, les Osses purent défendre cet important chemin du Caucase, qui devait être un centre d’attraction par excellence pour les peuples migrateurs ; mais le danger dut être parfois très pressant, surtout à l’époque où le déluge des barbares descendait vers le midi, et c’est ainsi qu’il y a environ quatorze siècles, les deux empereurs de Rum et d’Iran, Justinien et Chosrav Anurchivan (Chosroës le Juste), unirent leurs efforts pour garder les portes du Darial, dans le défilé central, contre les envahisseurs Khasar
Une autre porte naturelle du Caucase est celle qui s’ouvre à l’est, le long des côtes de la Caspienne. Les montagnes s’abaissent de ce côté assez brusquement et laissent entre leurs promontoires de larges vallées où serpentent les torrents descendus des hautes neiges. Même au pied des falaises, les plages de la mer offrent un large et commode chemin, grâce à l’abaissement des eaux marines, dont le niveau actuel se trouve à 27 mètres en contre-bas de la mer d’Azov. C’est par ce passage qu’ont pénétré, du sud au nord, les diverses populations émigrantes descendues du plateau d’Iran ou des hautes terres voisines, Mèdes et Perses, Turcs et Tartares, Tat et Talich.
Le Caucase représente un immense barrage que les peuples en marche cherchent à franchir en son point faible. Par un phénomène de poussée ethnologique parfaitement analogue au mouvement des eaux qui se produirait dans un réservoir, les émigrants se heurtent contre l’énorme mur, et ne peuvent le traverser, puisque la seule porte d’écluse ouverte dans l’épaisseur du rempart est celle où se sont établis les Osses, appuyés sur les ouvrages de défense construits dans la gorge de Darial : ils auront donc à se glisser à droite en une longue veine par le passage qui suit le littoral de la Caspienne. En dehors de la brèche, le flot mobile des migrateurs se reploiera en tournoyant dans les plaines comme un immense remous, en projetant même sa crête refluante dans quelque dépression du revers de la
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monlagne. C’est en eflet là ce qui s’est produit : inondation des eaux, inondation des hommes obéissant aux mômes lois. Ainsi nous voyons les Tat et les Talich du bassin de la Kura pénétrer au loin dans l’étroit couloir des « Portes de Fer» ; de môme le territoire des Tartares
l'l° 75. Daghestan, Portes de Fer.
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Azerbeïdjani se continue au nord par celui des Tartares Rnmîk et ceux-ci ont pour voisins dans les plaines de la Cis-Caucasie, leurs devanciers, les Tartares Nogaï, tandis que d’autres Tartares encore, les Karatchaï, ont été projetés par la poussée de migration jusque dans les vallées caucasiennes du versant septentrional. Mais la coulée de ces ^icuples venue du sud par le passage de la rive Caspienne se rencontre
l’homme et la terre
dans les basses plaines avec un déluge d’autres populations touraniennes arrivées par la large ouverture ménagée entre les monts Oural et la mer Caspienne
Si les immigrants du sud ont à diverses reprises suivi le bord occidental de la Caspienne pour se répandre au nord dans les plaines Sarmates, le mouvement ethnique a pu se produire en sens contraire, et c’est pour éviter ces invasions de nomades barbares que les dominateurs de la Trans-Caucasie s’occupèrent souvent de fortifier le défilé, surtout à l’endroit le plus favorable pour la l’ésistance, connu aujourd’hui sous le nom turc de Derbent ou « Porte de Fer ». Avant l’invention de l’artillerie, le mur de défense, qui se prolongeait à une trentaine de kilomètres dans les montagnes et pénétrait dans la mer par une haute jetée, était véritablement infranchissable. Firduzi, dans le Livre des Rois, en attribue la construction au grand Macédonien, et la réédification à Chosrav Anurchivan : entre ces deux bâtisseurs, la chronique mentionne aussi le roi pei’san Yezdegerd 11, qui vivait au temps de l’invasion des Huns ; pour tous ces rois , il s’agissait de barrer la route aux peuples « monstrueux » du nord, aux « effroyables Gog et Magog », ou, suivant la terminologie mahométane, aux Yadjuj et Madjuj '. Le poète décrit ainsi l’œuvre d’Alexandre: « Ayant déposé par couches successives des lits de cuivre, de fer, de plomb, de pierres, de troncs d’arbres et de fascines, il fit allumer et attiser le tout par cent mille forgerons, jusqu’à ce que tous les métaux fussent fondus en une seule masse ». Le mur que nous voyons aujourd’hui est censé le reste de ce rempart d’Alexandre.
En dépit des Alexandre et des autres rois légendaires, les Yadjuj et les Madjuj, c’est-à-dire des envahisseurs de toutes les races du nord, passèrent par le chemin fatal, qui d’ailleurs n’est point barré dans sa partie septentrionale. En cette région du Caucase, dite aujourd’hui le Daghestan ou « Pays des Montagnes », entre la pointe d’Apcheron et la vallée du Sulak, les vallées rayonnent vers l’est, le nordest et le nord, et c’est ainsi que successivement purent se glisser vers l’intérieur du massif des multitudes de ces fugitifs et conquérants qui, avec les immigrants du versant méridional, se pressent en une si étonnante Babel de nations hétérogènes.