‹ L'homme et la terreChapitre 222 sur 279 · II · texte numérisé non relu

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En premier lieu, la chaîne occidentale, très régulière dans son orientation vers le nord-ouest, se présente réellement comme un mur inexpugnable sur un développement d’environ 200 kilomètres, du Kazbek à l’Elbruz ou Minghi-Taou ; en outre, la faible épaisseur relative de la chaîne ne laissant à l’intérieur qu’un petit nombre de bassins favorables à la colonisation, les migrateurs que la lutte pour l’existence avait menés au pied du Caucase ^occidental ou de ses chaînons

parallèles, soit au nord, soit au sud, devaient s’arrêter dans leur marche ou se replier latéralement dans la direction de la mer. La montagne ne leur offrait dans cette partie de son arête qu’un petit nombre de brèches transversales invitant les voyageurs à l’ascension ; les murs parallèles qui se succèdent du nord au sud sont très difficiles à franchir, les plus bas à cause de leurs roches abruptes et de leurs forêts continues et presque impénétrables, les plus hauts à cause de leurs neiges. Quant à tenter un voyage circulaire pour contourner de l’un à l’autre versant l’extrémité du Caucase occidental, il eût été presque chimérique de l’entreprendre, car sur la rive méridionale, les promontoires, tous faciles à défendre par un petit nombre d’hommes, plongent par centaines dans les flots de la mer Noire. Il y a deux mille années, une armée de travailleurs, sous les ordres de Mithridate, s’installa sur ce littoral pour y tracer une route en corniche comme celle qui suit le rivage de la Méditerranée entre Nice et la Spezia : c’était le seul moyen d’unir les deux moitiés de son immense empire, au nord et au sud du Pont-Euxin ; mais cette route n’eut son effet que pendant un petit nombre de décades, car les empereurs de Rome, ni ceux de Byzance, ne prirent aucun souci de l’entretenir; les Russes ne la rétablirent qu’après un abandon de vingt siècles.

Au massif de montagnes, un dans sa formation, correspond une population une par ses origines, ses mœurs et son histoire, mais que le cantonnement en petits groupes a puissamment différenciée. A l’exception des Svanes du haut bassin de l’ingur et des Karatchaï, « gens du Torrent Noir », des vallées septentrionales voisines de l’Elbruz, tous les habitants des montagnes de l’ouest appartenaient au groupe des nations plus ou moins mélangées que l’on désignait jadis sous le nom générique de Tcherkesses ou Circassiens. Il est vrai que les Kabardes (Kabardin, Kabertaï) de l’est, les Adighé du nordouest, les Abazes ou Abkhazes du versant méridional présentent entre eux de notables différences provenant du sol, du climat et des relations de commerce, mais ils constituaient un groupe ethnique parfaitement reconnaissable. Telle était, d’une manière générale, la distribution des peuples dans le Caucase avant l’arrivée des Russes, et l’on peut dire en toute certitude qu’à l’époque antéhistorique, les conditions du milieu, analogues à celles de nos jours, déterminaient un groupement de même nature chez les rares habitants.

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