UECH RUCHE DU JARDIN D EDEN
d’autres paradis, lieux d’espérance qui remplaçaient les pays du regret? Puis, dans cette merveilleuse époque où l’on vit le Nouveau-Monde surgir sur l’autre rive de l’Atlantique, Colomb lui-même ne déclarait-il pas que le grand fleuve dont les eaux s’épanchent dans le golfe Triste descend du Paradis terrestre, et ce paradis ne le chercha-t-on pas, sous mille formes, en mille endroits pour y trouver soit la fontaine de .Jouvence, soit les inépuisables trésors de l’Eldoradoj, « l’Homme doré »? On le chercherait encore, ce paradis, si la géographie n’avait enlin dressé l’inventaire de la planète et reconnu l’unité des lois dans tous ses phénomènes.
Des multiples suppositions relatives au Paradis, la plus bizarre peut-être fut celle de Gordon, le vainqueur des Taï-Ping et le héros de Khartum. Ce soldat fanatique nous décrit l’île de Praslin, dans les Seychelles, comme ayant été l'Edcn biblique. Les « quatre fleuves » dont parle l’ancienne [écriture ne coulent plus, il est vrai, autour du jardin insulaire, mais qu’à cela ne tienne, ils y coulaient autrefois : Pile se rattachait [au continent. Le Tigre et l’Euphrate, parcourant l’espace qui est devenu de nos jours le golfe] Persique et la mer d’Oman, venaient se déverser dans l’océan voisin, tandis que le Nil et le Gihon, le torrent actuel de Jérusalem, se réunissaient dans la vallée qu’emplit aujourd’hui la mer Rouge et, contournant Socotora, allaient rejoindre les deux fleuves de la Chaldée. Toutes les autres parties du texte étaient expliquées par Gordon d’une manière analogue : l’arbre de vie n’aurait été autre que l’arbre à pain, le merveilleux nourricier des insulaires, et il faudrait voir Tarbre de la science du bien et du mal dans le fameux cocotier de mer ou Lodoïcea Secheyllarum^ Un écrivain plus large dans sa vue d’ensemble géographique, ne va pas chercher le jardin de vie en un étroit enclos, en un îlot des mers ; il se demande s’il ne faut pas identifier ce lieu de délices avec le monde connu qu’arrosaient les quatre grands fleuves : le Tigre, l’Euphrate, l’Indus et le Nil. Les légendes, qui confondent volontiers le ciel, la terre et l’enfer, n’ont aucun souci de la moindre précision dans les détails. Les quatre puissants cours d’eau étaient probablement ceux qui avaient le plus frajjpé l’imagination des hommes : il était donc tout simple qu’on les associât en un même tableau*.
1. J. v. Z.affauk von Orion, Mitteilungen der geographischen Gesellschaft, in Wien, n° 5, 1900. — 2. Alfred Loisy, Les Mythes babyloniens.
l’hommc: et la tèkre
L’existence des grands courants fluviaux, qui modifia si puissamment l’idée première du paradis — imaginé d’abord comme une montagne du septentrion — dut agir avec la même efficacité sur l’ensemble des mœurs et des idées générales. Ainsi le labour dans les terres grasses formées d’alluvions fluviatiles prit-il un tout autre caractère que l’agriculture dans les vallées du pourtour iranien : c’est en bas, sur les limites du désert, et cependant en plein sol de limon,