RECONSTITUTION DE LA TOUR DE BABEL
D’après la description d’Hérodote, le temple de Bel s’élevait sur la septième plateforme de la Tour des Langues, à 189 mètres de hauteur au-dessus de la ]>laine. Le monceau de ruines actuel représenté page 526 forme une butte de 710 mètres de tour et 65 mètres de haut, dominée d’une dizaine de mètres par un pilier de briques, angle d’une des terrasses primitives. (Fr. Kaulen.)
inspira certainement un grand orgueil ; la Genèse, reflétant cet esprit nous raconte que les bâtisseurs de Babel, élevant leurs tours jusqu’aux deux, avaient surtout l’ambition pour mobile : ils voulaient que leur nom fût répété par toute la terre, et il le fut en effet, car le Créateur, jaloux de leur gloire, descendit tout exprès du ciel pour confondre leurs langages et faii’e cesser le bon accord.
Rivaux de Dieu, puisqu’ils voulaient faire monter leurs tours jusqu’aux demeures éternelles, les Babyloniens dépassèrent en tout cas l’humanité entière par les proportions de leurs murailles de défense :
il ne paraît pas que même de nos jours, chez nos peuples militaires disposant d’un énorme budget, d*un si grand personnel de soldats et d’une si puissante industrie, une seule ville fortifiée ait des enceintes qui puissent se comparer, pour les dimensions, à celles de Babylone. Que l’on s’imagine, en efl’et, un rempart extérieur ayant environ 90 kilomètres en développement, une hauteur de 10 mètres sur une épaisseur de 3o, et a5o tours dominant le parapet du mur. Au nord, un premier obstacle barrait les approches de Babylone sous la forme d’une muraille et de son fossé coupant en entier la presqu’île sur une largeur de plus de 100 kilomètres entre les deux fleuves. A l’intérieur de l’espace urbain et de ses campagnes, assez vastes pour fournir la nourriture des habitants pendant le siège, d’autres enceintes se développaient parallèlement à celles du dehors et rendaient la ville absolument imprenable : en effet, elle ne fut jamais occupée que par trahison ou par suite de l’insouciance absolue des habitants qui, trop sûrs de l’impossibilité d’une attaque, ne veillaient pas du côté du fleuve. Assurés contre l’ennemi du dehors par les murs prodigieux de Babylone, les rois étaient également garantis contre toute attaque de leurs sujets par la citadelle intérieure qui tenait les deux bords du fleuve et qui, par un tunnel, pouvait lancer sa garnison tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre des deux rives. Certes, Babylone, pas plus que les autres cités, ne put éviter son destin ; mais les annales ne citent aucun soulèvement du peuple, et, pendant des siècles, les ennemis étrangers vinrent se heurter contre ses murs. Tout cela fut l’œuvre de la brique. Ainsi que le dit von lhering : u La brique est la pierre angulaire du monde babylonien. »
L’art de bâtir et de creuser, avec ses conséquences scientifiques si importantes, mesure du sol, c’est-à-dire géométrie, et mesure du temps réglée par les heures de travail et les jours de repos, trouva son complément dans l’art de la navigation, non moins créateur dans les annales du savoir, puisque les connaissances astronomiques lui sont dues presque entièrement.
A l’époque où l’on s’imaginait volontiers que chaque nation, créée spécialement par un Dieu pour un destin particulier, naissait avec des qualités originales indépendantes du milieu, on se bornait à dire que les Chaldéens étaient devenus plus habiles que tous les autres
OBSEUVATIONS ASTRONOMIQUES
BABIL (porte de DlEU) SUR l’eUPHRATE
Dessin de G. Roux, d’après une photographie
Massif de briques de 180 mètres de côté et de 45 mètres de haut; reste probable des jardins suspendus construits par Nabuchodonosor. (Fr. Kaulen.)
peuples dans l’art d’observer les étoiles. Puis, quand on éprouva le besoin de cbercher la raison de ce remarquable privilège, on voulut la trouver dans l’état social des populations cbaldéennes : on se plaisait à dire que les pâtres de la région des fleuves, passant la nuit sous un ciel clair et souvent tiède, à côté de leurs troupeaux, avaient des occasions nombreuses d’étudier la calotte céleste, et qu’ils en avaient profité pour y lire les signes indicateurs du cbangement des saisons.
Mais l’argument n’est pas d’accord avec la vérité historique : les Chaldéens civilisés, groupés en des cités populeuses, n’étaient point des bergers et devaient leur développement intellectuel à leurs mœurs agricoles et sédentaires. Les peuples de leur voisinage, Arabes et Touraniens qui étaient bien des pasteurs nomades, auraient été dans ce cas beaucoup plus favorisés dans leurs études du ciel. Non, la nécessité est la mère de l’industrie dans la plus haute acception du
l’homme et la terre
mot ; elle est la mère de la science, et c’est parce que des marins de Babylone avaient le plus urgent besoin de trouver un point fixe dans le ciel qu’ils découvrirent le pôle céleste, qu’ils observèrent la rotation apparente de la voûte étoilée avec ses constellations diverses gardant toujours leurs distances relatives, et qu’ils apprirent à connaître les planètes ou astres errants. Ils devinrent astronomes parce qu’ils étaient marins, et les Phéniciens furent leurs élèves. Il est vrai que plus tard, lorsque l’oppression eut tué toute initiative chez les populations de la Mésopotamie, les élèves ayant émigré de l’archipel de Bahreïn vers les côtes de Syrie et pris pour champ d’action la plus vaste des cinq
mers à eux connues, ces élèves devinrent des maîtres ; des rois d’Assyrie et le conquérant Alexandre firent équiper des navires par des marins de Tyr et de Sidon ’ ; mais la marche même de la civilisation danslebassin de la Méditerranée déplaçait forcément les centres d’activité mentale et matérielle.
D’ailleurs les documents sont là. D’après les recherches d’Oppert sur les inscriptions assyriennes, on peut affirmer que les astronomes de la Chaldée avaient fait des observations suivies sur la lune, le soleil, les étoiles errantes, pendant un espace de temps considérable, ils avaient constaté le retour des éclipses par groupes réguliers. Ils connaissaient très bien la période de 228 lunaisons, — 18 ans ii jours, le Saros et en auraient observé une cent fois plus longue, 1 8o5 ans ou 22825 lunaisons, comme la mesure du retour normal des éclipses dans le même ordre. L’éclipse choisie comme point initial d’un de ces cycles, spécialement mentionné, nous ramène à 18 44s années avant