Les cinq Mers
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n’ait devancé les connaisances de tous les autres peuples relativement aux divisions du temps, réglées par le mouvement des astres. Le parcours moyen journalier de la lune sur la circonférence de la sphère céleste, régulièrement calculé, coïncidait exactement avec
1. Jules Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, sèdincQ du 12 sept. 1884.
l’homme et la terre
celui de i3“ lo' 35" qu’ont trouvé les mathématiciens modernes'.
L’année était connue dans sa véritable longueur, et quoique la division annuelle comportât 36o jours seulement, on ne négligeait pas d’intercaler un mois supplémentaire aux époques voulues pour rétablir le balancement moyen. Les astronomes chaldéens décrivaient les taches du soleil et parlaient de la croissance et de la décroissance de lumière observée dans les planètes. Ils observaient les astres à noyaux et à queues et possédaient des sphères sur lesquelles ils avaient gravé les étoiles par groupes et constellations, écrivant ainsi sur le ciel en caractères qui leur paraissaient immuables^. Ils avaient inventé les signes du zodiaque; et l’identité de formes, l’analogie des symboles qui se révèlent sans aucune espèce de contestation possible, dans tous les zodiaques des autres contrées, de l’Égypte et des pays européens, aussi bien que de l’Inde, du Cambodge et de la Chine, nous prouvent que les observations astronomiques faites par les savants de la Chaldée constituent l’élément primitif de tous les cercles de signes zodiacaux existant dans l’Ancien Monde. L’étude de ces documents établit aussi qu’à l’époque où furent construits les premiers zodiaques, le soleil se trouvait dans le signe du Taureau à l’équinoxe du printemps, puisque la constellation de ce nom occupait le premier rang. Or il y a 6i siècles que le soleil entra dans ce signe et 4o siècles qu’il passa dans le signe suivant : on en conclut naturellement que la ceinture symbolique avait été imaginée dans son ensemble par les Chaldéens au moins quatre mille ans avant nous : pareil travail suppose en outre que de longues périodes de préparation scientifique ont dû le précéder L
Les recherches de cette valeur demandaient un personnel considérable : aussi chaque cité avait-elle son observatoire et publiait-elle ses éphémérides, comme te font de nos jours les grands établissements scientifiques. Sans doute, les combinaisons d’astrologie pour la prédiction du bon ou du mauvais sort finirent-elles par entrer pour une forte part dans la besogne des observateurs, mais la science proprement dite en retirait aussi des éléments de progrès : les problèmes de géométrie trouvaient leur solution et les praticiens se hasardaient à la construction de cartes et de plans, documents vénérables dont les débris se trouvent encore dans nos musées. Pourvue de ces énormes
1. Fr. Kaulen, Assyrien und Babylonien, p. 174. — 2. Hommel, Aufsætze und Abhandlungen. — 3. Adhémar Leclère, Reoue Seientifique, 16, X, 1897, p- 481.
ZODIAQUE, SASTÈME DECIMAL
acquisitions scientifiques, la Chaldée, semble-t-il, aurait dû conserver
le privilège de fournir à l’histoire la date initiale pour la mesure des âges de l’humanité.
Une de ces ères, celle de Nabonassar, d’après laquelle l’année vulgaire 1901 porterait le numéro d’ordre 2648,* est du moins toujours mentionnée dans les calendriers usuels.
Les habitants de la Potamie réglaient les coupures de leur temps par douze et par sept, ainsi qu’en témoignent les mois et les semaines, mais ils connaissaient aussi la division par dix et c’est à eux, non aux Arabes, qui furent de simples vulgarisateurs, qu’il faut faire remonter le « système décimal». Un abaque décimal conservé par un érudit de la Renaissance,
Valeriano Bolsani, dans son livre De sacris Ægypfiorum littevis, ne comporte que des signes en tout point semblables aux caractères cunéiformes des inscriptions ninivites et babyloniennes : il faut donc y Amir un véritable monument chaldéen, et l’on peut se demander si la tablette carrée qui repose sur les genoux de la statue du roi Gudea, tenant dans ses mains une règle et un compas, ne représente point cet antique abaque à numération décimale, qui est le plus précieux héritage de science légué par les anciens?