‹ L'homme et la terreChapitre 263 sur 279 · COMMERCE, LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

COMMERCE, LITTÉRATURE

et de l’enfouir sous la ville du Soleil, Sippara. Tandis que la même légende de l’inondation universelle, reproduite par les Hébreux, ne mentionne que les précautions nécessaires pour la perpétuation des espèces animales, le récit de Bérose signale avant tout la sollicitude du Dieu sauveteur pour la préservation des trésors de la pensée. Du reste, le mythe de la création même impliquait chez les Babyloniens la naissance des livres comme nécessaire à celle de l’homme Eridu fut bâtie dans toute sa belle ordonnance de richesse, c’est-à-dire avec ses observatoires et ses recueils de tablettes avant que la « graine d’humanité n’y fût semée Si longue avait été la période de développement scientifique avant les temps où l’histoire commence à se préciser pour nous, que l’on ne pouvait alors s’imaginer une époque antérieure à celle des livres. Chaque cité rivalisait d’orgueil comme centre littéraire. XJruk ou Warka en Ghaldée — l’Erekh de la Bible et l’Orchoé des géographes grecs, fut aussi, comme Sippara, une u ville des livres » ; Chargina avait fondé une bibliothèque à Nippur, c’est là qu’Assurbanipal fit copier la plupart des textes destinés aux annales du palais de Ninive, et dont le contenu couvrirait dans le format in-quarto des livres modernes plus de 5oo volumes de 5oo pages -

l.A. Loisy, Zes Mythes babyloniens, p. code des lois du roi hammur/vbi

63, passim. — 2. Fr Lenormant, Les pre- datant de près de 4o siècles

mûres Civilisations, tome II. — Hilprecht, (Musée du Louvre.)

Fouilles de Nippur. — E. Nys, Revue de Droit international et de Législation comparée.

l’homme et la terre

Aussi loin qu’on remonte dans le passé, les documents indiquent pour l’origine de l’écriture des temps plus anciens, et les savants attendent avec confiance le jour où les antiques bibliothèques de la Potamie auront été suffisamment explorées et compulsées pour que l’histoire de ces contrées leur soit connue cinquante siècles avant nous, dans tous ses détails, et plus clairement que celle de la Grèce d’avant les guerres médiques, que celle de Rome d’avant Scipion'.

La première forme des caractères tracés, estampés ou gravés suites divers matériaux conservés dans les bibliothèques des cités chaldéennes fut certainement une reproduction idéelle des objets, analogue aux hiéroglyphes. Aussi longtemps que ce mode d’écriture servit pour la traduction des idées aux seuls individus, prêtres, fonctionnaires ou autres, appartenant à une même nation et parlant la même langue, il ne parut pas nécessaire d’en changer; mais on dut s’apercevoir bientôt que de peuple à peuple, d’Akkadiens à Sémites, la traduction des figures se faisait en chaque langue par des mots différents et que la reproduction parlée des noms propres et des formes liturgiques devenait par cela même impossible : il fallut donc ajouter aux hiéroglyphes des signes complémentaires pour exprimer soit des syllabes, soit des lettres, ou même substituer à l’ancienne écriture un nouveau mode de figuration entièrement syllabique ou alphabétique. Ce sont en effet des modifications qui s’introduisirent successivement dans les caractères ehaldéens pendant les siècles postérieurs à la civilisation akkadienne, à travers les âges babyloniens, assyriens et persans.

Les matériaux employés comme tablettes et les modes d’écriture changèrent aussi pendant le cours du temps. Peut-être dessina-t-on ou peignit-on les lettres sur le bois; en tout cas, il fut un temps où on les imprimait sur l’argile fraîche, et Loftus trouva dans les fouilles d’Uruk deux tablettes portant la même inscription, l’une estampée, l’autre burinée^. C’est la dernière méthode qui l’emporta, et presque tous les documents écrits de ees époques anciennes que possèdent nos musées portent des caractères gravés en forme de clous par des styles ayant mordu profondément dans la brique dure. Ici encore ce sont les matériaux qui déterminent le mode d’exécution : l’écriture des Babyloniens prit cette bizarre apparence cunéiforme parce que la brique était le seul

1. Hugo Winckler, Die Vœlker Vorder-Asiens. — 2. Loftus; Fr. Kaulen, Assyrien und Babylonien, pp. 89 et 108.

Page 1