‹ L'homme et la terreChapitre 37 sur 279 · MONTAGNES ET GROTTES · texte numérisé non relu

MONTAGNES ET GROTTES

guerre. De même les cavernes, les sinueuses galeries des grottes ont pu longtemps offrir, pendant les âges de civilisations primitives, les avantages de la sécurité, comme les hautes vallées closes des monta-

N° 11. Les deux versants du Valais.

0 1 5 lokn

Le cliiffre accompagnant chacun des noms de village est celui de la population au recensement de 1900. Dans les limites de la carte, la population cantonnée au nord du Rhône, sur le versant exposé au soleil, comprend 24 890 habitants répartis en 19 centres. Le nombre des habitants des 19 villages situés au sud du Rhône est de 12 066 ; encore quelques-uns de ces villages, tels que Hérémence, Chandolin, Saint-Luc sont-ils installés sur des épaulements de montagnes bien exposés au soleil du midi.

gnes, et certaines populations, notamment les Magdaléniens des temps paléolithiques, paraissent n’avoir pas eu d’autres demeures.

Toutefois la nature du sol ne permet pas grande extension aux Troglodytes : la force du peuplement et la domination appartiennent

aux hommes que porte la terre libre de tous oes labyrinthes mystérieux. Aux époques d’autrefois, la race humaine, représentée par ses variétés diverses, se développait d’autant plus amplement que le sol était plus ouvert et plus tempéré, à la fois moins stérile et moins couvert de végétation touffue, moins obstrué de rochers ou de marais boueux, mieux pourvu d’eaux claires et ruisselantes. Une moyenne générale d’altitude, de fécondité, de climat présente les conditions les plus favorables pour le maintien et la prospérité de l’humanité première. Mais ces conditions de confort sont-elles précisément celles qui conviennent le plus à l’homme pour l’aider dans l’affinement de son génie, dans la voie de la découverte et du progrès intellectuel ? Non certes, il faut une part d’obstacles pour solliciter un effort incessant ; si les difficultés sont trop grandes, l’espèce succombe, mais elle périt aussi là où l’accommodation au milieu s’accomplit trop facilement. La lutte est nécessaire, mais une lutte qui se mesure aux forces de l’homme et dont celui-ci puisse sortir triomphant.

En comparaison des montagnes aux vallons fermés, les steppes, les prairies sans fin, avec leurs faibles renflements du sol, leurs ravins sans profondeur, leurs rivières peu abondantes, leurs lagunes plates, sont par excellenee le pays du libre pareours et de l’horizon illimité; elles s’étendent au loin comme la mer, et comme sur la mer on peut s’y convaincre de la rondeur de la planète par la forme des objets qui se profilent au loin sur le ciel.

Nulle part on n’a plus la joie de l’espace que dans ces plaines sans bornes décrites avec tant de douceur et de tendresse par les Gogol et les Tourgeniev, chantées avec tant d’enthousiasme par les Petofi. La terre, uniforme, grise, sans objet saillant qui arrête le regard, laisse l’imagination vaguer librement, et, dans ce monde illimité qui ne retient en aucun endroit la course de la pensée, on pourrait se croire un fils de l’air comme l’antilope ou comme l’oiseau. D’ailleurs le vent est toujours le grand monarque de ces régions basses : il y souffle comme sur la mer, emportant le sable, arrachant jusqu’au gazon. En maints endroits, le Mongol de la steppe s’empresse d’abattre sa tente de feutre dès que la tempête s’annonce : il sait d’avance qu’elle serait bientôt tordue et déchirée par les tourbillons de la rafale’.

Page 1