‹ L'homme et la terreChapitre 42 sur 279 · I. John Richard Green, The Making of England · texte numérisé non relu

I. John Richard Green, The Making of England

FLEUVES ET RIVERAINS

pT

les riverains ignoraient la provenance et qn’ils s’imaginaient, par 13. Anciens et nouveau lit du Rhin.

E.de Gr. 8®

Institut Gio^raphitfue,£raxelle

Prairies-

£tah- Patessari-Toussaint.

Anciennes égayes-

Cotes <L' oLfittijdes en^ mètres.

conséquent, être sortis de l’urne d’un Dieu, ou bien être des dieux eux-mêmes ?

r,’ HOMME ET LA TERRE

S’ils apercevaient des montagnes dans le lointain, ils y plaçaient naturellement l’origine du courant, mais non sous forme de simples sources ruisselant parmi les pierres : l’apparition de l’eau se faisait avec accompagnement de prodiges. C’est ainsi que l’épopée de Rdmâyana nous montre la « divine Ganga tombant des cieux sur la tète de Siva » ; puis, après avoir erré sur le crâne du grand Dieu, (( plongeant à travers les trois mondes n et réveillant l’allégresse dans l’univers entier.

Ce fleuve où va-t-il? Le primitif ne le sait pas davantage, mais l’onde qui toujours fuit appelle son regard, et il se sent entraîné à la suivre pour visiter avec elle les pays inconnus. Le courant le sollicite incessamment au voyage, comme les oiseaux que l’on voit voler en longues bandes dans le sens de la vallée.

Que de symboles tragiques les poètes ont suscités dans la Sirène ou dans la Lorelei, dans la nymphe charmante qui surgit de l’eau cristalline et nous attire dans les profondeurs ! Mais avant d’avoir pris une signification redoutable, la légende avait le sens le plus simple du monde : la déesse qui attirait à la mort tant de jeunes, de forts et de vaillants, c’était l’onde pure et rapide avec ses reflets de cristal, ses sables fins et ses remous insidieux!

La vue de l’eau courante met une part d’idéal dans l’existence de tout homme, même de celui dont l’intelligence est le moins ouverte. Un beau travail d’érudition que l’on doit à Curtius ‘ nous montre combien le peuple grec, pourtant dégagé du naturisme primitif, voit encore dans les eaux vives des êtres agissant, travaillant, passionnés, prenant part avec amour ou avec haine aux mille événements de l’existence des hommes de leur Amisinage. Et si la fontaine est vivante, si elle féconde comme l’Eurotas ou tue comme le Styx, comme l’hydre de Lernc, combien plus puissant, tantôt comme allié, tantôt comme ennemi, peut être le fleuve qui rase les villes, noie les campagnes, ai'rêle des armées sur ses bords !

Aussi la traversée d’un fleuve fut-elle toujours considérée comme un acte de réelle gravité, exigeant des prières, des sacrifices, des actions de grâce. On parlait au fleuve comme à un dieu, ou du moins comme à un génie; mais, en faisant alliance avec d’autres dieux, on

I. Ern.sL Cui lins, Beilrage der Terminologie und Onomatologie der allen Géographie. Academie der Wissenscliaflen zu Berlin, 1886.

FLEUVES ET RIVERAINS

pouvait aussi se venger de fleuves méchants qui avaient noyé des hommes. C’est ainsi que, d’après la légende, Cyrus aurait puni le Gyndos, un affluent du Tigre, en faisant travailler son armée tout entière pendant une année pour le diviser en trois cent soixante canaux'. A ce point de vue, Xerxès, condamnant l’Hcllespont à recevoir les verges, restait dans les idées de son temps; le détroit aux flots

TYPE DE BARQUE DJENNÉ (eN ÉCORCE) SUR LE NIGER (Voir page 97).

Dessin de George Roux d’après une photographie communiquée par le Muséum d'Histoiro naturelle-

rapides n’était à ses yeux qu’un cours d’eau comme le Tigre et l’Euphrate.

Les civilisés modernes, dont la vie se ramifie à l’infini en mille petites préoccupations, en des impressions multiples qui s’effacent mutuellement, peuvent se faire à grand’peine une idée de l’attirance, de la puissance d’appel exercée par la vue d’un courant d’eau continu, qui paraît dans la nature comme l’être vivant par excellence, et qui est en même temps le dispensateur de la vie. Cependant l’influence de

Page 1