FLEUVES ET NAVIGATEURS
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tiens que les géographes blancs ont appris l’existence de u savanes » ou « campos » libres de végétation forestière dans l’immense enclos du territoire amazonien'.
Initiateur de la navigation et, par la navigation, de l’enseignement mutuel, le fleuve fut aussi le premier agent naturel pour enseigner l’agriculture, presque sans effort d’initiative de la part du riverain.
CANOT EN ÉCORCE DE BOULEAU SUR LES RAPIDES DE l’aMÉRIQUE DU NORD
Dessin de Geoige Roux d’apres une photographie.
Dans ses travaux d’érosion et de dépôt, dans le remaniement incessant des terres alluviales, le cours d’eau n’apporte pas seulement le sol nourricier, il apporte aussi des racines, des graines^ des fragments de plantes qui poussent rapidement dans le sol nouveau, et que l’indigène examine avec intérêt à cause de leur étrangeté. Si la plante lui convient, si elle fournit de la nourriture à lui et aux animaux amis, chaque nouvelle inondation lui permettra d’imiter la nature: il ramassera peut-être les graines, les racines encore flottantes, et les confiera au limon vierge que dépose la vague. Certainement ce travail, pour lequel il suffit de se baisser, se fit en mille endroits de la terre, et
I. Spix et Martius; Gibbon; Herndon; Baies; Wallace; H. et O. Coudreau, etc.
l’homme et la terre
peu à peu l’homme apprit à le répéter, non seulement au bord des eaux courantes, mais aussi sur les berges et dans les clairières. On peut encore, çà et là, voir ces humbles commencements de l’agriculture se renouveler de nos jours, sur les plages émergées des grands fleuves américains.
Que ne devons-nous donc pas aux eaux courantes , à tous ces dieux topiques! Ils nous ont arrachés à l’inertie primitive, nous ont invités au mouvement, nous ont transformés en une humanité progressive, se renouvelant sans cesse, nous ont enseigné les mille industries diverses par le rapprochement avec les autres hommes, et, finalement, ont contribué à nous donner le pain. Nous sommes ainsi attachés aux fleuves par la mémoire consciente ou inconsciente d’événements innombrables; nous savons que leurs vallées furent les voies historiques des peuples en marche, et que la vie des nations s'est développée sur leurs rives.
Les grandes civilisations, desquelles nous sommes issus, et sans lesquelles il n’y aurait pas d’humanité dans le sens moderne du mot, n’auraient pas vécu, s’il n’y avait pas eu de fleuve Jaune, de fleuve Bleu, pas de Sindh ni de Ganga, pas d’Euphrate ni de fleuve d’Egypte, pas de Sénégal ni de Niger. C’est avec piété filiale que l’homme pensant prononce d’aussi grands noms.
Pendant le cours des âges , Faction première d’un élément du milieu se change donc toujours en son contraire. A l’origine, le grand fleuve séparait les hommes ; les faunes diffèrent partiellement sur les deux bords de l’Amazone; de même, à une époque historique récente, certaines tribus, inhabiles à braver le courant, ne passaient jamais d’une rive à l’autre : l’énorme fosse emplie d’eau mouvante formait limite aussi bien pour les hommes que pour les animaux. Et pourtant cet obstacle, infranchissable aux riverains primitifs, est devenu le grand véhicule des civilisés, le moyen de transport pour les choses, les hommes et les idées. De proche en proche, le batelier des fleuves se fait le voyageur par terre, le commerçant, l’homme multiple et divers qui se trouve à l’aise chez tous les peuples : tel le Diola des Rivières du Sud, que l’on rencontre partout, même par delà le Niger, et qui fit son premier apprentissage dans les marigots du littoi’al.
Mêmes phénomènes histoiiques pour les relations des peuples avec
FLEUVES ET MERS
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la mer. Combien de tribus, après être venues de la steppe, de la montagne, des forêts ou des fleuves, ont-elles eu à s’arrêter sur la plage ou sur la falaise extrême, sur la « Fin des terres » — Finisterre ou Landsend, — épouvantées par l’étendue des eaux sans bornes visibles, parle fracas monstrueux du déferlis grondant! La mer, qui devait un jour porter, de luonde en monde, les orgueilleux navires, fut d’abord pour les terriens une limite infranchissable, le domaine de la terreur.
D’ailleurs, certaines parties du littoral marin devaient être pour leurs habitants de véritables prisons, non moins fermées que les cluses des montagnes ou les clairières perdues dans les forêts profondes . Outre les îles et les archipels de la côte, la zone littorale comprend des espaces nettement séparés de la terre ferme, dunes, marais ou rochers qui restent presque inabordables du côté des étendues continentales. Les résidapts, ainsi privés de toutes relations faciles avec l’arrière-pays, restent forcément cantonnés dans leur étroit domaine. Ce sont des plantes auxquelles manque le sol nourricier : tels furent longtemps les « maraichins » de la Vendée.
Les populations strictement maritimes, i-estées presque tout-à-fait à l’écart des continentaux, réussirent pourtant en maintes contrées.