Routes amazoniennes-des Klojos
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Territoire des Mojos.
Rapides et cata:ractes''^Q^
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fleuve des Amazones! Et pourtant, les premiers navigateurs, secoués sur leur tronc d’arbre roulant et chavirant, durent être l’objet de bien des risées : les gens sages, les prudents restés sur la rive se moquaient
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l’homme et la terre
à cœur joie de ces aventureux, de ces fous, qui, au risque de la mort, s’élancaient loin de la terre dure, du sol ferme et banal, foulé par le pied des aïeux !
Devenus par le batelage maîtres de l’infini, du moins dans sa direction linéaire, les riverains, dès leur période primitive, ont pu largement profiter de leur conquête. Sur les hauts affluents de l’Amazone, dans la Bolivie, vivent des tribus, les Mojos, qui n’oseraient pénétrer dans la forêt voisine à plus d’une portée de flèche ou à la distance qui dépasse l’aboiement d’un chien, mais qui connaissent sur des milliers de kilomètres le fleuve et ses affluents, ses diramations, ses furos ou paranamiriin; ces « sauvages » ont visité une autre nature que la leur, savent frayer avec d’autres peuples, se trouvent à leur aise au milieu de civilisations très diverses. L’âme de ces rameurs ne tremble pas à l’approche des rapides et des cascades; quand, portés au fil du courant, ils entendent le flot gronder à leurs pieds, ils donnent à temps le coup d’aviron pour glisser entre les rocs, éviter les remous et gagner d’écart en écart la nappe d’eau tranquille, le remanso qui s’étale au pied des chutes. Là où la dénivellation du courant est trop forte, ils utilisent les crevasses de rocher, les lianes entrelacées sur le rivage, les pentes naturelles des berges, les plages sableuses, pour faire glisser leur bateau de l’amont à l’aval.
Plus bas, dans le grand fleuve devenu mer en mouvement, ils apprennent à fuir les tempêtes en se réfugiant au milieu des traînées d’herbes ou cannarana, qui amortissent les vagues ; ils apprennent aussi à résister au vent qui les repousserait vers l’amont, en attachant leur harque à un tronc d’arhre flottant qui plonge à plusieurs mètres de profondeur dans le courant et continue de cheminer d’un mouvement toujours égal.
A la remonte du fleuve, qui dure des mois et des mois, ils savent utiliser les vents alizés qui soufflent en sens inverse du courant, et les ramures latérales qui , lors des crues , s’emplissent à contre-flot. En de pareils voyages, les bateliers ne gagnent pas seulement en force et adresse, ils apprennent aussi les industries loeales, s’habituent à parler des langues diverses, rapportent dans leurs familles des connaissances et des enseignements de toute nature. Mais ils ignorent les espaces que l’on pourrait parcourir à pied, entre les cours fluviaux; c’est par d’autres peuples ou bien par leurs propres explora-