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GALÈRE PHÉNICIENNE

Dessin de George Roux, d’après une reconstitution du Musée du Louvre.

milliers de forces diverses qui se meuvent en tous sens, s’ajoutant les unes aux autres, celles-ci directement, celles-là suivant des angles plus ou moins obliques, ou contrariant mutuellement leur action.

Ainsi, la vie de l’insulaire n’est pas uniquement déterminée par l’immensité des flots qui l’entourent : il faut aussi tenir compte du degré de latitude sous lequel il passe son existence, de la marche annuelle du soleil qui l’éclaire, des oscillations de la température, de la direction et du rythme des vents, de l’action, moins connue, mais non moins réelle, des courants magnétiques, avec tous leurs phénomènes de déclinaison, d’inclinaison et d’intensité; il importe également de constater, autour du groupe social qu’on étudie, la structure des roches, la consistance, la couleur du sol, l’aspect et la variété des

l’homme et la terre

plantes et des animaux, l’ensemble des paysages environnants, en un mot tout ce qui, dans la nature extérieure, peut agir sur les sens. Chacun de nous est, en réalité, un résumé de tout ce qu’il a vu, entendu, vécu, de tout ce qu’il a pu s’assimiler par les sensations.

Encore, ce milieu primitif', constitué par l’ambiance des choses, n’est-il qu’une faible partie de l’ensemble des influences auxquelles l’homme est soumis. Les nécessités de l’existence déterminent un mode d’alimentation qui varie suivant les contrées ; de môme, la nudité ou le vêtement, le campement en plein air ou les diverses habitations, grottes et toits de feuilles, cabanes et maisons, agissent et réagissent sur le mode de sentir et de penser, créant ainsi, pour une grande part, ce que l’on appelle « civilisation » , état incessamment changeant d’acquisitions nouvelles, mêlées à des survivances plus ou moins tenaces. En outre, le genre de vie, combiné avec le milieu, se complique de maladies nombreuses, de contagions soudaines changeant selon pays et latitudes, et se propageant à l’infini dans l’ensemble des forces qui déterminent l’humanité.

Au milieu-espace, caractérisé par les mille phénomènes extérieurs, il faut ajouter le milieu-temps, avec ses transformations incessantes, ses répercussions sans fin. Si l’histoire commence d’abord par être « toute géographie », comme le dit Michelet, la géographie devient graduellement « histoire » par la réaction continue de l’homme sur l’homme. Chaque individu nouveau qui se présente, avec des agissements qui étonnent, une intelligence novatrice, des pensées contraires à la tradition, devient un héros créateur ou un martyr; mais, heureux ou malheureux, il agit et le monde se trouve changé. L’humanité se forme et se reforme avec ses alternances de progrès, de reculs et d’états mixtes, dont chacune contribue diversement à façonner, pétrir et repétrir la race humaine.

Comment énumérer tous ces faits dont l’action se succède avec tes sociétés et les renouvelle constamment? Les migrations , les croisements, les voisinages de peuples, les va-et-vient du commerce, les révolutions politiques, les transformations de la famille, de la propriété, des religions, de la morale, l’accroissement ou la diminution du savoir, autant de faits qui modifient l’ambiance et en même temps influent sur la part d’humanité baignée dans le milieu nouveau. Mais

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