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rien ne se perd : les causes anciennes, quoiqu’atténuées , agissent encore secondairement, et le chercheur peut les trouver dans les courants cachés du mouvement contemporain, de même que l’eau, disparue du lit primitif de la surface, se retrouve dans les galeries des cavernes profondes. Aussi a-t-on pu dire, en toute vérité, que « les morts gouvernent les vivants ». « Le mort saisit le vif ». D’après un proverbe cafre, dont les hlancs peuvent tirer profit aussi bien que les noirs, « le fait est fils d’un autre fait, et il ne faut jamais en oublier la généalogie ».
Ainsi, le milieu général se décompose en éléments innombrables: les uns appartenant à la nature extérieure et que l’on désigne fréquemment comme le « milieu » par excellence, l’ambiance proprement dite; les autres, d’ordre diflerent puisqu’ils proviennent de la marche même des sociétés et se sont produits successivement, accroissant à l’infini — par multiplication — la complexité des phénomènes actifs.
Ce deuxième milieu dynamique, ajouté au milieu statique primitif, constitue un ensemble d’influences dans lequel il est toujours difficile, souvent impossible, de reconnaître les forces prépondérantes, d’autant plus que l’importance respective de ces forces premières ou secondes, purement géographiques ou déjà historiques, varie suivant les peuples et les siècles. Ici, ce sont les froids intenses qui causent le dépeuplement d’une contrée, la mort de la race, ou qui, en obligeant les hommes à s’ingénier pour s’accommoder à un milieu trop dur, contribuent indirectement au progrès; ailleurs, la mer ou le fleuve est l’agent principal de la civilisation; ailleurs encore, c’est le contact soudain avec des peuples étrangers, de culture différente, qui fut la cause déterminante de la marche en avant.
Le croisement d’un peuple déjà très avancé dans la science et dans les arts avec des éléments d’autre provenance et de culture inférieure est nécessairement le point de départ d’une nouvelle poussée progressive ou régressive : on l’a vu pour Rome sous l’influence des Grecs, et, d’une manière générale, pour toutes les tribus du monde barbare que visitent des civilisés.
Quoi qu’il en soit, les adaptations diverses des peuples, toujours compliquées de luttes et de combats, ne doivent pourtant pas être
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l’homme et la tehue
considérées comme le résultat de la guerre contre la nature ou contre d’autres hommes. Presque toujours en parfaite ignorance du vrai sens de la vie, nous parlons volontiers du progrès comme étant dû à la conquête violente : sans doute, la force du muscle accompagne toujours la force de la volonté, mais ne peut se substituer à elle. En langage ordinaire on emploie les mots de « lutte », de « victoire », de « triomphe », comme s’il était possible d’utiliser une autre vie que celle de la nature pour arriver à modifier les formes extérieures : il faut savoir s’accommoder à ses phénomènes, s’allier intimement à ses énergies et s’associer à un nombre croissant de compagnons qui la comprennent pour faire œuvre qui dure.
Mais toutes ces forces varient de lieu en lieu et d’âge en âge : c’est donc en vain que des géographes ont essayé de classer, dans un ordre définitif, la série des éléments du milieu qui influent sur le développement d’un peuple; les phénomènes multiples, entrecroisés de la vie ne se laissent pas numéroter dans un ordre méthodique. Déjà l’œuvre est bien difficile et n’a qu’une valeur de convention et d’appréciation personnelle quand il s’agit d’un seul individu. Sans doute, celui-ci doit chercher à se « connaître soi-même » , ainsi que le lui ont enseigné et répété les philosophes; mais, pour se connaître soi-même, il lui faut connaître aussi les influences extérieures qui l’ont façonné, étudier l’histoire de ses ascendants, scruter en détail les milieux antérieurs de sa race, se deviner à l’état sub-conscient, se remémorer les paroles ou les actions décisives qui lui ont fait choisir, comme Hercule, entre les deux ou plutôt les mille chemins de la vie. Et combien plus grandes sont les difficultés d’étude quand la pensée embrasse de vastes communautés, des nations entières, ayant même changé de nom, de maîtres, de frontières et de domaines pendant le cours du temps ‘ et se trompant absolument sur l’origine de leurs aïeux I
Aussi les historiens, même des investigateurs comme Taine, si remarquable par sa pénétrante sagacité, se bornent-ils d’ordinaire à décrire les milieux et les âges immédiatement rapprochés pour interpréter les faits et les caractères, méthode partiellement bonne pour donner des idées générales et moyennes, mais très dangereuse quand on étudie des génies originaux, c’est-à-dire précisément ceux dont le