NOURRITURE DES PRIMITIFS
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reliefs accumulés sous les ruines des villages lacustres, sont les restes de repas continués pendant des siècles de siècles et se continuant encore, mais en d’autres lieux :
c’est dans les villes maintenant que s’accumuleraient par millions de mètres cubes les résidus des repas qui se suivent de génération en génération, si ces fragments rejetés n’étaient utilisés de mille manières dans les terrassements, les constructions, les amendements agricoles On les fait disparaître, mais le festin se poursuit incessamment, sous des
l’homme Er LA TEKHE
formes de plus en plus variées, puisqu’à chaque repas s’ajoutent les mets exotiques importés par le commerce d’une extrémité du monde à l’autre.
Quelques-uns des « amas de coquilles » laissés sur le littoral de nombreux rivages marins sont de dimensions prodigieuses, témoignant d’une civilisation très policée chez les riverains de la mer, car ce ne sont pas des individus isolés, des familles clairsemées, qui peuvent avoir élevé ces monceaux de coquilles d’huîtres et autres mollusques, ayant jusqu’à 3oo mètres de long sur 3o à 60 mètres de large et 3 mètres de haut. Des pêcheurs se réunissaient donc en grand nombre à cette époque pour leurs repas de coquillages, auxquels ils joignaient des poissons de diverses espèces, ainsi que des cerfs, chevreuils, cochons, bœufs, chiens, chats, castors et loutres, dont on voit les os rongés dans les tas de débris.
Depuis les époques où se sont amassés ces lits de coquillages, nombres d’espèces et de variétés animales ont disparu ou du moins se sont notablement modifiées. D’autre part on a pu constater que maintes formes d’animaux existaient déjà en des régions desquelles les historiens les croyaient absentes. Pour les espèces végétales, on a fait des remarques analogues : ainsi des arbres fruitiers que l’on croyait avoir été importés d’Asie pendant la période romaine croissaient librement dans l’Europe occidentale bien avant les temps historiques. A en juger par les noyaux de fruits trouvés dans le sol des grottes, les troglodytes du Mas d’Azil connaissaient deux variétés de cerises et trois variétés de prunes à l’époque où se formaient les assises des « galets coloriés ». Le noyer existait déjà dans les Gaules à l’époque tertiaire. Enfin, au commencement de la période magdalénienne, l’homme a connu le blé puisqu’il en a sculpté les épis en relief’. La vigne croissait également dans l’Europe occidentale, car on la trouve dans les terramare des plaines padanes pendant l’âge du bronze. A cette époque les Italiens buvaient du vrai vin de raisin, dont l’usage se répandit probablement de l’ouest à l’est, et non d’orient en occident comme on le croyait naguère. Aux mêmes âges préhistoriques et même jusqu’aux commencements de l’histoire proprement dite, les hommes des palaüttes alpines, à Varese, à Lubliana. buvaient du vin de cornouilles, et
I. Ed. Pietle, Bail, de la Soc. d'Anlliropologie de Paris, Séance du 18 avril 1895
NOURRITUftE £)ES PRIMITIFS
CONSTRUCTION d’UNE HUTTE PAR DES CAPRES
D'après une photographie
sur le versant septentrional des Alpes, de la Savoie à l’Autriche, la boisson fermentée en usage était celle que l’on fabriquait avec des framboises et des mûres de ronce'. Tous ces liquides donnaient l’ivresse, car, on le sait, l’homme éprouvait souvent le besoin d’échapper à soi-même par une folie temporaire dont les superstitions et les cultes réglèrent d’ordinaire l’usage.
Avant l’histoire, les demeures n’étaient pas moins variées que les aliments, puisqu’elles dépendent du milieu, et toutes les formes antiques des habitations d’autrefois se maintiennent dans nos âges de civilisation accélérée. Le sol couvert de neige donnait à l’Eskimau de tout autres matériaux de construction que le désert pierreux ou la forêt touffue n’en fournissaient à l’Arabe ou à l’Hindou. Même lorsque les hommes, devenus riches et policés, ont pris à cœur de se bâtir de beaux monuments en bois, pisé, « toube », brique, pierre ou marbre, la nature ambiante est gravée sur le palais. « Le climat
I. G de Mortillet. Les Boissons fermentées, Bull. Soc. d’ Anthropologie, 1897, fasc. 5.
s’écrit dans rarchitecture. Pointu, un toit prouve la pluie; plat, le soleil; chargé de pierres le vent'. » Mais il n’y a pas que des édifices romans ou gothiques, il n’est pas un seul réduit, une seule bauge utilisés dans les pi’emiers âges dont on ne voie encore des exemples plus ou moins bien entretenus. Les survivances de la demeure primitive SC montrent jusque dans les cités les plus somptueuses. En cherchant bien, ne trouve-t-on pas quelques troglodytes dans Paris et dans Londres ? Ne voit-on pas aussi des gens vivant sous la hutte, grossier amas de branchages et débris, sans compter ceux qui, la nuit, restent gisant sur le sol ?
Dans les contrées à température tropicale, où l’homme se développa sans doute en sa jeunesse première, les fourrés de la brousse servent encore d’habitations communes à de très nombreuses peuplades. Naguère on appréciait comme demeures parfaites les cimes des grands arbres, offrant un plancher naturel au point de divergence des branches maîtresses, et s’étalant au-dessus en un épais abri de
feuillage contre les ardeurs du soleil et la violence des pluies et des tempêtes.
Comme leurs cousins les quadrumanes, les bimanes ‘habitaient à portée de main et de dent pour les fruits et les baies qui servaient à leur nourriture et, en cas de défense contre les assaillants, ils n’avaie.it qu’à briser les branches de leur forteresse vivante et à les emjdayer en guise de dards, de lames ou de massues.
Lorsque le fourré était épais, formé d’arbres unis en une seule masse par les branches entrecroisées et par les cables des plantes parasite , il pouvait arriver que des batailles se livrassent dans le feuillage, e it e les arboricoles et les envahisseurs venus par des sentiers aériens.
HUTTE CONSTHUITE DANS L’EXTnÊME-KORD AVEC DES OSSEMENTS DE BALEINE
D'après une ancienne gravure d'OIaUs Magnus-