ÉTOFFES, POTERIES
se tendent, où se croisent et décroisent les fils, laissant passer, dans l’entre-deux, la trame que porte la navette; toutes les splendeurs des tissus, du lin au coton et à la soie, naquirent ensuite.
De même la poterie commença, pour ainsi dire, sans l’intervention de l’homme, certaines plaques d’argile recourbée, qui se forment par l’effet de la dessiccation solaire et les couches de boue déposées par l’eau entre les mailles des filets ' étant déjà de véritables vases aussi commodes à employer que de grandes coquilles ramassées sur le rivage. L’eau versée sur le sol battu entraîne parfois des particules fines de terre qui, après s’être desséchées, présentent une cohésion suffisante pour former des briquettes utilisables. 11 était donc naturel de les pétrir, puis de leur donner la consistance voulue, d’en extraire l’eau par la pression et de les égaliser avec la paume de la main. Suivant la grandeur des constructions projetées ou la quantité de matières, le volume d’eau que devait contenir le vase, on mesurait les dimensions de la brique ou la capacité du récipient, puis on étendait au soleil l’objet de fabrication qui durcissait peu à peu. Le tour de main, l’expérience, précisés pendant les années et les siècles, de généi’ation en génération, finissaient par assurer au travail toute la perfection qu’il pouvait acquérir par la seule industrie manuelle : le plat du sol donnait la brique, la rondeur de la cuisse formait la tuile.
Mais tôt ou tard un puissant auxiliaire devait s’ajouter à la main du potier. La ménagère n’était peut-être pas éloignée de l’aire où son mari triturait l’argile : des charbons, des branches enflammées s’échappaient du foyer et tombaient au hasard sur le sol, sur les carreaux et les vases de terre. Bien plus, ce foyer lui-même pouvait avoir été construit en briques. Après des milliers d’observations volontaires ou involontaires, était-il possible qu’on ne remarquât pas l’action du feu et la différence de changement produit par la cuisson dans la matière argileuse : l’art du potier était donc complété dans ses éléments primitifs. Quant à l’invention mécanique du tour, qui facilite si bien la besogne pour donner de la précision et de l’élégance aux rondeurs du vase, on sait qu’elle a été précédée par un mouvement de rotation que les potiers donnaient à la boule d'argile qu’ils pétrissaient