RÉCIT DE HATTO REPRODUIT PAR WALAFRID
Wettin, après trois jours de fièvre, voit apparaître Satan, sous la forme d’un clerc, accompagné de toute une armée de diables en armes qui viennent le torturer. Mais deux êtres célestes, vêtus comme des moines, chassent les mauvais esprits, et un ange apparait. Làa-dessus Wettin se réveille et demande aux moines de lui faire une lecture tirée des dialogues de Grégoire.
Dans une nouvelle vision, cet ange, son ange gardien, le mène vers des montagnes aussi belles que du marbre. Mais un fleuve de feu les entoure; dans ce fleuve il voit des damnés en nombre infini, qui subissent des peines correspondantes à leurs fautes. Parmi eux se trouvent des prêtres infidèles à leur vœu de chasteté; Wettin en reconnait quelquesuns. Tel est l'Enfer, — Puis continuant sa marche, il aperçoit une espèce de château fort rempli de fumée, et l’ange lui
apprend que c’est la demeure de moines qui purgent la peine
de leurs fautes. C’est ensuite une montagne aussi haute que le ciel sur le sommet de laquelle demeure un abbé mort dix ans auparavant, exposé pour sa purification aux violences du vent et de la pluie. Telle est aussi la demeure d’un évêque qui : traitait ces visions de « folies ». Plus loin, un prince « qui avait régné sur l'Italie et le peuple romain » expie dans un marais où il est cruellement mordu, les débauches auxquelles il s’est adonné jusqu’à sa mort. Cependant il est prédestiné à là vie éternelle. Wettin voit aussi les présents que le diable offre aux comtes pour les tenter, des habits précieux, des chevaux richement équipés, etc.
Enfin il aperçoit les murailles d’une demeure magnifique, dont les seuils sont d’or et d'argent. C’est le paradis. Ici l'ange annonce à Wettin qu'il va mourir le lendemain et qu'il doit utiliser cette dernière journée à s'assurer de la grâce de Christ. Cette grâce, il cherche à l'obtenir par l'intercession des prêtres, des saints, saint Denys, saint Martin, saint Benoît d’Aniane, saint Hilaire, des martyrs, saint Sébastien et saint Valentin, qui s’avancent successivement auprès du trône de Christ, mais en vain. Enfin la prière des vierges saintes est exaucée.
Alors l’ange dresse un réquisitoire contre les mœurs des moines et des nonnes dont Wettin doit être l’interprète sur la terre ; en terminant, il décerne de grands éloges à un bienfaiteur du couvent, Gerold, le frère de l’impératrice Hildegarde. Wettin, de retour auprès des siens leur fait ce récit.
Tellé est cette vision de Wettin. Elle réflète absolument l’état d'esprit des moines de ce temps. Les dialogues de Grégoire, remplis de toutes les superstitions relatives au purgatoire, sont lus dans les couvents ; et l’on comprend la terreur des mourants au moment d'entrer dans ce monde inconnu où les démons jouent un si grand rôle. Le christianisme doit les affranchir de ces terreurs. Ainsi sont nées les doctrines de l’intercession des saints, des prêtres, des martyrs
et des vierges, en qui Wettin met sa confiance.