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toute la ligne : le baptème agit « ex opere operato », sans Ja condition de la foi subséquente ; les pratiques du culte effacent les mauvaises actions; dans la piété des fidèles les images prennent la place des personnages qu'elles représentent ; la Cène cesse d’être un « sacramentum » pour devenir un sacrifice. Une réaction contre ce matérialisme superstitieux fut la Réforme de Luther. Elle aussi s'inspire, comme la théologie de Walafrid, de l'esprit germanique, qui s'oppose à l'esprit romain. Contre les mérites qui s’achètent elle revendique la souveraine indépendance de la conscience religieuse ; contre la théorie des sacrements agissant « ex opere operato » elle relève l'importance capitale de la foi; elle aussi réserve le droit d’être adoré au Créateur et l’enlève aux images.
Mais n’allons pas faire de Walafrid un précurseur de
Luther. La réforme de celui-ci s’est effectuée sept siècles plus tard ; elle a eu le caractère d’une révolte de la conscience
religieuse contre les autorités scolastiques qui s'étaient constituées précisément durant ces sept siècles. La théologie de Luther comme la théologie de Walafrid porte le cachet de son temps.
En effet, pour ce qui est des croyances, Walafrid accepte sans les critiquer toutes les idées de son époque. Il est moine, fermement attaché à la vie monastique, et de cet attachement résulte la distinction qu'il établit entre les deux morales ; il croit fermement à l'existence des démons, et cette croyance détermine la valeur du baptême ; il croit à la puissance des anges et des saints, et leur accorde le pouvoir d’intercéder pour les hommes ; il croit que le rôle de Christ a été de pro- . clamef une loi nouvelle, et ce rôle de législateur voile pour lui son rôle de Sauveur.
Mais sous les formes, erronées à nos yeux, qui sont celles de sa pensée, et nous séparent de lui, nous sentons un esprit religieux avec lequel nous pouvons communier entière-
ment. Si sa théorie du baptème suppose la croyance aux
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démons, l’esprit religieux qui inspire cette théorie le pousse à voir dans ce sacrement le premier échelon qui mène l’homme à Dieu ; s’il a élevé la vie monastique à une si grande gravir un chemin plus élevé qui le*mènera plus près de Dieu; s’il adresse ses prières aux saints,
hauteur, c'est pour
c'est pour qu'elles arrivent plus sûrement à Dieu; enfin si Christ est pour lui un législateur, c’est la loi du Christ qu'il veut suivre, pour parvenir un Jour au nombre des siens. À travers les expressions défectueuses de sa pensée nous sentons vivre en lui l'esprit religieux, celui qui mène l’homme à Dieu.
Lorsque nous considérons le sentiment qui inspire toute cette théologie, nous ne pouvons qu’admirer la rapidité avec laquelle le peuple alaman s’est assimilé le christianisme : Walafrid se donne à la religion nouvelle absolument et sans réserves. Il porte à la foi chrétienne un attachement passionné, lui dont les grands-parents servaient peut-être encore Wotan. Il pénètre par un merveilleux instinct jusque dans les profondeurs les plus intimes de la religion nouvelle.
Jadis l’unique lien moral qui existait entre les Germains d’une même tribu, c'était le rapport réciproque de fidélité entre le suzerain et le vassal. Ce rapport moral, transporté dans le domaine religieux, lui permet de pénétrer aussitôt jusqu'au cœur même du christianisme. Un attachement sans réserve le lie, non pas aux prescriptions et aux cérémonies extérieures de l'Eglise, qui ne sont pour lui que des moyens éducatifs, mais à la personne mème du Sauveur, vivant au ciel. Une alliance de fidélité inébranlable qui est conclue par le fidèle avec le roi du ciel, Jésus-Christ, tel est pour lui le fond du christianisme, N’avons-nous point là, dès l’origine, sous une forme vivante et concrète, le grand principe de la justification par la foi, qu’un moine saxon du seizième siècle devait retrouver sous sa forme théologique et auquel nous nous rallions aujourd’hui comme à l’essence même de l'Evangile ?
Ainsi c’est en pénétrant au cœur de l'Evangile, au rapport