L*HOMME DANS LES CAVERNES A OSSEMENTS
figuration du sol était bien différente de ce qu'elle est de nos jours. Cette ile devait être réunie à TAfrique, et il suffit pour cela d'un soulèvement qui ne dépasserait pas ceux qu'on a constatés sur les bords de la Méditerranée depuis l'apparition de l'homme. Il existe en effet entre la Sicile et l'Afrique un plateau sous -marin qui présente une succession de crêtes recouvertes de 25 à 30 mètres d'eau seulement. Les os fossiles des mêmes mammifères se retrouvent aussi dans l'tle de Malte, où un mouvement d'affaissement se produit de nos jours, ainsi que le montrent d'anciennes routes, et des silos envahis par les eaux de la mer.
M. le D' Falconer, à la suite de ses explorations dans la grotte de Macagnone, près de Palerme, exprime l'opinion que l'homme aurait déjà habité la Sicile à cette époque reculée. La brèche de la grotte de Macagnone contenait des cendres, des charbons, de grossiers instruments de silex, des éclats d'os et d'autres objets accusant l'intervention de l'homme, ainsi que des ossements de VElephas antiquus, de l'hyène, du grand ours, d'un grand Felis et surtout de nombreux hippopotames ^
M. G. G. Gemellar a recueilli dans la caverne de Carbonanceli^ beaucoup d'instruments en silex avec VElephas antiquus^ l'hyène et d'autres mammifères. Il a retiré de ses propres mains deux couteaux en silex gisant au niveau de l'hyène, avec beaucoup de coquillages marins, qui doivent avoir été introduits dans la grotte par les eaux de la mer. Le terrain s'était déjà
^ John Lubbock, Pre-kUtoric times^ pag. 220.
' Mortillet,.ilfalénatix, 2« année, pag. 140.
relevé de 16 mètres quand les Sicules fondèrent l'antique Icare au-dessous de cette caverne.
Plusieurs grottes de l'Italie contiennent des couches stratifiées, avec des os brisés et des pierres taillées, audessus de fossiles évidemment plus anciens. Les explorations demandent à être faites avec une grande circonspection pour ne pas confondre les pièces qui peuvent appartenir à des étages divers. Plus d'une fouille peut encore laisser des doutes sur la contemporanéité des objets recueillis, mais les haches quaternaires des environs de Rome disent assez que les grottes ont dû être occupées par l'homme à cette époque.
Suisse. Les découvertes faites dans la plupart des pays qui entourent la Suisse, confirment la coexistence de l'homme avec les grands mammifères éteints pendant la période diluvienne. De nombreux habitants ont aussi occupé à un âge fort reculé la plaine, les vallées et les rivages des lacs de la Suisse. Les tombeaux m'avaient permis de constater, dès 1840, une époque où la pierre tenait lieu des métaux. Quatorze ans plus tard, la découverte des constructions lacustres confirmait, au delà de toute attente, mes premières observations; mais malgré cette richesse on n'a pas encore retrouvé de traces certaines dans nos terrains diluviens de l'industrie humaine associée aux fossiles. Quelques géologues pensent qu'il faut en chercher la raison dans la grande extension des glaciers alpins, qui aurait duré plus longtemps qu'ailleurs, ou aurait agi postérieurement. Quelles que soient les appréciations à cet égard, on n'en est pas moins obligé de reconnaître que les glaciers des Alpes ont commencé à se retirer avant l'extinction de
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VElephas primigenius dont les ossements dispersés dans les cantons de Genève, de Vaud, de Fribourg, de Neuchàtel, de Soleure, d'Argovie et de Bâle sont enfouis dans des graviers stratifiés ou du moins remaniés, composés de matériaux glaciaires qui ont subi l'action des eaux. Sur la limite du glacier il y a eu sans doute de nombreux mouvements de va et vient comme on en observe encore de nos jours dans les Alpes.
On peut ainsi retrouver des dépôts erratiques audessus des graviers remaniés par les eaux, mais ceuxci, étant pris aux terrains glaciaires, sont évidemment postérieurs, ainsi que les fossiles qu'ils contiennent, à la plus grande extension des glaciers. II est donc assez probable qu'on finira par découvrir en Suisse l'homme contemporain du mammouth qui vivait entre les Alpes et le Jura lors de la retraite des glaciers.
Le renne a aussi laissé plusieurs traces de son existence, mais je ne connais encore qu'une localité où ses restes aient été positivement associés à l'industrie humaine, c'est celle qui se trouve à peu de distance de Genève, au-dessous du Pas de l'Echelle, entre le grand et le petit Salève, près dn village de Veyrier*. On voit sur ce point, au pied de la montagne, plusieurs mamelons formés de détritus et de roches entassées qu'on exploite pour la fabrication de la chaux. Il y a environ. 30 ans que M. Taillefer, à l'obligeance duquel je dois les détails suivants, cherchant des pétrifications sur ce point, remarqua que plusieurs des morceaux détachés par les ouvriers présentaient une agglomération de débris de roc anguleux , réunis en masse compacte par
^ Indicateur d*kistoire et d*antiquUés suisses, 1855, pag. 5i.
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UQ sédiment calcaire, et contenant des silex taillés, des charbons de bois et un grand nombre d'os fracturés. Ces débris provenaient d'une espèce de brèche dont la formation successive avait fini par remplir le vide d'une grotte haute de 6 à 7 pieds, sur un diamètre de 8 à 12 pieds, mesure qui indique probablement la largeur de l'ouverture, vu qu'il était difficile d'apprécier la profondeur de l'excavation obstruée jusqu'au plafond, 11 importe d'ajouter que les os, les silex et les charbons n'existent qu'à la base de la formation stalagmitique, dans une couche qui n'avait pas moin^ d'un pied d'épaisseur.
C'est de ce gisement que M. Taillefer a retiré une multitude de débris d'ossements , une partie d'un crâne de cheval, des côtes brisées du bœuf et d'autres animaux , des restes de plusieurs mammifères, de beaucoup de rongeurs, et surtout d'os d'oiseaux, parmi lesquels se trouvaient représentées les plus petites espèces. Une coquille bivalve marine, à grosses cannelures, n'étant point pétrifiée, avait dû être transportée par l'homme dans cette grotte, où il avait laissé de nombreuses traces de sa présence. Des charbons de bois étaient pris dans la brèche osseuse avec des silex et un os de forme conique, pareil à un apophyse, d'environ .3 pouces de longueur, et grossièrement percé sur l'extrémité opposée à la pointe. Les 15 à 20 fragments de silex blond, recueillis par M. Taillefer, avaient été taillés en forme de pointe de flèche , ou détachés par le marteau de manière à obtenir des lamelles tranchantes.
D'autres personnes, attirées par cette découverte, trouvèrent encore divers ossements, un bois de cerf.
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des silex pareils aux précédents et même, dit-on « une pièce en fer rappelant par sa forme le couperet du seiU lier, mesurant environ 4 pouces de long sur son tranchant arqué, et S lignes dans sa plus forte épaisseur. Je ne puis cependant aflBrmer que cet instrument ait été réellement découvert dans la grotte de Veyrier, laquelle a fini par disparaître à la suite des exploitations pour les fours à chaux.
C'est du même emplacement, sinon de la même grotte, que proviennent cinq instruments en os, conservés dans le musée d'antiquités de la ville de Genève, et indiqui^s à tort, par une ancienne étiquette, comme étant sortis d'une caverne du Salève, près d'Etrambières. L'un de ces instruments, long de 7 pouces et demi, a la forme d'un ciseau; deux autres, brisés, sont percés d'un trou circulaire sur l'extrémité intacte ; le plus grand porte en outre diverses entailles; le qua*trième, long de 6 pouces et demi, a été anciennement fendu dans sa longueur et aiguisé en pointe ; enfin, le dernier, long de 3 pouces 8 lignes, est une pointe de flèche barbelée, toute pareille à celles qu'on découvre dans le Périgord avec le renne.
Le musée de Lausanne possède aussi des grottes de Veyrier quelques ossements, qui d'après les déterminations de M. le professeur Rùtimeyer proviennent de Tours des Alpes [Ursus arctos) , et du chevreuil, ou peut-être d'une très petite brebis. L'un de ces os est taillé en grossier poinçon ; un autre , fendu en long, est strié en travers de sa cassure, et aiguisé à l'extrémité en ciseau à tranchant oblique.
Des ossements de même provenance ont passé en
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des mains diverses. M. Ed. Lartet en a eu plusiea» sous les yeux et a constaté l'existence du renne doiit h présence sur ce point répond bien au genre d'industrie dont on a conservé les débris.
Nous avons déjà vu le mammouth s'approchant dei» Alpes suisses après les grands dépôts glaciaires. Nous retrouvons maintenant l'homme et le renfle vivant au pied du Salève, à l'extrémité iv^férieure du Léman.
Les cavernes ne sont pas rares sur les flancs du mont Salève, aussi peul-on s'attendre à Mve de nouvelle découvertes pareilles à oellës de Veyrier. Plusieurs explorations ont été entreprises ces dernières ant^eâ, entr'autres par M. Revon et par M. le professeur Thury et son fils. Ils ont retrouvé des cendres, des charboiMs, quelques objets de la période romaine, et de nombreux fragments de poterie du premier âge du fer. L'âge du bronze était aussi représenté, mais rien ju^u'à présent qu'on puisse attribuer à l'époque du renne. Les os 'recueillis sont e^sentietlemem ceux du loup, de la fouine, de l'écureuil, du lièvre, d^un bœuf de petite taille, du mouion, du cochofl et de divers oiseaux.
En 1864, M. F. Thioly constatait au5«l&ve, dans la caverne de Bossey, l'existence de deux couches, l'une de l'époque romaine, l'autre plus «ncienne de laquelle il a retiré des objets pareils à ceux des emplacements lacustres. La faune est tout à fait celle de nos jours. Depuis la publication de ces touilles (1865) M. Thioly a retrouvé de nouveaux poinçons en os, de petits disques en terre cuite ou en pierre, des silex tranchants et des dents de chiens percées pour ornement et pour amulette.
L'HeiUfE .BAN6 I^S GATBRNES «A MSEMBNTS. #9
La grotte de Verre*, surèee bords de TÂreuse, dans le cantonde Neucliâtel, aété exploitée par MM. P. Bar rélei, H. Otz et d'autres personnes. (Elle renferme dss restes de foyers, beaucoup d'os (brisés et de fre|goieftt6 dé poterie, mais on n'y a encore trouvé ni métal, ni instruments en pierre et en os. J'y ai recueilli dés débris dcipeteirie romaine et beaucoup d'autres pouvant remonter jusqu'à l'âgetdu bronze.
Les bords du Léman ayant tété parcoufîus par l'komme à une époque ^où le renne vivait encore dans là contrée, on ^peut espérer >de retrouver sur d'autres points de la Suisse des traaesde la ^même antiquité, et même d'une époque plus ancienne.
Asie. S'il est une partie dunglobe oà des découvertes du fi^nre <de celles qui nous occupent seraient d'un immense intérêt, c'est assurément la région où les traditions (historiques plseaent Porigine de l'homitie, et d'où elles le font émigrer dans tes (diverses contrées du globe.
Les grottes à couches ossifëres et «les dépôts diluviens ne sont pas rares en Asie. De nombreuses ^générations de grands pachydermes, en tr'amtres d'éléphants et (de rhinocéros, ont laissé leurs f ossements dans le sol de la Sibérie, surtout le longides fleuves et de leurs eeabouchures. tLes défenses du mammouth sont l'objet dfuae importante exploitation depuis bien des années, mais on ne peut attendre de recherches dirigées dans un but purement commercial de grands résultats scientifiques. € Autant la faune quaternaire , dit M. d'Àr-
* Indicateur, 1864^ pag. 18.
iOO l'homme dans les cavernes a ossements.
chiac*, s'est montrée riche et féconde dans toute la partie nord du continent asiatique, c'est-à-dire sur cet immense plan incliné, depuis les parties inférieures de TÂltaï jusqu'à la mer Glaciale, autant, jusqu'à présent du moins, elle paraît être pauvre dans sa partie sud. Ce n'est pas que les dépôts quaternaires n'y soient représentés aussi sur de grandes étendues, mais on n'y a encore que très rarement signalé des fossiles, faute sans doute de recherches spéciales i^
€ Est-ce à l'époque quaternaire, ajoute le même auteur, qu'il faut faire remonter ces dépôts signalés récemment en Perse, dans la vallée de l'Abhao, par M. de Filippi, et qui renferment, à divers niveaux, des restes de charbon, des os, des fragments de poterie en pâte noire très grossière; et ces tépés^ ou monticules coniques, isolés, composés de matériaux inconhérents, renfermant les mêmes traces d'industrie primitive, et de beaucoup antérieurs, sans doute, à la fondation de Ninive et de Babylone? Ou bien, ce qui est plus probable, serait-ce des témoins de l'âge de la pierre dans cette contrée?.... »
L'âge de la pierre a été constaté depuis bien des années dans différentes parties de l'Asie. S'il est très récent, et même s'il subsiste encore sur quelques points, il a laissé sur d'autres les témoignages d'un genre d'industrie auquel a succédé fort anciennement le travail des métaux. Dans quelques parties de la Sibérie, riche en antiques tumuli renfermant des armes et des ornements en métal, on a retrouvé des espèces de coins et des instruments en pierre avec lesquels on avait commencé à exploiter le minerai.
• Faune quaternaire^ pag. 173 et 174.
l'homme dans les GAVEHNEe A ofisfiME^ê:': :l}iS^ :
M. le due de Luynes* a retiré de nombreux siles, taillés en forme de couteaux et de grattoirs, d'une grotte de la Syrie située près de la source du fleuve du Chien. Ces silex étaient pris dans une brèche contenant des os cassés et calcinés. M. de Botta avait déjà constaté, il y a plus de 30 ans, l'existence de cette brèche osseuse avec des débris de poterie, dans des cavernes de la même contrée.
L'Hindoustan, Java, la Chine, le Japon et bien d'autres pays de l'Orient ont eu leur âge de la pierre. On lit dans les annales de la Chine que To-hi fit des armes et institua des supplices : ces armes étaient de bois; celles de Ghin-noug, qui succéda à Fo-hi, furent dé pierre, et Tchi-yeou en fit de métal.
Des 03 de daim et de cheval, dont les vides sont remplis de carbonate de chaux , ont été recueillis à une élévation de 4864 mètres sur le versant nord de la chaîne de Kylas, dans l'Himalaya. Ils proviennent de masses tombées avec les avalanches de la région des neiges perpétuelles*. De nombreux ossements d'éléphant, de rhinocéros, de cerf, de bœuf et de cheval ont été trouvés par M. Strachey dans les immenses dépôts de sable, d'argile, de gravier et de blocs situés à 4200 et 4800 mètres d'altitude, vers la ligne supérieure de partage des eaux duSetledge et du Gange. Les traditions ont conservé le souvenir de grandes perturbations occasionnées par les eaux. Faut-il y voir la preuve que l'homme a passé dans ces contrées avant l'extinction de la faune quaternaire, ou bien seulement
' Mortillet^ Matériaux, !"> an. pag. 115.
' D'Archiac^ Faune quaternaire, pag. 174.
le résultat é^événements pliis féeents, îsdépendanls^de cette extîflfctioii? GTest ce (jue des recherches iritérieu* res nous apprendront sans doute.
Amérique. La période quaternaire présente en Amérique* les mêmes phénomènes qu'en Europe. La grande extension des glaciers a laissé d'imposants dépôts erratiques dans le sud et dans le nord de ce vaste continent. Les oscillations du sol ont amené la formation de dépôts marins. C'est aussi au-dessus des terrains glaciaires qu'on retrouve surtout les restes de la faune quaternaire, qui toutefois est à peu près la moitié moins riche en espèces dans rAmériqiie du Nord que dans les Iles Britanniques. Parmi les pachydermes, un éléphant a existé à la fois dans tout le nord et dans le centre de l'ancien et du nouveau continent. Le genre mastodonte, qui ne vivait plus en Europe, est représenté dans les deux Amériques par le plus gigantesque de ses types, qui devait mesurer environ 4 mètres de hauteur sur 7 */« de longueur. Le Rhinocéros tichorintiSy compagnon fidèle du mammouth en Europe et en Sibérie, ne Ta point suivi au delà du détroit de Behring.
Le cheval, le bœuf et le cerf sont d'espèces différentes dans les deux continents , tandis que le renne est le même. Le lion et l'ours sont très rares en Amérique. L'hyène et l'hippopotame y manquent complètement.
€ D'un autre côté la faune quaternaire de l'Amérique du Nord est caractérisée par la présence, sur une infi* nité de points, de genres spéciaux de grands édentés,
^ D'Archiac, Faune quaternaire, pag. 210.
b'UOMME DANS USS CAVERNES A OSSEMENTS. 10$
tous éteints {Meginfhermm , Mesalonvn, Myladm), ot de qucAques. wixe^ existant encore soit sur ce otniir Eeat soit en A^ie {Tapira Dicotyle^ Hydroch^rm), mm qui D'a^9ÂeDt paÎQt d'analogues en Europe. »
La faune de l'Amérique méridionale eçt remarquable par la variété des mammifères, par leurs dimensions et par Tétrangeté de leurs formel. On ne signale parmi lesL^carnassierSy relativement fort peu nombreux , qu'un ours, un Felis et un chien. Le genre mastodonte va du nord jusque dans les GordiUières. Le cheval y a existé et disparu avec les grands mammifères comme dans le nord. Le lama se retrouve déjà fossile. Avec des restes d'édentés on rencontre le cerf et un bœuf, pareil au hcauf domestique importé par les Européens.
< On peut dire d'une manière générale que sur en* viron 70 genres et plus de 150 espèces dont se corn* po§e aujourd'hui la faune fossile des mammifères de l'Amérique méridionale, on retrouve dans toutes les familles les caractères généraux de la faune actuelle ; mais avec des types infiniment variés et atteignant des dimensions beaucoup plus considérables. Un certain nombre d'espèces., appartenant exclusivement à de petits genres^, surtout parmi les rongeurs, vivent encore. Les édentés, qui forment le trait dominant de cette faune, sont tous éteints, et dans les autres ordres les genres ont en général d'autant moins de représen*tanis dans la' nature actuelle, qu'ils atteignent de plus grandes dimensions, >
Les cavernes calcaires du Brésil, fort riches en ossements d'animaux , n'offrent que peu de restes de l'homme. Sur plus de 800 grottes examinées par M. Lund , l'infatigable explorateur n'en a trouvé que six
104 l'homme dans les cavernes a ossements.
qui présentent des ossements humains, et une seule dont les gisements fussent dans des conditions suffisantes pour fournir des éclaircissements satisfaisants ^. C'est une caverne, située sur le bord méridional d'un lac ap^ peléLagoa do Sumidouro, qui est composée de plusieurs couloirs s'emboitant les uns dans les autres, et dont le sol est jonché de roches écroulées. L'argile, grise à la surface, passe plus bas au jaune et enfin au rouge, comme la terre primitive de la plupart des cavernes, mais ce changement de couleur parait être le résultat des inon* dations produites par les hautes eaux du lac, et n'indique point des dépôts différents et successifs. C'est dans celte argile , ainsi qu'au fond d'un petit lac, au centre de la grotte, que M. Lund a recueilli les ossements humains pétrifiés d'au moins 30 individus de tout âge ; ces os rarement articulés avaient été le plus souvent remaniés et brisés par des agents violents ou des eaux tumultueuses. Des restes d'animaux divers étaient répandus en "grand nombre dans l'argile de la grotte, péle-méle avec ceux de l'homme. Un singe d'espèce perdue, se distingue des singes actuels par sa grandeur extraordinaire. Parmi les nombreux rongeurs, une espèce éteinte appelée par M. Lund Hydrocfiœrus sulcidans atteignait la taille du tapir. Les os du grand jaguar fossile (Felis proto-panther) mêlés à ceux de l'homme proviennent d'une espèce beaucoup plus grande que le jaguar actuel du Brésil. Les os du loup troglodyte éteint se trouvaient associés à ceux du loup actuel et d'un petit chacal d'espèce encore vivante. Dans le nombre des pachydermes, il faut mentionner trois
> Mémoires de h Société des Antiquaires du Nord^ 1845^ pag. 49 à 77.
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espèces de cochons, dont l'une de fort grande taille a disparu, et un cheval très pareil à notre cheval domestique, mais dont l'antiquité est incontestable d'après le gisement et l'état de conservation des os exhumés; cheval assez différent, du reste, de celui qui a été introduit dans le Brésil par les Portugais. On sait que le cheval a existé en Amérique pendant la période quaternaire, et qu'il a disparu de ces contrées avec les grands mammifères, pour n'y être réintroduit qu'après la conquête de ce pays par les Européens. Les ruminants et les édentés présentaient aussi des espèces éteintes et vivantes.
Les os humains étaient absolument dans le même état que ceux des animaux d'espèces perdues ou existantes avec lesquels ils se trouvaient. Le type général du crâne est celui des anciens habitants de l'Amérique, dont ils paraissent cependant se distinguer par la conformation particulière et par l'usure horizontale des indsîves, toutes pareilles du reste à celles des mâchoires dès momies égyptiennes. M. Lund pense que la caverne qui contenait ces restes a servi de caveau sépulcral , vu qu'une partie des squelettes étaient ceux de vieillards décrépits et de petits enfants, dont la mortalité, comme on le sait , est plus grande pendant les premières années. D'autres squelettes, annonçant au contraire un développement plein de force, indiquaient une mort prématurée , ce qui ne présente assurément rien d'extraordinaire, mais plusieurs de ces crânes portaient sur l'une des tempes un trou, dont la grandeur et la forme répondent tout à fait au bout pointu des coins de pierre qu'on retrouve fréquemment dans
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le sol. Etaientnce des prisonniers de guerre?. . . Dans tous les cas ki mort avait été violente.
Cette découverte, que M.Lund a déjà décrite en 1844, reçoit une nouvelle importance par les recherches faites ces dernières années. Elle nous montre que l'homme a coexisté, dans le Brésil, avec les grands mammifères de la faune quaternaire et qu'il n'est pas moins ancien en Amérique que dans notre vieille Europe.
M. le D"" Spring* en décrivant une caverne de la province de Namur rapporte que «M. Dickson de Philadelphie a déterré près de Natchez ^ aux bords du Mississippi, à cent pieds sous le sol, un os fossile qui a été examiné à Philadelphie, dans la maison du célèbre ethnographe D^ Morton, par plusieurs naturalistes, parmi lesquels se trouvait M. le professeur Agassiz , et qu'il a été reconnu comme l'os du bassin d'un homme. Cet os humain se trouvait au milieu de restes fossiles appartenant au M^^af&^êt^m, a,\i Megalonyx et à d'autres animaux antédiluviens. ^
Quelque peu nombreuses que soient encore ces découvertes en Amérique, il est infiniment probable que de nouvelles recherches ne tarderont pas à confirmer ces premières données. La tradition a môme conservé chez quelques Indiens le souvenir de mammifères de taille gigantesque, ainsi que d'inondations considé* râbles.
Les Mohicans et les Delawares rapportent qu'entre tous les animaux l'ours nu était le plus féroce. Beaucoup plus grand que le plus grand des ours communs» sa longueur était remarquable. Dépourvu de toison, U
^ Académie Royale de Belgique, XX, BuU. 11 et 12.
L'iKMflfB DANS LBS CAVERifïSS A OSSBMBMTS. iOf
ne portait qu'une tavffe de poils Ma&cs sur le dos* Ces sauvages imposent le silence à leurs enfants en les menaçant de Tours nu.
D'après les Indiens du Canada, un troupeau d'éléphants, ayant un grand mâle & leur tête, dévastait les forêts et jetait la terreur au milieu des hommes. Le grand Esprit lança sa foudre sur le troupeau : tous périrent à l'exception du grand mâle qui, blessé, s'enfuit furieux, sauta rOhio d'un seul bond, et alla se réfugier au delà des lacs où il vit encore 1
Sur les rives du Mississippi et dans les forêts de la Guyane, on voit des sculptures grossièrement tracées sur des rochers aujourd'hui inaccessibles. Les indigènes racontent que leurs ancêtres , du temps des grandes eaux, étaient parvenus en canot, jusqu'à la cime de ces montagnes, et qu'alors les pierres se trouvaient encore dans un état tellement ramolli, que les hommes ont pu y tracer des traits avec leurs doigts*. Il serait facile d'ajouter à ces traditions l'indication de données bien autrement certaines sur l'ancienne existence de l'homme en Amérique, où plus d'une forêt, dite viei^e, recouvre les restes d'importantes fortifications , de nombreuses sépultures et de monuments du culte; mais ces débris, malgré leur antiquité, sont postérieurs à la période quaternaire et sortent ainsi du sujet que je me suis proposé de traiter.
Après avoir donné une esquisse rapide des découvertes qui me paraissent établir la coexistence de l'homme
* Humboldt, Cordillière$, I, pag. 184. — Rougemont, Histoire de la terre, pag. 208.