LA CRAINTE ET LA PEUR
sublimes, sont unies la joie et la crainte, et de quelles façons, si la joie m’abandonne, la crainte de votre nom m'’abandonne au moment même. Jéhovah, qu'invoque Élie sur le mont Carmel, Jéhovah, qui êtes ce que vous étiez alors, Jéhovah, qui serez ce que vous êtes éternellement, Jéhovah qui savez seul votre plénitude et ma défaillance, Jéhovah, Dieu fidèle, qui avez promis de donner à ceux qui demandent, je demande
votre nom. O Celui qui
afin que je sente vivante en moi la signification inexprimable de votre Nom sans égal; délivrez
-moi des menaces de l'ennemi! Que je meure à la mémoire des cauchemars
crainte; que votre nom règne et domine dans la liberté de nos âmes affranchies |!
Ut sine timore de manu serviamus illi, in sanctitate diebus nostris.
inimicorum nostrorum liberati, et justitia, coram tpso, omnibus
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Qu'est-ce donc que le monde? Ce mot odieux a l'air de ne rien signifier du tout,.et cependant il est odieux.
L'étymologie nous servira peu en apparence, Mundus en latin .signifie pur; le monde, c’est l'impureté même. Koguos, en grec, signifie à la fois ordre et monde,
Le sens actuel du mot «homme du monde» ne se rattache donc, au moins en apparence, ni à mundus ni à xoau0c.
Si nous revenons à l'étymologie, ce séra par un détour.
Le monde, est-ce le péché ? Évidemment non, Il y a une différence énorme., Sans doute, le monde est dans le péché, mais il est toujours situé en une région spéciale; il a ses domaines à Jui dans le mal, et ce sont ses domaines qu’il s'agirait de terminer, ou au moins d'indiquer.
Un assassin est un pécheur; un voleur de grande route, comme on disait autrefois, est un pécheur, Sainte Marie l'Égyptienne, avant sa Conversion, était une pécheresse,
Ce sont 1à des pêcheurs; cé ne sont pas des gens du monde.
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Il y a plusieurs mots terribles dans l'Évangile, et, parmi ces mots, voici l’un des plus terribles: Non pro mundo rogo.
Je ne prie pas pour le monde, Celui qui parle ainsi connaît le fond des choses et va mourir pour les pécheurs. Il ne prie pas pour le monde, c’est saint Jean qui nous le raconte: c’est à cette même cène où il a dormi sur la poitrine de Jésus- Christ, c’est à ce moment solennel où les bras de Dieu allaient s'ouvrir sur la croix, c'est à cette cène, c’est à ce moment que saint Jean a entendu la Vérité dire: «Je ne prie pas pour le monde.» Vous savez ce qui est écrit ailleurs à propos des tièdes. Sans entrer dans les profondeurs de ces deux paroles, je voudrais, en regardant le monde, tel qu’on le voit, savoir à peu près de quoi on parle quand on parle de lui.
Le péché est le désordre, le désordre évident, avoué, violent, désastreux. Les passions font des ruines, et ne s’en cachent pas. Quelquefois même elles s’en glorifient, Mais, encore un coup, qu'est-ce que le monde?
Le monde <erait-il le domaine du péché, attiédi par la prudence ?
Le monde serait-il le domaine du péché, circonscrit par la tiédeur de la température ?
Le monde s'étend aussi loin que” la tiédeur. de l'air. Là où l'air est chaud où froid, le monde s’en va scandalisé,
Et ainsi, comme il se fait à lui-même, au fond du désordre, un ordre apparent qui tient à sa tiédeur, — et au fond de l'impureté, une pureté apparente, qui tient à sa tiédeur, — peut-être rencontre-t-il, à ses propres yeux, la signification étymologique du mundus et du *00uw; qui ont besoin de l'ironie pour reconnaître en français le monde, l'infâme par excellence, celui qui s'appelle le monde.
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Le monde ni haine,
tiédeur séparent le monde des péchés
Ses goûts sont pour les choses mitoyen craignent d’être absolues, et par là de ressembler à des Convictions. Elles ont cela de Particulier qu’elles n’excluent Pas les opinions ; je dis les opinions, je ne dis pas les convictions. de Pactisent volontiers
avec les autres Spèce. Que ces Opinions-là se Contredisen » elles n’en sont
nes. Ses opinions
Les opinions du monde, même quand de luttent ensemble, sont Coalisées Contre la Vé tion est la Parodie de l'union.
Tous les dieux étaient reçus dans le Panthéon romain, excepté Jésus-Christ. Toutes les Opinions sont reçues dans le Panthéon du monde ; la Vérité seule est mise à la porte.
ux d’entre elles rité, Cette coali-
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énnes, Ses opinions * lessembler à des qu’elles n’excluent niOns, je ne dis pas pactisent volontiers Ir espèce, Que ces Îles, elles n’en sont ose les unit: c'est 1 Commun, c’est-à-
deux d’entre elles érité, Cette coali.
Panthéon romain, sont reçues dans mise à la porte.
ù les Passants hors et veuille
entrer, les convives se serrent, et lui font place au banquet. Mais si la Vérité frappe à la porte, toutes les places sont prises et certains voyageurs, parfaitement choisis, sont
chassés: Quia non erat eis locus in diversorio.
Le monde, si borné et si aveugle, a cependant un instinct merveilleux, quand il s’agit de reconnaître et de chasser. Il ne se trompe pas, il vise juste; il se fait justice, il s’exile, Il s’exile en voulant s’exiler: car l'étranger qui s’en va emporte la cité habitable,
Le monde, lui, s’exile au désert. Qu’importe que ce désert se nomme ici la foule: il n’en pas moins le désert, c’està-dire la mort.
Le désert, le vide et la mort, c'était Rome, quand Jean était à Pathmos. Pathmos était la vie, Pathmos était la cité. Voilà pourquoi saint Denis admirait la justice du monde qui fuyait, disait-il, la face de saint Jean.
Le monde est un désert où la foule va et vient. Elle est très pressée; on dirait une armée en déroute; cette armée fuit, que fait-elle? Elle continue depuis Pathmos; elle poursuit sa fuite haletante, elle fuit la face de saint Jean. Elle fuit en désordre, pêle-mêle: les fuyards se tournent les uns contre les autres, et, dans leur égarement, s’égorgent entre eux; car ils combattent dans la nuit. Mais leur terreur les aveugle: ils fuient la face de saint Jean.
Cette armée en déroute se trompe de chemin; elle s’égare dans le désert, elle est trompée par des rêves et trompée par des mirages. Elle est ‘poussée en tous sens; elle va au gré des vents qui lui jettent le sable dans les yeux, et, cependant, elle est poussée par une idée fixe! elle fuit la face de saint Jean. Elle déguise son tumulte sous une apparence affairée ; mais sa principale affaire est de fuir la face de saint Jean. Tout le reste est un détail.
Voyez ces gens: ils vont, ils viennent, ils veulent, ils achètent, ils causent, ils remuent, ils discutent, ils se saluent, ils sont polis, ils sont courtois ; ils mentent, ils bavardent, ils flattent, ils dénigrent, ile séparent, ils égorgent, ils dé. truisent, ils empoisonnent. Mais leur principale affaire est de fuir la face de saint Jean.
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Le péché est moins déguisé que le monde. J] montre mieux ce qu'il est et ce qu'il fait, Le monde ment toujours. I] ne fait jamais ce qu’il semble faire,
Le monde aime à Contrefaire, I] est le singe d ila fabriqué une à la Sagesse,
e la Sagesse ; Sage ; cette Sagesse ress
ble à 1
est tombée, blanc diffèr
te ensemble,
du monde ne Craint pas de faire mal, Mais il craint de choquer. I] ne connaît pas Jes harmonies, mais il] Connaïît les Convenances,
C'est la Convenance qui, monie,
Le monde aime la haine; mais il faut
dans le monde, remplace l’har-
que cette haine, € Certains éclats, TS certains Mensonges,
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avec l’aplomb d’une Personne en
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singe de la sagesse ; te sagesse ressemble SSemble à l’homme, Ir la hauteur, parce esse du monde. rendans le trou où elle rçoit plus en quoi le
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Quand la haine a fait sa toilette, elle est dans l’ordre du monde, elle est en règle, elle peut entrer.
La loi du monde est peut-être l’insignifiance. Si un homme vivant se trouve par accident dans le monde, il faut qu'il se fasse insignifiant, plus insignifiant même que les autres, parce qu’il est suspect. Pourvu qu'il efface toute vérité et toute lumière, il peut être supporté un moment. Mais, comme l'essence des choses ne se trahit jamais longtemps, il viendra un moment où le monde, dans sa clairvoyance, se détournera, et, dans sa justice, se séparera.
L'insignifiance est si chère au monde et si nécessaire à ses voies, que le mal lui-même, bien qu’il lui soit naturellement sympathique, lui devient antipathique, si, mêlé à un principe de bien, il fait éclater, en vetru de ce mélange, le cercle que la mort trace autour du monde, Si le mal, altéré par un mouvement généreux, s’emporte et fait explosion, il reste encore quelquefois dans le domaine du péché, mais il ne reste plus dans le domaine du monde,
Le monde aime le mal, mais il l'aime confit, fardé, peigné, habillé suivant les habitudes; il aime le péché, mais il aime le péché propret, gentil, attifé.
Dans les domaines du péché, on ment par intérêt, par Passion, par honte, par peur. Dans les domaines du monde, on ment sans intérêt, sans passion, sans honte et sans peur. On ment parce qu’on est du monde, on ment par amour- Propre, par vanité; on ment par tiédeur, on ment parce qu’on ment, on ment comme on respire, parce que le mensonge est, dans ce pays-là identique à la parole.
Que dirait-on, dans le monde, si l’on ne mentait pas?
Le pécheur peut, après avoir menti, dire la vérité.
Mais le monde, quand il a menti, continue à mentir ; et, s’il dit la vérité, il ment encore. La vérité devient mensonge en touchant ses lèvres. Quand le monde dit la vérité, il croit exprimer une opinion comme une autre; il veut que cette vérité soit entourée de Mensonges ct vive avec eux en bonne intelligence. 11 veut qu’elle soit déshonorée par d’infâmes voisinages, et, quand il l’a tellement souillée qu’il ne la re-
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