LE SPHINX
La troisième consiste à analyser, à s'emparer de son secret, à lui arracher le cœur.
Alors on trouve l'or dans l’arsenic, et le vrai dans l'histoire.
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« Quelle vérité, disait de Maistre, ne se trouve pas dans le paganisme ! »
Et il cite, à l’appui de sa proposition, une foule d'exemples. | II énumère les secrets que l’antiquité a trahis. Car l'antiquité trahit les secrets qui lui ont été confiés: elle les trahit de deux manières. Elle les révèle, et elle les corrompt.
Or, parmi les secrets que l'antiquité trahit, de Maistre aurait pu compter le sphinx.
Le sphinx est un monstre qui propose l'énigme de la Destinée: il faut deviner l'énigme ou être dévoré par le monstre. Quoi de plus absurde? Mais quoi de plus profond,
A si les hommes savaient lire!
& Devinez!» Ce mot est dans la langue humaine un mot bien singulier. Car la chose qu’il explique ne semble pas être à la disposition de l’homme. Et cependant elle est pour l’homme d’une importance qui fait frémir. Pour accomplir cette chose, il n’y a pas de procédé connu, et cependant nul
ne peut dire à quel regret s'expose celui qui ne l’accomplit
h pas.
L'histoire de la vérité et l’histoire de l'erreur sont remplies toutes deux de rencontres, et d'événements, qui semblent fortuits.
La vie mêle ensemble les personnes et les choses: le bien, le mal, le médiocre, le très bien, le très mal, le sublime, le hideux ; tout cela se coudoie dans les rues. La terre, qui est grise, semble jeter sur toutes choses un manteau gris. Les
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Une multitude innombrable de voiles
S hommes ne disent p uniforme,
— Ma vie dépen
evine pus, a conduit l'abîme à attiré sa proi
Cache les réalités.
as leurs secrets; il gardent leur
» — Semblables t seule consultée,
fait :
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elle, bous,
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Le tissai
apparence, Le costume l'usage en établit une re, la dissimulation en t une autre: on vit sur
les cache les réalités.
crets; il gardent leur
ne rue très populeuse réalités magnifiques sans dire leur nom, dément, — semblables seule consultée,
À ce spectateur intelsait :
hommes qui passent mme que j'attends, » devant ma porte, la porte, — Si celui le reconnaître? :
blique des nations, f l’histoire, le souattente de l'avenir,
oin de deviner, — r,
ner, et qu’on ne rd d’un abime, et fatalité, Au bord
LE SPHINX 113 le la fatalité, penché sur le gouffre, se tient le sphinx, dans ne attitude mystérieuse et terrible,
nsolubles, et l’unique réponse qui leur conviendrait à toutes serait le désespoir.
Mais, en général, les questions qui semblent appeler une éponse désespérante sont des questions mal posées, et les éponses désespérantes sont souvent aussi superficielles qu’elles semblent profondes.
Il y a à toute heure en ce monde une inconnue à dégager, n X, un grand X qui défie les ressources de l'algèbre,
Le sphinx antique voulait qu’il n’y eût pas de réponse.
Il y a une réponse, et nous pouvons tuer le sphinx.
Comment faire pour deviner ?
Un pauvre approche et demande l'hospitalité ?
Si c'était l'ange du Seigneur |
Mais aussi si c'était un assassin!
Comment donc faire pour deviner? Faut-il un effort de pensée, un acte étonnant d'intelligence ?
Non, voici le secret.
Deviner, c'est aimer.
Demandez à tous ceux qui ont deviné comment ils ont fait? Ils ont aimé, voilà tout.
L'intelligence, livrée à elle seule, s’embarque dans un océan de pensées. Le problème de la vie se dresse devant elle, et si l’aiguille aimantée a perdu la science du nord, si la boussole est affolée, l'intelligence peut très facilement par- | venir, en pratique, au doute; en théorie, à la fatalité.
Le sphinx antique, c’est l'intelligence impuissante aboutissant au désespoir, et se précipitant dans la mort.
Si la fatalité était vraie, toutes les questions seraient
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