‹ L'homme [microforme]Chapitre 27 sur 55 · ER · texte numérisé non relu

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impitoyable comme Ja des attitudes

La vie de l'homme est un étou ‘'issement perpétuel, Mais le Voyageur, qui sent la distance et qui veut la franchir dans la soirée, est forcé à un certain sérieux, I] se recueille, et le recueillement appelle à lui le Souvenir,

Le souvenir Quoi de plus Commun et quoi de plus rare? Le Souvenir, dans sa forme ordinaire, accidentelle, est la Î

homme pour rendre qu'il a fait, ce Souvenir est rare,

recueiilement, et la solitude intérieure,

Car il faut pour l’a solitude à laquelle o

dans la cham des larmes.

L’humanité, que je représente sous les trai Seur a aussi inventé, da

au xIXx* siècle, le Symbole du Souvenir ; el]

€ a inventé ce qui eût paru impossible : elle à inventé un miroir qui se souvient. lle a inventé la photographie |

nt perpétuel, Mais it la franchir dans | se recueille, et le

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lus légère, la plus la vie. Mais le ortir le 5assé de mme pour rendre Ouvenir est rare, uelilement, et Ja litude intérieure.

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its de ce voyaoir, c’est-à-dire inventé ce qui lui se souvient.

l’acte humain, S que quelque er. Quand je ensible, votre votre nature, 1 point donné cette image ur lui donner hie. Elle est plus fugitive visibles à ja ur toujours

dans l'oubli, et elle dit au bout d’une année révolue: C'est ainsi que vous étiez l’an dernier, à pareil jour.

En général, le souvenir est juste. Le présent provoque chez l’homme la passion qui dénature les choses et trouble les jugements. Mais le souvenir rend justice. Le présent grossit ou diminue: il agite presque toujours. Le souvenir rend aux choses leurs proportions perdues. Ii est le dépositaire fidèle des secrets qui lui sont confiés, Il les rend même plus purs qu’il ne les a reçus. Il les dégage des détails extérieurs qui les altéraient, en les touchant. Il isole l’objet et le montre en lui-même, au lieu de le montrer dans l'embarras et le tumulte des circonstances que ie présent accumulait autour de lui.

La photographie, comme le souvenir, est juste. Elle est impartiale, intègre comme la lumière. La peinture peut flatter : c’est l’homme qui agit en pensant à l’homme, et quand l’homme pense à l’homme, qui sait de quoi il est capable? La photographie ne flatte pas. Elle dit ce qui est, avec douceur et avec sévérité, sans colère et sans complaisance.

La douceur et la sévérité, ne sont-ce pas les caractères du soir? Le voyageur, que je suivais dans sa marche rapide et recueillie, se souvient, parce que le jour baisse: son souvenir est doux, parce qu’il est lointain: son souvenir est sévère, parce que les raisons de flatter sont absentes. Et la soirée qui jette autour de lui les ombres longues et mélancoliques, la soirée, dans sa clémence sérieuse, est douce et sévère comme le souvenir. On dirait, dans un beau soir d'été, que la journée va rendre ses Comptes, mais que le juge sera clément.

Je ne m'étonne pas que l’humanité ait inventé, vers le soir, la photographie.

Le détail des opérations que la photographie exige ressemblerait peut-être beaucoup à celles que fait la conscience, Le nettoyage de la plaque, qui doit être parfait pour que l'opération soit possible, ressemble à la préparation intéricure sans faquelle le souvenir et la conscience n’ont pas leur pureté et leur profondeur. Le moindre objet qui s’interpose

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entre le verre et la lumière arrête l'image et l'empêche de se former,

Quand la plaque est bien préparée, l’image se dépose sur elle, pendant qu’elle est exposée au grand jour, en face de l'objet qu’elle doit reproduire,

Mais voici quelque chose de très fr ne s'aperçoit pas. Elle est là i

l'impression il verse l'acide, Alors, ougie, il voit apparaître l’image, ne plaque qui er encore, ne ressemble-t-il pas ssions sourdes que l’âme a re.

même? Cette lumière à Ja l'impression du présent, Elle emporte l'image dans l'obscurité :

c'est là que le le à un acide, c’est ]à

a deux tendances: l’une vers l’im-

dans ses manifestations les plus sensible, le tangible, le palpable,

et l'empêche de se

age se dépose sur | jour, en face de

pant. Cette image invisible,

ur appelle à son , dans le cabinet 1e, Au moment où ière, l'impression se l'acide, Alors, pparaître l’image, ir une plaque qui essemble-t-il pas que l’âme a reautres ni à elleexposée, c'était

c'est là que le ue le souvenir 1 recueillement, image autrefois

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LA GOUÎTE D'EAU 155

Dans l’art et dans la vie, il a abusé de ces deux tendances : il les a livrées à la corruption, qui les a dénaturées sans les faire disparaître, qui les a altérées sans les supprimer, de sorte qu’on peut entrevoir encore, parmi les ravages du péché, les splendeurs possibles du type.

Dans la science, le dix-neuvième siècle s’est montré beaucoup plus fidèle, et il a révélé ses instincts en les redressant. La vapeur lui dit ce qu’il demande, et il obéit plus loyalement à son désir quand il est aux prises avec la goutte d’eau, avec le fer, avec la terre, que quand il est aux prises avec ia plume, le pinceau ou le ciseau.

La science possède enfin une propriété particulière que ne possèdent ni l’art, ni la vie. La science, la science physique, celle qui invente et qui exécute, bien qu’elle puisse se tromper et se trompe souvent dans ses conjectures, dans ses suppositions, dans ses démonstrations, dans les conséquences qu’elle tire des principes posés, dans ses raisonnements et dans ses recherches, la science physique possède, à ses côtés, dans ses résultats matériels, prochains, visibles, une pierre de touche qui manque à l’art: cette pierre de touche, c’est le fait.

Si les savants se trompaient dans la confection d’une 1ocomotive, d’un télégraphe électrique, d’un appareil photographique, comme les artistes peuvent se tromper dans l’art et les hommes dans la vie, la locomotive, le télégraphe électrique, l'appareil photographique refuseraient de fonc-

tionner, et, par leur refus, avertiraient le savant de son erreur.

L'art, et souvent la vie, au contraire, ont cela de terrible qu’ils obéissent mal à propos. Ils obéissent injustement: ils obéissent à qui les déshonore ; ils obéissent, et leur obéissance

“est terrible, car elle conduit l'artiste et l’homme dans l’abime

où il va, les yeux bandés. Ni la plume, ni le pinceau ne refusent leur service à l’homme qui abuse d’eux, pour les faire mentir. Ils obéissent avec une patience cruelle: leur obéissance est redoutable, car elle aveugle l’homme qui, se voyant obéi, croit pouvoir commander.

La science, elle, à lindulgence de prévenir. Si les lois sont violées dans la construction d’une machine, la machine refuse formellement d'agir,

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Les machines sont donc bien faites, fonctionnent, Malheureusement, leur fonctionnement n’aboutit qu’à un simulacre d'unité, à une unité matérielle, extérieure, qui ne touche pas le fond des choses.

La vapeur rapproche les nations ; Mais, de ces nations rapprochées, les individus s une division beaucoup plus profonde que t Portent des noms: c’est la division intime,

On habite Ja même terre et cette terre tend à devenir

un même Pavillon; on porte le même Costume, on parle Ja même langue, on fréquente les mèmes lieux, et Ja division intérieure est d'autant plus immense qu'elle est plus dissi.

Par cela seul qu'elles

dans l’intérieur ont divisés par outes celles qui

électricité, C'est par obéissance que la fou

sans mensonge,

C'est par obéissance que la goutte d’

éau transporte les masses et leur donne la oi

qu’elles risquaient

r cela seul qu'elles

ionnement n’aboué matérielle, extéoses,

, dans l’intérieur Sont divisés par toutes celles qui

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extérieures. Plus plus l’abime qui l'espace visible et le télescope, ances inconnues, grandes leçons nquis la gloire distance. C'est re de reproduire roir, et de faire ‘8, des portraits

transporte les elles risquaient ue la vapeur, heures, impose Ouvement !

LA SCIFNCE

La Science avait cessé d’adorer: de là le malheur.

Pour saisir à son principe la catastrophe de la Science, il faut jeter les yeux sur l’Éden. La Science eut sa place dans la phrase que le serpent dit à l'homme: Eritis sicut Di, Scientes. Le nom de la Science fut l’occasion de la révolte, et ce souvenir a pesé sur elle d’un poids inconnu.

Regardez l’histoire du monde, Une crainte mal définie s'empare de l’homme, quand le nom de la Science est prononcé. Il lui semble vaguement, sans qu'il s'explique cette apparence, il lui semble vaguement que la science est dangereuse. Elle se lie, dans la haute antiquité, au souvenir, à la fois confus et intime, d’une désolation épouvantable.

L'homme a la conscience d’avoir été condamné. Jamais, nulle part, il n’a radicalement oublié le lieu de son bonheur. Jamais il n’a radicalement oublié les ombrages du paradis et le parfum de ses roses. Toujours et partout il a levé la tête, il a regardé, cherchant qui ouvrirait le livre fermé. Toujours et partout il a voulu rétablir, entre le ciel et la terre, le lien désiré, Toujours et partout il a eu faim et soif de la chair et du sang d’un médiateur. Toute l'antiquité est un cri, un cri qui appelle. L'homme appelle du fond de ses

158 LA SCIÉNCE

entrailles, — et l'Inde, et la Grèce, et tout le paganisme, sous toutes les formes qu’il a revêtues, rendent témoignage à la vérité perdue, et à la vérité attendue. Ils lui rendent le triple témoignage du souvenir ; car jamais les traditions n’ont disparu, elles auraient emporté avec elles le cœur de l’homme ; du souvenir égaré, car les traditions, en dehors de la Judée, portent toujours le caractère de l’impuissance et de la terreur; du souvenir obstiné, car, malgré les délais, malgré les retards, malgré l'absence de Celui qui est le désiré des collines éternelles, le désir persiste au found du souvenir, et l’homme ne peut pas renoncer.

Or, pendant les siècles de l'attente, il se passe un phénomène d’un immense intérêt, La Science est suspectée, la Science fait peur à l’homme, comme si un écho, incomplet, mais prolongé, lui répétait à l’oreille quelques syllabes de la phrase du serpent.

Prométhée, en somme, est le savant antique.

La Science, dans l’antiquité, semble avoir le désir vague, mais persistant, de dérober le feu du ciel. La conquête de la foudre occupe dans l’histoire de l'humanité une place immense, et le mode de cette conquête est d’une importance particulière,

La Science passait, dans l'antiquité, pour l’ennemie natr'relle et nécessaire de la religion. La religion disait : Obéissez aux dieux, et vous serez récompensés. La Science répondit : Je veux les vaincre, et non leur obéir, leur enlever la foudre, et non obtenir la clémence.

De là, un antagonisme sourd, inconscient, entre la religion, qui offrait des sacrifices extérieurs, matériels, et la Science, g'i semblait refuser le sacrifice intime, intellectuel, la Science qui semblait croire que les dieux interdisaient à

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religion, , Science, ctuel, la isaient à

l’homme la connaissance de la création, et refusaient de se soumettre à la défense, Cet antagonisme ne devait pas échapper et n’a pas échappé au regard de Joseph de Maistre.

« Observez, dit-il, une belle loi de la Providence: depuis les temps primitifs, dont je ne parle pas en ce moirent, elle n’a donné la physique expérimentale qu'aux chrétiens Les anciens nous surpassaient certainement en force d’esprit. >

Voici une erreur, mais Passons sur elle sans la discuter, parce qu’elle nous entraînerait trop loin et qu’elle n’entame pas l'observation qui suit.

« Leur physique, poursuit de Maistre, est à peu près nulle. Car, non seulement ils n’attachaient aucun prix aux expériences physiques, mais ils les méprisaient, et même ils y attachaient je ne sais quelle légère idée d’impiété, et ce sentiment confus venait de bien haut.»

Ce dernier mot est profond. J'aime le regard de Joseph de Maistre, lorsque rien n’altère sa pureté. Ce sentiment confus venait de bien haut. Peut-être serait-il plus exact de dire: Ce sentiment confus venait de bien bas. 11 venait d’une ignorance radicale de la nature première des choses, ignorance qui permettait à l'antiquité de considérer Dieu et l’homme comme deux ennemis. L'homme semblait croire encore la parole du serpent et regarder la Science comme . la propriété de quiconque réussirait à désobéir aux dieux, De là, l’immensité du malentendu.

Il est important de bien constater ceci pour ne pas se méprendre, ni sur la pensée de Joseph de Maistre, ni sur la réalité des choses : Si les anciens ont été à peu près dépourvus de la science proprement dite, ce n’est pas que la Science soit impossible et nécessairement nulle, en dehors de l’ordre surnaturel. La voie de la connaissance naturelle est réelle, incontestable, légitime, et il y a, en dehors de tout dogme révélé, une certitude scientifique et rationnelle. Mais l'ordre naturel lui-même était profondément troublé dans l’intelligence des anciens. La lumière de la raison avait subi une altération épouvantable, et il ne faut pas, par l’état de leur science, juger de l’état naturel de la science humaine.

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De Maistre ajoute:

« Lorsque l’Europe fut chrétienne... Le genre humain étant ainsi préparé, les sciences naturelles lui furent données.

Tantæ molis erat Romanam condere gentem!

L'ignorance de cette vérité a fait déraisonner de très fortes têtes, sans excepter Bacon et même à commencer par lui.»

Cette observation jette une grande lumière sur l’histoire. Car l’histoire et la Science ne peuvent pas se séparer. Pour l'esprit distrait et inattentif, quelle leçon! L’antiquité travaille énormément. Elle lutte contre la matière, mais elle ne la connaît pas. Elle triomphe d’elle quelquefois, mais elle ignore les lois suivant lesquelles elle triomphe.

Il ne faut, bien entendu, entendre la proposition de Joseph de Maistre que dans le sens où il l'entend lui-même, Il ne veut pas dire que les anciens aient tout ignoré; quant aux lois physiques, ils ont eu de nombreuses connaissances. Mais ces nombreuses connaissances gardaient le caractère du multiple et ne faisaient pas corps dans l'unité d’une science.

Cette distinction n’esi pas un jeu de mots. Elle repose sur une réalité du premier ordre. Un homme peut avoir une multitude de connaissances en physique, en chimie, en astronomie, en mécanique, en géologie, et ne pas posséder la Science, et ignorer les lois de la création. De la même manière, un homme peut connaître une multitude de faits, le nom (les batailles, leur date, la nomenclature des rois, etc., et ignorer radicalement l'Histoire. Car l'Histoire n’est pas un composé de faits: elle est un esprit qui procède des faits, en tant que matière, et de leur intelligence, en tant que forme,

Ainsi la Science n’est pas l'assemblage des connaissances multiples. Elle est un esprit qui procède des êtres multiples. Elle est un esprit qui procède des êtres qu’elle étudie, en tant que matière, et de leur intelligence, en tant que forme. Certainement la boussole était connue 2602 ans avant Jésus-

umain étant onnées.

: très fortes r par lui.»

r l’histoire.

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1 de Joseph ème. Il ne quant aux inces. Mais ractère du ne science.

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étudie, en que forme, ant Jésus-

Christ. Les Tyriens fabriquaient du verre dès l'an 1640, toujours avant l’ère chrétienne, et la fabrication du verre suppose une grande familiarité entre l’homme, le feu et l'air; elle suppose l’homme vainqueur du feu et de l'air, et, pour les vaincre, il faut les bien connaître. En 520, Anaximène de Milet inventait le cadran solaire: les tapisseries en 521 étaient déjà belles à Pergame; l'Égypte, en 250, avait des horloges à eau; en 220, Archimèce faisait la magnifique invention du miroir ardent, etc.

Certes, toutes ces choses attestent de nombret.ses et belles connaissances. Et pourtant, chose admirable, l’observation de Joseph de Maistre reste vraie, quoique incomplète; elle est inattaquée, malg.é les apparences. La physique des anciens est à peu près nulle, parce que ces connaissances recsemblaient à des membres disloqués et non pas à un corps; parce que l’ordre qui doit leur donner l'unité était si absent, ou du moins si incomplet, qu’elles n’atteignaient pas ce lieu central où les connaissances se rejoignent les unes les autres et prennent le nom de Science, en apercevant leur commune origine.

La Science, pour être vraie, doit porter la paix avec elle, parce qu'elle saisit les choses dans le lieu de l'unité. Or, les connaissances physiques des anciens ne les rapprochaient pas de la lumière, parce qu’elles étaient des accidents de l'intelligence, plutôt que des rayons convergeant vers un centre. Elles n’éprouvaient pas le besoin de s'unir pour chanter l'Unité de Dieu. Elles se prêtaient à la division du ciel comme à la division de la terre; la division ne les gênait pas. Or, l’unité est le chiffre de la Science; l'unité vraie caractérise la Science vraie, l’unité fausse caractérise la Science fausse, le désir de l’unité caractérise le désir de la Science.

Mais l'absence de l'unité caractérise l'absence de la Science. Deus scientiarum Dominus est, chantait Anne, mère de Samuël. Il y a entre l’idée d’un Dieu Un et l’idée de la Science quelque affinité plus grande que l’affinité évidente et visible. Remarquez que nous ne parlons pas encore ici de l’ordre surnaturel. Si les anciens étaient déchus au point d’avoir à peu près perdu l’idée de la Science, ils avaient aussi à peu près

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perdu l’idée d’un Dieu qui fût Un. Je n° parle pas ici de la Science dans ses rapports avec la connaissance surnaturelle de Dieu, mais de la Science dans ses rapports avec la connaissance naturelle de Dieu.

Or, les anciens n'étaient pas seulement privés de la connaissance surnaturelle : ils avaient perdu, au moins en grande partie, la connaissance naturelle de Dieu. Quant à ceux qui l'avaient gardée, ils avaient gardé l’idée de la Science. Platon la possédait. Lisez, dans sa République, la fameuse allégorie de la caverne: vous y verrez l’idée de la Science, parce que l'unité intervient.

Denys, avant d’être sai::c Denys, quand il était seulement l’Aréopagite, avait certainement la notion de la Science, parce que l’unité de Dieu avait préparé en lui l'avènement du Christ, parce que la notion naturelle avait préparé la notion surnaturelle, parce que la faim et la soif de Dieu Un avaient creusé l’abîime qu’allait combler le Dieu en trois personnes. Quand il se promenait à Héliopolis avec Apollophane, le jour où Jésus était en croix, Denys ne savait pas l’événement; mais il remarqua le phénomène. Il sentit alors frémir en lui l'esprit de la Science. Il sentit tressaillir l'Unité dans son cœur et s'écri Ou Dieu souffre, ou il compatit à la souffrance. C'est que L'nys était un savant. Il n’était pas seulement instruit et riche de connaissances ; il était un savant. Car, avant d’avoir encore entendu saint Paul révéler à l’Aréopage le Dieu inconnu, il avait déjà dans le cœur un autel sur lequel brülait la création: et qui attendait le Dieu inconnu. Denys l’Aréopagite, comme Platon et mieux que lui, car l’âme était plus pure, Denys, avant d’être saint Denys, représenta peut-être ce que la Science antique aurait pu être, si l'antiquité avait été fidèle à la notion naturelle de Dieu.

L'homme antique a toujours regarä. ! 1ature avec une terreur mystérieuse et inavouée, cotirc une ennemie qu’il

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fallait sacrifier à la colère du ciel, sous peine d'être sacrifié lui-même, et qu’il fallait sacrifier sans la connaitre, de peur d’attenter aux secrets qu’elle garde. Les animaux n'apparaissent guère dans l'antiquité que comme les instruments de la guerre, ou comme la matière du sacrifice.

Virgile commence à les regarder d’un autre œil, sans peur et en ami. Mais aussi Virgile attend le grand réconciliateur. Il commence à se pencher sur la nature pour la voir de près: mais aussi il annonce les siècles nouveaux, et, ce qui est bien remarquable, il les annonce dans une églogue, comme s’il tenait à chanter le grand événement tout près de la création qu’il aime, comme s’il voulait annoncer la grande paix au milieu du repos de la campagne, faire retentir la voix des traditions orientales à côté des bœufs qui mugissent, et célébrer dans une étable la venue de Celui qui allait naître entre un bœuf et un âne.

Il faut pardonner à Virgile l’Énéide, en faveur de la quatrième églogue et en faveur de quelques mots prononcés sur la campagne. Car il regarda la création avec les yeux d’un ami, je dirai Presque avec les yeux d’un savant, et il ne Teépoussa pas — malgré la cour d’Auguste, malgré le voisinage de Mécène, — i] ne repoussa pas la grande espérance qui venait d'Orient et qui, en passant, touchait de son aile la Rome de la Louve, comme Pour marquer la place où devait s'élever la Rome de la Croix.

Jésus-Christ naît. L'homme n’a plus peur de la nature. Il commence à Ja regarder comme son domaine, comme le champ qu’il doit exploiter.

Virgile venait de dire:

Felix qui potuit rerum Cognoscere causas, Atque metus omnes, et inexorabile fatum Subjecit pedibus strepitumque Acherontis avari !

Cela est clair; il demande deux choses qui, dans sa pensée et dans sa parole, n’en font qu’une: Ja fin du paganieme et

la connaissance des Causes, c’est-à-dire la fin du paganisme et la Science,

Je ne m'étonne pas qu'il ait écrit la quatrième églogue,

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homme qui demande à connaître les causes adresse une prière à la Lumière. Ceux qui ont accepté cette connaissance naturelle de la cause premièr: ont inauguré la science dans l'Antiquité. Mais l'antiquité, considérée dans ses manifestAtions les plus publiques, les plus officielles, à écarté la notion des causes avec une singulière affectation. Je me garde bien de la juger. Elle avait peur, et je le conçois, Un vague souvenir lui disait que le nom de x Science avait été prononcé un instant avant l’anathème, et elle ne savait pas dans quelle relation étaient ensemble la Science et l’anathème. L'échs des traditions ne lui avait apporté que des débris de rhrases, des mots détachés, qu’elle ne savait pas lier ensemble, et le nom de la Science retentissait dans ces paroles qui n’arrivaient que par lambeaux sur les nations épouvantées.

Mais, quand la croix eut été dressée sur le Calvaire, une paix incompréhensible descendit non seulement sur les hommes, mais sur toute la création. Cette paix s’insinua dans l'air purifié par cette croix, et la vertu du sang versé s’infiltra, plus subtile que la lumière et plus tranchante que l'épée.

Saint Paul prend la parole et dit à l’Aréopage: In ipso enim vivimus et movemur et sumus.

Denys devient saint Denys, et le symbolisme convertit la création, qui prend les proportions d’un temple magnifique, La description des cérémonies, telle que saint Denys la présente, renferme une science très haute de la nature et une intelligence profonde des effets visibles aperçus dans leur cause, Les relations de l’ordre naturel et !: l’ordre surna-

turel, les analogies universelles éclaten toutes parts. L'œuvre 4e saint Denys est le palaie de : Science.

Quar‘ !1 paix fut revenue, la :: s’enhardit, leva la tête sur la terre et étudia la créai : C’est que la Science

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est la paix des connaissances entres elles. Elle est la paix des connaissances réconciliées. Aussi la sérénité est-elle le caractère du savant, son cachet, sa marque. Si j'ose donner au mot style sa véritable acceptioz, je dirai que la sérénité est le style de la Science.

La Science domine tout ce qu’elle embrasse. La sérénité est sa respiration.

Ainsi conçue comme une créature faite pour apercevoir du haut des montagnes les quatre horizons, la Science s'explique, et nous avons le secret de ses mouvements. Elle cherche l’ombre des croix, et l'humanité a l'habitude de mettre les croix sur les hauteurs. Et par l’admirable nature des choses, voici que je vais me répéter. Je vais dire, à propos de la Science, ce que je dis à propos de l'Histoire: ces deux fleurs ne s'ouvrent qu'aux rayons du même soleil, et ce soleil est la croix. Cherchez, depuis dix-huit cents ans, en dehors du Christ, l’histoire : vous ne la trouverez pas, puisqu'elle n'existe pas. Le Japon n’a d'historique que 1a mort de ses missionnaires. Cherchez, depuis dix-huit cents ans, cn dehors du Christ, la Science. Vous ne la trouverez pas, puisqu'elle n'existe pas. Elle existe bien moins qu’elle n’existait dans l'antiquité, parce que l’ordre naturel est bien plus ravagé là où l’ordre surnaturel est repoussé que là où l’ordre surnaturel n’avait pas encore anparu. Il y a des peuples qui adorent les éléments, les animaux, les choses créées. Ceux-là, chose admirable! sont tout à fait dépourvus de science. Pour connaître la création, il faut ne pas l’adorer. Il faut la voir telle qu’elle est. L’œil qui la perce comme un voile peut aller plus loin qu’elle. Ce que Platon déjà faisait, ce que Virgile pensait à faire, cet œil peut la connaître. I! la pénètre, il l’entr’ouvre, il peut lui demander le secret des lois qui la régissent, quand il voit ou quand il entrevoit le secret des lois qui la dominent, Mais le regard qui s'arrête à elle, pour en faire l’objet de

son culte, ce regard-là ne peut pas la voir. I'’idolâtrie exclut la Science.

Je prie ceux qui se défient des conceptions, et qui n’attachent d'importance qu'aux faits, de vouloir bien vérifier

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