LIVRE PREMIER
La mer Rouge venait de s'ouvrir fumer. Au milieu des races flétries, l'Unité de Dieu. Ce peuple était par terre; son histoire extraordinaire |’ Sur la terre même de l'idolâtrie, d’être ; il avait résisté au contact La simple et gigantesque figure milieu de ce peuple, pour annonc Pendant qu’il gardait ses trou Buisson ardent : c'était là, au pie demandé le Nom du Seigneur ; lui avait dit son Nom, et Moïse a lui, comme un guerrier qui se re le Nom que portait Moïse, la me épouvante; et Moïse promenait Tetragrammaton, et les créatu Passage, comme si elles avaient re du Nom terrible.
Ce n’était pas tout encore ; Moïse avait affronté la gloire,
, et le Sinaï venait de un peuple avait gardé là même isolé sur la avait conduit en Égypte:
il avait gardé sa raison ; il avait attesté sa mission.
de Moïse s'était élevée au er et réaliser la délivrance.
peaux, Moïse avait vu le d du mont Horeb, qu’il avait c'était là que le Seigneur vait emporté ce Nom avec vêt de son armure. Devant r Rouge s'était écartée avec avec lui dans le désert le res s'inclinaient sur son Connu en lui l’Ange gardien
le Sinaï venait de s’allumer.
et il était là, sur la montagne.
À ce moment, l’idolâtrie mordit au cœur le peupie Juif, le peuple qui était là près du Sinaï, le peuple qui attendait Moïse, pendant que Moïse et Dieu étaient ensemble.
er
rm
e de l’idolâtrie, son idolâtrie elle-même
* Mensonge le plus isque-là,.
Saint Paul, dans la profondeur brève de sa parole si pleine, l’a signalé 1à où il est, Saint Paul, qui entrelace de la façon la | plus imprévue les réalités les plus visibles et les mystères | les plus cachés: saint Paul, qui traite un point en un mot et s'en va vers un autre point, sans s'arrêter plus de temps qu’il n’en faudrait à un autre homme pour mettre une virgule entre deux membres de phrase, saint Paul dessine en un mot } l'idolâtrie moderne: elle s'appelle l’Avarice,
L'amour de l'argent est une idolâtrie qui mérite d'autant |
une chose toute terre; et le culte mmes d’horreur, oup de leurs plus enfance que les uvelle à un âge l'étonnement qui uvelle à un âge Stupeur qu’elle hommes il] n’y S humaines ont terre, de penser Surtout d’avoir sont si courtes.
ent la tête dans iX étoiles: ces ideur des cieux $ verres et par aux regards oir est arrivé:
noms sont les
plus d’être signalée qu’elle est déguisée.
Cette idolâtrie a deux aspects: la cupidité et l’avarice. On | parle souvent de la cupidité. On parle plus rarement de \ l'avarice proprement dite, et voici la raison de cette différence,
Les hommes s’effrayent facilement de la cupidité, parce que la cupidité est remuante et bruyante, Elle a des passions extérieures; elle fait des affaires; elle vise à quelque chose.
Elle ve‘it avoir plus qu’elle n’a, et puis plus encore, et puis
plus encore! par là elle se signale à l’attention des hommes,
qui quelquefois la craignent parce qu’elle les menace, L'homme
qui remue le monde pour avoir beaucoup, soit beaucoup i
d’honneurs, soit beaucoup d'argent, menace lui-même et les |
autres, soit dans leur repos vrai, soit dans leur somnolence |
mensongère. Aussi, on fait attention à cet homme, et les | |
autres, bien persuadés que la Sagesse consiste à ne rien faire, au lieu de lui reprocher l’abus de son activité, lui reprochent son activité même. Par là ils abritent le vice sous le prestige de l’action.
La cupidité, comme l'ambition, se déclare; mais l’Avarice
garde son secret. C’est pourquoi il peut être utile de le lui arracher,
n Judée, et Je le monde, Et e dirai point:
e métal, mais » nous allons y, Nous allons
qui les empêche souvent de passer inaperçue. Elles se déclarent aux yeux de celui qui les éprouve et aux yeux de celui qui les regarde, par des accents et par des gestes qui
Presque toutes les passions ont une physionomie expressive
acile et fréquente.
sion d’un homme rent diront facile- Passions aiment à nt leur nom reste toute chance de
Cachée dans ses | éclat extérieur :
urité, Elle évite he, elle enfouit, augmenter au de Prévoyance, rle-t-elle de Ja ‘ner, en vue de "er le mot de ns doute Pour
annoncer, par 1€. L'Avarice * fortune sage AIS, Quand Ja €ntendrait Je irice était là,
facilement Sont connus.
Qui attirent à l'Avarice, Oute sa vie,
St fier, On Mais on Ja meure,
> Sinistre; Secrets et > Sombre :
luel de sa
vie. Elle ne se Paye pas de paroles; elle veut un sacrifice réel, effectif. C’est un maitre très dur : il abuse de son pouvoir et ne connait pas la pitié.
L'avare, comme tout adorateur, a une préoccupation secrète et intime, à laquelle il rapporte tout.
Supposez un homme doux, conciliant, poli, qui craigne de contredire et de parler haut. I] faudra pénétrer dans l'intimité des choses pour arriver au moment où son Idole sera en ‘Æ question. Cependant il voit venir ce moment de très loin, U et sa physionomie, composée jusque-là pour une sorte de l bienveillance banale, subit une légère crispation, comme celle d’un homme qu’on vient de toucher à l'endroit où il avait une f: blessure. Le monstre qu’il porte en lui a fait un mouvement, et l’homme a tressailli, Si l’on approche, le monstre fait un autre mouvement, un mouvement prompt quoique lourd, et | les yeux de l’avare deviennent sinistres, quoique rien de À sinistre ne l’agite en apparence. La conversation n’a pas de ni caractère grave, elle roule sur des choses extérieures: mais WA l’avare a pressenti quelque part, dans un mot, dans un souffle, le voisinage d’une menace: il a vu cela là où un autre n'aurait rien vu, et il a senti s’agiter dans ses entrailles le monstre qu’il porte. Ce monstre tantôt dort et tantôt mange : quand il dort, l’avare est morose; quand il mange, l’avare est agité.
Les autres passions aiment à parler de la personne de la chose qu’elles ont pour objet. L’avare aime le silence, Il
0Se à peine nommer l'argent, et s’il le nomme, ce n’est pas Pour parler de son amour.
Les hauteurs aiment Ja parole, silence.
{| La plupart des Passions parodient les hauteurs et bavardent f: volontiers.
L’Avarice parodie la | L'avare ne cach | se le cache à lui-même, 1 le lieu où est enfoui ce
Les profondeurs aiment le
» Comme un voleur, tant l'adoration est j!] jalouse !
4 Il y a peut-être en lui de un a des secrets
| Pour l’autre. L’avare compte souvent des objets dont il sait [ le nombre depuis longtemps : il Peut craindre, sans quitter les objets qu'il Compte, que les uns ne disparaissent pendant qu’il
ux hommes, dont ’
L’avare a des terreurs à la fois ’argent, qui remplit ses jours
1] vr
Toute religion, vraie
ou fausse, ’avare Sacrifie à son Id
demande le sacrifice.
ole, il sacrifi
€ beaucoup, il sacrifie
» Qui la gênent, qui la Contredisent, il est varice l’emportera,
ondeurs aiment Je
eurs et bavardent
tait avec passion.
et aux autres ; il e se tromper sur
À se craindre lui.
it l’adoration est
un a des secrets Jets dont il sait Sans quitter les nt pendant qu'il
et fantastiques, ussi ses nuits.
èt l’avare rêve entimes, qui se lus misérables
horrible de les ans le sang de
er les joues et
ne est envahi,
It,
qui est caché
le sacrifice.
IP, il sacrifie Sa santé, sa lui soient en disent, il est
Le sacrifice de l’avare a ceci de honteux qu'il sacrifie toujours le but, quel qu’il soit, à ce qui n’est jamais un but, mais toujours un moyen.
Il est clair que l’argent n’a qu’une valeur représentative; il n’est précieux qu’en vue des choses pour lesquelles il peut se donner. Réduit à lui-même, il n’est absolument rien. Celui qui posséderait tout l'argent et tout l’or du monde, sans posséder la faculté de dépenser cet or et cet argent, serait l'être le plus misérable.
Et l’avare se réduit à cette misère. Il offre à l'argent le sacrifice de la richesse. Car la richesse et l’argent, loin d’être unis ensemble, sont pour lui les deux termes d’une contradiction absolue. Plus il aime l’argent, plus il se rend misérable, plus il se prive. La richesse est la victime qu’il égorge sur l’autel de son Idole. La chose qui n’est qu’un moyen devenant pour lui le but, tout ce qui est but devient moyen.
Il considère tous les êtres, vivants ou morts, comme des moyens qui convergent vers un centre; et ce centre est l'argent immobile, froid, inutile. Cet argent est pour lui le cœur de l'univers, et ce cœur n’a pas de battements.
Non seulement l’avare sacrifie sa richesse à l'argent, mais il sacrifie à l'argent l'argent lui-même. Si, pour gagner beaucoup d’argent, il faut en dépenser un peu, l’avare, s’il est dans le plein exercice de sa passion, l’avare refuse, I1 abandonne l'argent absent, fût-il abondant, pour l'argent présent, füt-il rare. Il abandonne l'argent qw’il ne voit pas pour l'argent qu’il voit. |
Ce dernier mot nous introduit dans le fond de l’Avarice, dans le centre de son horreur. L’avare a l'amour physique du métal.
Il aime l'or et l’argent en eux-mêmes et pour eux-mêmes. Il les aime matériellement. Il est attiré par eux. Le contact du métal est pour lui une joie et un plaisir physique.
Plus il enfonce dans l'oubli de la richesse, plus il concentre sa passion sur l'or en lui-même, plus l'attrait physique du métal devient épouvantable.
a l’avare l'affreux abrégé de toutes choses.
S'il possédait une à une, autres, Peut-
ces choses en elles avec leurs lim
il les Posséderait être croit-i
S excluraient Jer et les posséder à » Quand il à fini, il t moins vite que les
es. Peut-être Jui épouvantable de ce qui dure.
aiS si l'or s’use ] 4
condenser tous les
D En
quantité de pièces Une plus grande as encore et qu’il il Convoite l’attire tité moindre, mais id, mais encore à tâtées ; elles lui :s d’or auxquelles ès ne Jui ont pas =: TéConnaissance, S Connues, Peutar la pensée les ns, il les caresse, frémir.
lenser tous Jes avare l’affreux hoses,
quand il a ce cette illusion, ais cependant nt ces choses
croit voir la
Son idolâtrie
S posséderait cluraient les S posséder à lila fini, il vite que les 'eut-être Jui
qui dure.
e. La mort
| vrai nom,
L'amour de l’argent redouble dans le moment où augmente l'inutilité de l'argent. C'est au moment de la mort que "0 l'idolâtrie de l’avare, qui adore encore l'argent sans espérance 1 de s’en servir jamais, c’est alors que l'idolâtrie de l’avare 4 apparaît dans sa fidélité risible et son hideux désintéresse- UN ment.
Si les pièces d’or pouvaient rendre l'amour qu'elles 4 inspirent, elles seraient touchées sans doute de voir un 2 homme qui, après leur avoir sacrifié sa vie, leur sacrifie sa 4 mort, et, sans illusion sur les services qu'il en peut tirer, leur M} garde l’adoration de ses yeux qui ne peuvent plus les voir © et de ses mains qui bientôt ne pourront plus les tâter. ® L'avare pourrait être l'emblème de la fidélité ; il meurt 4 près de son or, comme le chien près de son maître.
î VII
Parmi les illusions de l’Avare, il y en a qui concernent le Voleur. Pour lui, le Voleur est un être fantastique, parce
ï qu’il attente, non à un objet quelconque, mais à l’Idole.
L'Avare et le Voleur vivent ensemble dans une assez grande intimité. L'Avare pense au Voleur comme à un coreligionnaire; il pense au Voleur avec une frayeur peut-être mêlée de respect: car enfin le Voleur est un homme qui sait adorer l’Idole et devinèr le lieu où l’Idole se trouve.
L’Avare et le Voleur sont de la même confrérie. Tous deux ont abandonné les choses mondaines pour s’adonner et se sacrifier au culte de l’Idole. L'Avare est séparé du reste des hommes; il est indifférent à leurs affairès. Il ne s’épanche jamais. Le Voleur, je parle du Voleur pensé et non aperçu, le Voleur vu de loir, dans l’horizon de l'esprit, est pour l’Avare quelque chose qui ressemble presque à un confident.
Mais, entre l’Avare et le Voleur, il y a des relations plus profondes et plus mystérieuses. Pour l’Avare, le Voleur est une espèce de fantôme réel dont l'attentat vise à une chose adorée, Le Voleur n’est pas un coupable qui exerce sur les
essemble aux peurs
se int sans raison; elle craint sans vol menace: elle craint sans danger, Elle craint parce qu'elle À la craint. El!e craint celui qui est là, Elle craint celui qui n’
pas là, C i
pa con 1e | Il :
ait
La chose à laquelle l'Avarice ressemble le plus, c’est 1a à rodigalité, Œ rée
n père avare Peut mourir en Cachant son trésor à :.4 1 enfants. Un père Prodigue peut MOurir ayant d ia à elle ortune de ses enfants, lai Si les effets se ressemble, c’est que les causes se ressem- dét: aient. peu L'Avare refuse à Ja vie son mouvement en dehors, il lui por rei:c son EXpansion; il ne veut que la Concentration, parce d’el qui \pnorte tout à Jui et que Ja Concentration est son moi Cap”ice dire
e. C'est un monstre lui songe à attaquer
Cessairement entre Il a des cachettes.
il viole avec Plaisir tal qui doit courir, Il s'oppose, comme ette de l’avare est Dr l’adoration est hette est menacée, it d’une adoration, "objet les choses semble aux peurs elle craint sans int parce qu’elle nt celui qui n’est
t l’Idole dans le u’une main sans
s l'ombre, contre voleur remplace
: les enfants ont
Plus, c’est la
1 trésor } :.
int d Ss1pé 14
es se ressemdehors, il Jui
ration, Parce tion est son
Le Prodigue refuse à la vie son mouvement au dedans, il lui refuse la concentration; il ne veut que son expansion, parce qu'il rapporte tout à lui et que l'expansion est son caprice.
L'avarice et la prodigalité sont deux formes de l’égoïsme.
Un proverbe dit: A père avare, fils prodigue.
Si cela est vrai, c’est que le fils, ayant fui son père, est revenu au point de départ.
Le père est avare: le fils souffre de ce vice. Son père lui refuse la vie. Le fils a horreur du père, et s'en va à l'extrême opposé. Il devient prodigue. Mais voici ce qui se passe. Emporté par son horreur, le fils ne s'arrête pas en route. Il parcourt le cercle entier, et, ayant fait le tour des choses, se retrouve au point de départ, en face de son père. Le père voulait tout tirer à lui; il était avare; c'était sa façon C'a1imer la jouissance. Le fils, privé de jouissance par l’avarice, prend sa revanche au moyen de la prodigalité et rencontre la même misère, la même mort sous une forme différente.
En commençant cette étude, je parlais du Veau d'or. Je parlais d’un des crimes les plus célèbres que l’humanité ait commis dans un des moments les plus célèbres de son histoire. Il semble que l’étude de l’Avarice, aperçue dans ses détails, ait fait descendre l'esprit d’une montagne dans une vallée.
T1 n’en est rien: et cette descente est plus apparente que réelle,
Quand on considère, en effet, une chose dans son type, elle apparait avec l'emblème solennel de sa beauté ou de sa laideur. Quand on considère cette même chose dans ses détails pratiques, dans les applications contemporaines qu’elle peut avoir; quand on la saisit dans l’histoire pour la transporter dans une maison, on dirait qu’elle perd quelque chose d'elle-même: on ne la reconnait pas tout à fait. Elle semble moins belle ou moins laide quand on la voit de plus près. On dirait qu’elle n’a pas, quand on en fait le tour, les proportions
qu'elle avait quand on la regardait à distance. Mais cette impression est illusoire. La chose est la même, considérée dans sa représentation typique et dans sa pratique familière,
Beaucoup de gens trembleraient si les crimes de leurs foyers domestiques leur étaient montrés de loin à la lueur solennelle de l'histoire. Ils ne tremblent pas parce que ces crimes se commettent étroitement, sur un petit théâtre. La petitesse de leur personne et la petitesse de leur vie diminuent à leur yeux les proportions de leur injustice. Et ceperdant un nain peut commettre un grand crime. Car un grand crime, ce n’est pas un crime qui a de la grandeur; c’est un crime qui attente à une grande chose. Le crime ne possède la grandeur qu'à l’état négatif. Le mal est une privation.
Or l’avarice, dans ses manifestations familières et domestiques, attente à ce qu'il y a de plus grand. Elle attente à l’adoration. Le Sinaï n’est jamais loin de nous. La voix, qui s’est élevée parmi les éclairs, portait loin. Elle ne s’adressait pas seulement à la petite troupe qui était présente au bas de la montagne. Les dix commandements retentissent de siècle en siècle et la vieillesse n'a pas posé sa main sur la face sans ride de Celui qui parlait à Moïse au haut du Sinaï. La Synagogue a vieilli. Mais l'Église a saisi les dix commandements et les a promenés à travers le monde. Le temps et l'espace les ramènent vers Celui qui les leur a donnés, et leur force paraîtra dans la vallée de Josaphat.
Le culte des idoles reste ce qu’il était, plus affreux même depuis dix-huit cents ans, et l’usage n’atténue pas les horreurs de l’adoration donnée au Veau d’or.
Mais cette considérée e familière, leurs foyers r solennelle s crimes se petitesse de ent à leur c"dant un and crime, t un crime possède la vation.
et domese attente à a voix, qui s'adressait nte au bas ntissent de sur la face du Sinaï.
x comman- € temps et nés, et leur
reux même es horreurs
Il y a des mensonges exprimés qui courent le monde, des mensonges complets quant à leur formule; mais il y a aussi des mensonges qui font une part au sous-entendu, des mensonges inconscients qui se glissent dans le monde par la conversation, par la lecture, par l’habitude de ce qu’on appelle la vie, et de ce qui est réellement la mort. Ces mensonges-là sont ceux qui dominent le monde; ils consistent dans une fausse association d'idées.
Un homme est rarement guidé par les raisonnements bons ou mauvais qu'il sait faire; ces raisonnements restent souvent chez lui à l’état de formule; mais la force vivante par laquelle il est régi, ce sont les associations d'idées, raisonnements inconscients et souverains en vertu desquels une idée en appelle une autre dans notre esprit.
Les associations d'idées (je parle des associations involontaires, rapides, inconscientes, inévitables) gouvernent non pas ce qu’on appelle l’intellect pur, mais l’imagination, puissance terrible qui a ses habitudes dans l’ordre de la vie ou dans l’ordre de la mort.
Évoquez en vous les personnes et les choses que vous avez connues; vous verrez que très souvent la forme qu’elles ont prise dans votre pensée n’est pas dessinée par ie raisonnement, mais par l'imagination. Interrogez vos souvenirs. Ils vous avoueront que la justice ne préside pas à leur durée: tel
Re el D DS 2 me
homme peut avoir mal fait et vous laisser de lui une idée belle; tel homme peut avoir bien fait, et vous l’avez oublié.
C'est l'imagination qui est le siège de ce désordre,
Vous êtes habitué à croire que le crime peut être une marque de grandeur, qu'il y a des mensonges sublimes, et que la pratique du bien est une chose plate.
Si l’on ne vous enseigne pas absolument ces choses, du moins on les infiltre en vous; on ne les démontre pas à votre raison, mais on les propose, dans les romans et dans les mélodrames, à votre imagination, qui les accepte.
La puissance qu’a sur nous l'imagination dépasse de beau coup tout ce qu’on en peut penser et dire. Tel homme qui, entrainé par une passion terrible et, en apparence, profonde, durable, immortelle, résiste à tous les conseils de ses amis, aux prières de sa famille, à toutes les supplications, à toutes les larmes, à toutes les menaces, pourra être réveillé tout à coup de son rêve par la plus futile des circonstances, par un mot, par un geste, par une association d’idées, par un souvenir, par une plaisanterie, par l'impression du ridicule. C'est que son imagination, enflammée par les combats sérieux qui ont été livrés, aura été subitement éteinte par un léger vent qui vient on ne sait d'où, et qui a passé.
Si vous affirmez doctrinalement à un jeune homme qu’il est beau de commettre un crime, le jeune homme ne vous croira pas. Mais si vous lui présentez dans beaucoup de mélodrames de sublimes criminels et de plats honnêtes gens, le jeune homme prendra l'habitude de penser que, pour être grand, il faut avoir fait beaucoup de mal dans sa vie.
Le langage humain, qui est toujours complice de tout, a des expressions qui rendent témoignage contre l’homme d’une manière terrible, Quand un jeune homme a fait, sur sa route, beaucoup de bêtises, qu’il a perdu beaucoup de temps, qu'il a des dettes, qu'il est sot, médiocre, inutile et ennuyé, on dit qu’il a beaucoup vécu?
lui une idée avez oublié, dre.
ut être une sublimes, et
choses, du pas à votre et dans les te.
se de beau 1omme qui, , profonde, e ses amis, 1s, à toutes eillé tout à ces, par un ar un souu ridicule, ombats sénte par un
Ve
mme qu’il lé ne vous aucoup de êtes gens, pour être vie.
de tout, l’homme fait, sur ucoup de inutile et
Il faudrait dire qu’il est beaucoup mort. Ce qu’il a fait, c'est le rien: il n’a rien fait. Il a laissé fermenter le rien: le néant a prodigué le néant; l’ennui est venu, et voilà tout,
Le néant est une racine qui produit l'ennui pour fleur, et pour fruit le désespoir.
Le désespoir, c’est l'ennui qui arrive à maturité: aussi ceux qui ont vécu beaucoup finissent volontiers par se pendre: et les pendus trouvent des imitateurs. La pendaison devient une habitude, une contagion; rien de tout cela n’est étrange : c'est le néant qui va son train.
D'où donc est née cette parole: Il a beaucoup vécu?
Elle est née d’une fausse association d'idées. Elle est née d’un mensonge latent. Elle est née non pas dans la raison, mais dans l'imagination, qui a pris l’habitude d’associer
l’image de la vie à l’image du désordre,
L’imagination a perdu l'habitude d'unir l’idée du beau à celle du bien.
Je voudrais arrêter sur ce fait l'attention. Il est capital, immense, presque universel, éclatant et latent. L’imagination a perdu l'habitude d’unir l’idée du beau à celle du bien.
Et quand cette habitude est perdue, il arrive ce que nous voyons. Quand cette habitude est perdue, les hommes croient que la splendeur et la pureté ne se trouvent pas dans les mêmes contrées, et qu’il faut choisir entre elles.
L’imagination entraîne cet homme, ainsi trompé, du côté
de la splendeur, et il trouve, au fond du gouffre, le dégoût qui l'attendait.
Au monde intérieur de l'imagination correspond le monde extérieur de l’art. L'art est une des forces qui ont corrompu l'imagination, parce que l'art a dit que je inai était beau.
L'art doit être une des forces qui guériront l'imagination; il faut qu’il dise que le mal est laid.
L'art a complètement perdu la tête. Après avoir cherché ses types dans les régions de l'ombre, après avoir oublié que le soleil est sa patrie, après avoir tenté l’apothéose du mal, après avoir célébré de sa voix déshonorée le suicide et l’adultère, après avoir essayé de séparer le vrai du beau, il s’est tourné contre le beau. Après avoir attaqué le vrai qui est sa racine, il a attaqué le beau. S’'étant frappé au cœur, il a voulu s’achever. Ayant persuadé aux hommes que le désordre, c’est-à-dire le faux, constituait la beauté, il s’est écrié, dans la logique de son délire: Le beau, c'est le laid!
Il importe de l'étudier, cette logique du délire. Il faut la suivre pas à pas. Si l’homme avait toujours associé dans son esprit le Beau au Bien, le Beau serait resté le Beau, le Bien serait resté le, Bien; l’homme, restant fidèle à l’un, eût senti qu’il restait fidèle à l’autre. Mais l’homme ayant dit, ayant permis aux écrivains de lui dire que les types du Beau devaient se rencontrer là où le bien n'était plus, dans les crimes hardis, dans les scandales éclatants; que le désordre et le génie étaient une seule et même chose, l’homme donc ayant pensé que l’idée du beau et l’idée du bien étaient deux idées contradictoires, a fini par penser que l’idée du beau était contradictoire avec elle-même, et il a fini par dire: Le beau, c’est le laid! Magnifique hommage rendu à l’unité par ceux qui ont perdu la notion! Ils nous ont prouvé que l’idée du beau, quand elle n’est plus associée à l’idée de l’ordre, du vrai, du bien, se nie elle-même et ne se reconnait plus. Ils nous ont prouvé que quand l’homme veut mettre la main sur la beauté, détachée de l’ordre, associée au désordre, la beauté, qu’il voudrait saisir, fuit d’une fuite éternelle ; l’objet branle, et le fantôme glacé de la laideur reste dans la main de l’homme trompé.
Le mal et le laid sont si nécessairement identiques, qu'ils se cherchent partout: il aspirent à se confondre, et l’homme qui a commencé par croire que le beau c’est le mal finit par dire: Le beau, c’est le laid! La force des choses entraîne sa parole et l’oblige à proclamer, en remplaçant un mot par un autre, une synonymie qu’elle ne soupçonnait pas, une identité qu’elle ignorait.
pe er NN EE
ir cherché oublié que se du mal, suicide et du beau, il e vrai qui au cœur, es que le té, il s’est st le laid!
e. Il faut socié dans le Beau, èle à l’un, ime ayant les types était plus, ts; que le , l’homme en étaient l’idée du par dire:
à l’unité ‘ouvé que le l’ordre, naît plus.
e la main ordre, la le ; l’objet main de
es, qu’ils l’homme finit par entraine mot par pas, une
Pendant quelque temps, l’association fausse des idées produit des contradictions qui n’osent pas se proclamer. Puis, à un moment donné, quand l'erreur est müre, la parole éclate et l’absurdité se trahit en se nommant,
elle a fini par l’adorer: elle l’a montrée au monde, en disant : Voilà la vie! et le monde a écouté, et ceux qui n'avaient pas la fièvre ont singé la fièvre, croyant par là singer l’ardeur. Ils avaient oublié combien les frissons sont froids.
L'Art grec a ignoré ce genre de folie. Sa beauté est tout entière dans le repos. Mais son repos n’est pas le repos qui termine, le repos définitif, le repos du dénoûment, ce n’est pas le repos de l’être qui a connu la colère et qui l’a abjurée: c’est le repos de celui qui n’est pas encore en colère,
L'art a pour caractère de préparer l'harmonie, qui n'est pas encore faite, en nous présentant l’image dans un miroir. I1 combine d'avance les éléments qui sont encore en lutte dans la vie et cherchent à se combiner. Pendant que la vie, égarée et haletante, est encore en travail de la beauté qu’elle poursuit habituellement sans l’atteindre, l'art, pour la guider et la Soutenir, dégage d’elle l'élément de splendeur qu’elle contient, lui montre son avenir et son idéal. Il est évident par là que le caractère essentiel de l'art, c’est la sérénité, c’est le repos, la conquête accomplie, la bataille gagnée, la paix Pressentie et proclamée pendant la guerre.
Aussi les voix qui trompent ne cessent de répéter que l'artiste est et doit être le jouet de toutes les agitations, de toutes les erreurs, de toutes les violences. Ce petit personnage nommé Horace, qu’on a qualifié de poète et de viveur, sans doute parce qu’il ignorait autant la poésie que
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