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la vie, n’a-t-il pas dit: quelque part: Genus irritabile vatum? mauvaise plaisanterie, qui, pour être comprise, demande à être ainsi traduite: la race irritable des prophètes,
L'Art, pour trouver le calme, a besoin de retrouver l’élévation et la profondeur. L’écume est toujours remuante, agitée, emportée, furieuse; mais l’écume n’est pas l'Océan. La mer est profonde: voilà le secret de sa majesté, Si grande qu’elle soit, si elle n’était pas profonde, elle ne serait pas sublime, Si le regard peut se fixer longtemps sur elle sans fatigue, c'est qu’il devine sous les flots qu’il voit ceux qu’il ne voit pas. Il devine que l'Océan a une profondeur digne de sa grandeur. Aussi se repose-t-il. Mais la surface de la mer toute seule l’agiterait. Toutes les surfaces sont troubles ; les profondeurs seules possèdent, contiennent et donnent le repos.
Sainte puissance égarée, enfant de la grande maison, qui as cherché ta vie loin du père de famille, et ne l'as pas trouvée, toi qui as partagé aussi la nourriture des pourceaux, toi dont la médiocrité ose parler légèrement, et qui pourtant portes le nom d’4rt, infidèle, quand te convertiras-tu ?
Souviens-toi que Luther t’a fermé la porte, et que le Père de famille t’a donné asile au pied des autels. Dieu te reçoit dans ses temples; il t'est permis de prier,
Le protestantisme a abandonné l'imagination de l’homme. Il n’a pas permis au Dieu rédempteur de s’en emparer. Il a oublié que le Dieu créateur avait fait les couchers de soleil et avait chargé les nuits resplendissantes de dire à l’homme un mot de sa splendeur.
Le siècle du mensonge, le dix-huitième siècle, puisqu'il faut l'appeler par son nom, a exercé sur le monde une influence difficile à expliquer. Les œuvres qu’il nous a données à lire sont des prodiges de niaiserie. En face de ce délire froid qui est devenu sanglant, en face de ces folies tièdes et ennuyeuses, on se demande comment ces choses sont devenues contagieuses.
Elles sont devenues contagieuses, parce qu’elles ont provoqué certaines associations d’idées. Le dix-huitième siècle
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a persuadé aux hommes, non pas en raisonnant, mais en associant mal les idées, que la science et la religion étaient contradictoires; que, Pour conserver la Foi, l’Ignorance était nécessaire. Cette chose, dont je ne sais pas le nom et qui même n’a pas de nom, ne peut pas avoir de nom, cette non-idée, cette quantité négative s’est introduite dans les domaines de l’imagination, et les a empoisonnés, Alors, maître du terrain, le dix-huitième siècle a fait croire que Dieu n’est pas le Père de toute créature; que ses conseils sont bons, mais ennuyeux et froids; que, quand on a de l’ardeur, c'est le mal qu’il faut faire. En un mot, l’homme, ou du moins l'imagination humaine, a fini par penser que Satan est l’Acte pur.
Je l'ai déjà dit, mais je le répète et je le répéterai,
Quand je dis que le dix-huitième siècle a faussement associé les idées, je lui fais, je crois, trop d’honneur. La vérité est qu’il ne les a associées en aucune manière. I] avait perdu jusqu’à la notion de l'unité. Il a fait le vide dans le monde intellectuel. 11 a trouvé que la respiration était un esclavage, un préjugé; il a posé sur le monde la machine pneumatique: il a étouffé les oiseaux délivrés de l'air. Mais le vide ne peut durer. A la fin les déserts se peuplent, et ils se Sont peuplés de monstres. Quand le dix-huitième siècle est mort, étouffé dans le vide, dans le sang, dans la boue, on dirait que l'air du monde intellectuel, souillé par lui, a eu besoin de se reposer quelque temps pour redevenir respirable,
Pendant quelque temps les idées, qu’il avait séparées de force, n’ont pu se réunir. Le dix-neuvième siècle les a heurtées au hasard les unes contre les autres, sans les reconnaitre. Les voix qui avaient hurlé pendant l’orgie avaient prononcé les noms de science et de religion, sans savoir ce que ces noms voulaient dire, et elles les avaient prononcés comme deux noms ennemis. Le dix-neuvième siècle a besoin de respirer quelque temps au grand jour avant d'oublier ces cris confus.
Le dix-huitième siècle, quand il est mort, nous a légué Par testament l'habitude d'associer l’idée d'un rêveur à l’idée d’un homme qui croit à l'invisible et qui compte sur lui,
Il n’a pas remarqué, que l’idée du rêveur devrait s'associer à l’idée d’illusion, et que l'illusion est le partage de l'homme qui nie l'invisible. Prendre le change, être dupe, c'est ne croire qu'à ce qui se voit. L'illusion consiste à prendre les fantômes pour des réalités, et les réalités pour des fantômes.
Le rêveur est celui qui ne s'éveille jamais, qui ne se tourne jamais vers la lumière incréée, qui habite toujours et uniquement le pays de l'ombre, et pourtant le langage humain, trompé et trompeur, appelle rêveur, surtout depuis cent ans, l’homme éveillé qui voit et qui sait,
Si le dix-neuvième siècle s’éveille, si les idées qui se tiennent naturellement se réconcilient dans son esprit et dans sa langue, n'est-il pas possible d'espérer que l’homme, rapproché de l'Unité, se rapprochera de lui-même, et que la vie humaine, comme la science humaine, fera quelques pas vers la paix?
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