‹ L'homme [microforme]Chapitre 42 sur 55 · RE ER OS · texte numérisé non relu

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La mort, sous toutes ses formes, c’est la séparation, La mort morale sépare l’homme de la vérité, qui est son centre. La mort physique sépare le corps de l’âme: celui qui a du goût pour la mort — son inventeur, le diable — est celui qui s'est séparé et celui qui sépare. Le malheureux! — il n'aime pas! Le malheureux, il sépare ! aurait pu dire sainte Thérèse ; et ces deux exclamations sont Synonymes,

Qu'est-ce que l'amour, sinon la vie ?

sinon l'Unité? Dieu est un, l'Église est une, unum baptisma, una fides; l'humanité est une; chaque nation est une, parce qu’elle représente une des faces de l'humanité.

Celui qui vit est celui qui aime; il est réuni et réunit,

Celui qui ne vit Pas n'aime pas

; il est séparé et il sépare.

La Vie, l'Amour, l'Unité se tiennent donc, ou plutôt ne font qu’un.

La mort, l'indifférence et 1 synonymes.

et qu'est-ce que la vie,

a séparation sont trois mots

Que faut-il donc pour séparer ?

par excellence, — Je séparateur p n'aime pas?

Il doit tenter chacun suivant son Caractère, ses habitudes,

son tempérament; aussi ne soulève-t-il des haines violentes que chez certaines natures exceptionnelles.

que doit faire le séparé ar excellence, Satan, qui

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En général, il frappe à la porte qui s’ouvre le plus facilement: c’est la porte de la paresse. Cette porte ouverte, l’homme ordinaire ne se donne pas la peine de haïr, car la haine est une fatigue, mais il ne se donne pas non plus la peine d’aimer, car l’amour est un repos laborieux.

Alors il se persuade que le bien est un état négatif; qu’il suffit pour faire le bien, de ne rien faire: que ceux-là seuls sont coupables qui ont l'énergie du mal et son initiative passionnée.

Ils arrivent ainsi à admettre, au moins implicitement, que le mal est l’action; que le bien, c’est l’abstention, le sommeil, la négation pratique, la limite du mal en un mot.

Ainsi Satan se moque d’eux au point de leur persuader que c’est lui qui est l’Acte pur, et que Dieu est une restriction.

L'homme, chez qui le diable a infusé cette manière de voir, ou plutôt cette manière de ne pas voir, cette habitude d'esprit, cet aveuglement tranquille qui se croit sage et ne se repent pas, cette folie douce qui permet à la mort d'entrer sans fracas, par une porte ouverte, sous une forme aimable, comme une bonne personne, qui ne dérangera pas les habitudes de la maison, qui servira le diner à l’heure dite, qui n’exigera aucun sacrifice, qui ne prononcera aucun mot effrayant, cet homme-là est supérieurement privé de vie et d'amour, il est supérieurement séparé; car il est séparé doucement, sans agitation, sans terreur, sans remords: il a le silence du tombeau, qui est la parodie de la paix.

Mais si jamais cette mort calme, profonde, enracinée,

tranquille et inexpugnable, est le triomphe du diable, cela

est ainsi surtout dans un temps comme le nôtre, dans ce siècle armé, où l'esprit du bien et l'esprit du mal, en face l’un de l’autre, toujours sur le champ de bataille, dans l’attitude solennelle des moments décisifs, interrogent, comptent et appellent leurs soldats. Ils les interrogent, les comptent et les appellent; mais l'esprit du bien les éveille, et l'esprit du mal les endort.

L'esprit du bien dit: «Laisse les morts ensevelir leurs morts, prends ton grabat, lève-toi et marche! »

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L'esprit du mal dit: « Repose-toi. Que ferais-tu dans la mêlée? Assez d’autres combattront. Toi qui es sage, ne dérange pas tes habitudes. Le mal, continue le diabl:, a toujours existé et existera toujours dans les mêmes proportions. Les fous qui veulent le combattre ne gagnent rien et perdent leur repos. Toi qui es sage, fais la part à chaque chose et ne déclare à rien la guerre. Il est impossible d’éclairer les hommes. Pourquoi donc le tenter? Fais la paix avec les opinions qui ne sont pas les tiennes. Ne sont-elles pas toutes également légitimes ? >

Ainsi parle le diable; et l’homme séparé de la vérité, parce qu’il a peur d’elle, qui est l’Acte pur, l’homme, insensiblement et à son insu, s’unit à l'erreur, qui ne demande rien, — rien que le Néant, — pour vous recevoir dans ses bras caressants et mortels! Elle vous dit: € Laisse-toi bercer; ne fais rien, n'aime rien, et tu seras uni à moi, car je suis le Rien. >

Ainsi l’homme, n’ayant pas voulu s’unir d’une union vivante avec ceux qui habitent dans l’amour, glisse peu à peu, pendant son sommeil, dans cette indifférence glacée, placide et tolé- El rante, qui ne s’indigne de rien, parce qu’elle n’aime rien, et sax qui se croit douce parce qu’elle est morte.

Et le diable, voyant cet homme immobile, lui dit:

«Tu goûtes le repos du sage; > le voyant neutre entre la vérité et l'erreur, il lui dit: «Tu les domines toutes les deux ; » le voyant inactif, il lui dit: « Tu ne fais pas de mal; » le voyant sans ressort, sans vie, sans réaction contre le mensonge et le mal, le voyant destitué de La colère de l'Amour, comme parlait de Maistre, il lui dit: « Je t'ai inspiré une philosophie sage, une tolérance douce, tu as trouvé le calme dans la charité,» car le diable prononce souvent les mots de tolérance et de charité.

L'homme vivant, l’homme actif qui aime et qui est uni à l’unité saisit les rapports des choses, et unit entre elles les vérités.

L'homme mort a perdu le sens de l’unité. Il n'unit plus de vérités entre elles : il ne concilie plus, par la contemplation de l’harmonie, les choses qui doivent être conciliées, les + choses vraies, bonnes et belles. 1j

Mais en revanche, il compose une parodie satanique de l'unité; il tâche d’aimer à la fois le vrai et le faux, le bien et le mal, le beau et le laid: il ne se fâche pas toujours, au moins en apparence, si on affirme les dogmes, mais il lui plaît À davantage qu’on les nie.

N'ayant pas voulu unir ce qui est uni, croire à toute la vérité, concilier ce qui est conciliable, il tâche d’unir ce qui est nécessairement et éternellement contradictoire, de croire à la fois la vérité et l'erreur, de concilier le Oui et le Non; n'ayant pas voulu aimer Dieu tout entier, il tâche d'aimer à la fois Dieu et le diable: mais c’est le dernier qu’il préfère.

Voilà la théorie; voici la pratique:

Cet homme, ainsi uni à la désunion, s’autorise de cette désunion même, dont il est l’auteur et le complice, pour ne pas travailler à la, réunion. Il la rend impossible pour son compte, et la déclare impossible pour le compte de tous. Ne voulant pas, il déclare qu’il ne peut pas; il crée lui-même l'impossibilité qu’il constate. Tantôt il trouve qu’il y a bien assez d'unité dans les esprits et dans les âmes: À quoi bon,

dit-il alors, à quoi bon les dogmes particuliers? Tantôt il avoue qu’il n’y a pas, hors du catholicisme, d'unité; mais il renonce à voir l’unité renaître dans lui-même et dans les

autres.

Il renonce, voilà le grand mot! voilà le mot du diable ; voilà où j'en voulais venir: voilà le mot que Satan a dit à l'oreille de Judas! voilà le mot du suicide, le mot de l'ennui, le mot du désespoir, le mot de l'enfer. Dieu ne renonce jamais! Le diable renonce toujours, même quand il semble agir. Il est celui qui renonce! — L'homme qui renonce ne peut rien et empêche tout. L'homme qui ne renonce pas soulève les montagnes.

Quel homme a le droit de prononcer le mot impossibilité, puisque Dieu a promis d’être là et d’aider? Que ceux-là donc | s’unissent qui n’ont pas renoncé; qu’ils s'unissent dans l’espérance, et dans une espérance vivante, ardente, agissante, féconde. A l’heure de la bataille, le soldat n’exige pas que son camarade soit parfait; il ne lui cherche pas des torts: il sait qu’il est son camarade, qu’ils combattent ensemble, qu’ils ont une même patrie, et il ne sait pas autre chose.

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Si jamais l'oubli des petites divisions particulières a été digne d’un homme et d’un chrétien, c’est sur le champ de bataille que cela se sent. S’unir et espérer, voilà la devise de la victoire. Elle s’offre à qui accepte cet étendard. L’espérance, que Schlegel a nommée le signe caractéristique de l’homme sur la terre, l'espérance est la force qui rend les choses possibles, comme la volonté les rend réelles. En déclarant impossibles les progrès du vrai et les conquêtes du beau, nous les rendons impossibles. Nous ne les espérons pas, dès lors nous ne les voulons pas. L'homme ne veut que ce qu’il espère. Osons espérer la victoire, la voilà possible. Osons la vouloir, la voilà réalisée.

Mais il y a une condition, c’est que tous ceux qui osent espérer tendent la main à ceux qui osent vouloir. Il y a encore une condition, c’est que chacun sente la nécessité d'aider lui-même personnellement, ceux qui espèrent, ceux qui veulent, et ne charge pas les autres de payer la part de tribut que lui-même doit. Que deviendrait un monde où, chacun comptant sur les autres pour agir, personne n’agirait en réalité ?

Oser espérer que les progrès du vrai et du bien, non réalisés encore, sont possibles cependant; oser vouloir qu’ils se réalisent, oser s’unir, oser vivre (chose si simple, qu’elle ne semble pas exiger de courage, mais qui en exige beaucoup), voilà le devoir de tout ce qui a une âme. Tout effort qui s’isole se frappe de stérilité. La puissance est une des récompenses de l’unité obtenue. Ce n’était pas seulement aux hommes d'il y a dix-huit cents ans, c'était aux hommes d’aujourd’hui que parlait le Verbe éternel, quand, donnant à boire aux hommes le même sang, il a ordonné À l’unité humaine de se modeler sur le type de l’unité divine. Il a chargé son aigle, — celui qui, ce jour-là même, dormait sur la poitrine du Rédempteur, — de nous transmettre cette prière immense, adressée au ciel et à la terre: Qu'ils soient consommés en un!

Que son cri soit répété dans tous les domaines de l’intelligence! qu’il soit porté au sommet du monde !

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Une des formes les plus basses de l'erreur, c’est la mode, et cependant le costume de l’homme devrait être beau. Qu'est-ce que la mode, sinon le costume que le siècle impose à l’homme? La mode est ridicule, quand elle est passée: le “ostume pourrait changer aujourd’hui, sans que le costume hier devint ridicule, Mais 1a mode d’hier est ridicule aujourd’hui parce qu’elle était fondée sur l'esprit du siècle, et elle apparaît dans sa laideur, dès qu’elle est privée des circonstances accidentelles, extérieures et passagères qui la soutenaient,

Parmi les modes, celles du dix-huitième siècle, que je n'ai pas assez étudiées, doivent être particulièrement ridicules et hideuses. Je vais tout à l'heure vérifier ce que je viens de dire. Mais je sens que je peux le dire avant de l’avoir vérifié. Il y a des choses dont on peut être certain d'avance.

Maintenant, prêtez-vous à cette supposition: Quelqu'un invente aujourd’hui une religion.

Les embarras de l'affaire seront innombrables: je ne veux pas les compter, le temps me manquerait. Mais je veux en signaler un, le costume des prêtres. Il leur faudra un costume: et je vous défie d’en imaginer un dont vous puissiez Supporter sans rire la vue ou même la pensée.

Cependant, qui que vous soyez, avez-vous jamai: eu envie de rire en regardant la Soutane catholique, fût-elle déchirée ?

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