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La parole et la lumière sont deux ministres de l'Art.
L’arithmétique exprime les lois du temps, la géométrie les lois de l’espace.
L’arithmétique enfante dans le monde de l'Art la poésie du temps. C’est le temps qui en détermine la mesure, et cette mesure c’est le rythme.
La géométrie lance dans le monde idéal l'architecture, la sculpture et la peinture, ministres de l'idéal au département de l’espace; c’est l’espace qui fait leurs proportions.
Nous l’avons dit, les formes de l’Art qui objectivent la pensée, quant aux phénomènes du temps, ont pour ministre la parole.
Les formes de l'Art qui objectivent la pensée, quant aux phénomènes de l’espace, ont pour ministre la lumière.
La parole et la lumière me frappent par leurs similitudes cachées. La parole est la splendeur du monde invisible; la lumière est la splendeur du monde visible. Par la parole, la création se fait lumière pour nos esprits: elle explique ses splendeurs à nos intelligences. Par la lumière, la création se fait parole pour nos yeux: elle leur raconte la gloire du Créateur. Les cieux seraient muets, destitués de la lumière, comme l’homme serait muet, destitué de la parole. La parole humaine explique la magnificence de cette création, qui est révélée par la lumière; par la parole, et par la lumière, le visible et l’invisible se rapprochent et se glorifient. Ils parlent, ils louent, ils chantent : ils chantent leur amour dans la joie
de leur beauté. La parole et la lumière ont les mêmes amis :
et les mêmes ennemis.
La lumière présente le monde visible à l'admiration de l'intelligence; la parole met le monde invisible au service de l'intelligence. Toutes deux sont impondérables, mystérieuses. Toutes deux appartiennent à chacun et à tous, sans division, sans diminution. Toutes deux traversent, touchent et pénètrent les corps les plus abjects sans salir leurs rayons.
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Toutes deux se réfléchissent : l'écho renvoie la parole; le miroir renvoie la lumière. Que la lumière pénètre une goutte d’eau, elle en fera une perle. Que la parole pénètre une intelligence morte, Dieu sait de quelles couleurs il la verra
resplendir. La chaleur suit la lumière, et l’amour suit la parole.
La parole et la lumière chassent toutes deux les fantômes. Toutes deux dévoilent. Voulez-vous connaître la valeur de cet objet? Éclairez-le d’un nom. Voulez-vous démasquer ce criminel? Nommez-le.
Le crime fuit la parole comme il fuit la lumière, et le mensonge est une obscurité,.
Le nom exprime l'être moral, comme la lumière fait voir l’objet matériel,
La parole éclaire ce qu’elle nomme. La lumière définit ce qu’elle montre. Toutes deux distinguent, déterminent. Toutes deux volent et disparaissent, éclatantes de leur nature ; toutes deux se cachent pour agir, l’une au fond des âmes, l'autre au fond des Corps, et ne manifestent leur présence qu’autant qu’elles trouvent matière à leur activité; toutes deux s’assimilent ce qu’elles ont saisi, assujettissent tout à elles-mêmes, et ne s’assujettissent elles-mêmes à rien. Elles discernent leur proie, comme l'aigle, du haut des montagnes, fondent sur elle, la dévorent, la renouvellent, puis reprennent leur vol, et échappent, par leur rapidité, à tout asservissement è mais elles subsistent, par leur splendeur communiquée, dans les corps dont elles s'emparent. Quand elles sont déposées, comme un germe, quelque part, leur présence active et inaperçue demande un choc pour se réveiller. C’est au choc qu’elles éclatent; elles rayonnent alors c. se communiquent sans se diminuer. Le jour où l’homme, surprenant la lumière en travail, a inventé #n miroir qui se souvient, il a découvert par la photographie la loi de la parole. Permanente et fidèle là où elle s’est attachée, mais mystérieuse dans ses opérations, la parole reçue demeure souvent dans l’âme, mais ne se montre qu’à certaines conditions.
L'homme qui a reçu le don de la parole est particulièrement ému par la beauté de la lumière. La lumière est un symbole si évident, que son nom s'applique aussi souvent à la lumière invisible qu’à la lumière visible,
Dans la création artistique, à l'instant précis, à cet admirable instant où il exprime la beauté qu’il pense, l'artiste se sent pénétré d’une lumière invisible, lumière chaude et vivifiante, qui va lui donner la parole. Plein de sa pensée, possédé de son type, il sent quelque chose se mouvoir en lui. Ce sont les paroles qui naissent, lumineuses et ardentes, dans son esprit. Elles se modèlent sur la pensée, s’embellissent de sa beauté, resplendissent de sa splendeur.
La pensée est si belle, quand il la contemple, non encore réalisée, dans son unité et son intégrité, sans s'être sali les mains à la matière multiple, pour la constater une fois de plus incapable, insuffisante, et cependant indispensable à ses projets! Écrivain, peintre ou sculpteur, voilà que, quand il prend dans sa main tremblante l'instrument qui réalise, il écoute la pensée, prête son ministère, travaille, contemple son œuvre et la trouve imparfaite. C’est qu’il n’a pas réalisé son idéal. L'idéal réclame encure, et n'ayant plus rien à donner, l'artiste, les mains vides, pleure et demande pardon. Il a abaissé sa pensée, pour lui donner une figure. Il lui a posé une limite, il l’a déterminée. Il » renoncé à l’immense dans lequel il la contemplait. Il a attenté à son idéal.
Le lever du soleil est le triomphe de la lumière en ce monde. La création apparaît. Laissez faire la lumière, et regardez! Cette magnificence est le reflet symbolique et mystérieux de quelque harmonie invisible et spirituelle qui veut bien se laisser symboliser par la couleur.
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Le lever du soleil ressemble à Ja création du monde: il en est la figure! Ne ressemble-t-il pas merveilleusement au lever .de la parole dans l'âme de l'artiste? Quelquefois il est minuit dans l'âme, et à cette heure-!à l’homme ne peut rien faire. Mais tout à coup, il voit resplendir sa pensée: c’est la parole qui se lève. La pensée était latente: elle devient lumineuse. Elle était, pour l’homme, comme si elle n’était pas: elle reçoit la conscience et la splendeur de sa vérité; elle se sent vivre, parce qu’elle parle.
La parole, comme la lumière, monte lentement à l'horizon. C'est d’abord une lueur, puis un éclat de jour, Comme, au lever du soleil, les bêtes féroces rentrent dans leur tanière, les passions se cachent honteuses, quand la parole se lève, illumine et inonde. Puis un nuage trouble la parole dans l'âme, comme la lumière dans le ciel; mais elles se jouent toutes deux dans cet embarras inférieur ; elles oscillent et éclatent en jeux divers qui embellissent le ciel et la terre de splendeurs plus variées, plus riches, plus abondantes. Enfin le grand jour se fait et la chaleur arrive. Le laboureur creuse
son sillon: les champs déchirés s’exposent aux influences du ciel, et la terre porte son fruit.
Contemplons enfin la splendeur de l’Harmonie, Nous disons: Cette mélodie est belle, et, dans un tableau, cette figure est belle.
L’Harmonie, qui est la beauté de la parole, a sa racine dans le rythme, c’est-à-dire dans le nombre.
Et disons en même temps que la Beauté, qui est l'harmonie de la Forme et la splendeur de l'Art exposé à la Lumière, a, comme l'harmonie des Sons, Sa racine dans le nombre: Car la Beauté réside essentiellement dans l’Angle, et l’Angle peut s'évaluer en nombre.
L'artiste, — l'artiste digne de ce nom — donne de l’air à l’âme humaine. L'Art, dans üne certaine mesure, et dans un certain moment, est la force qui fait éclater la voûte
se.
agen
du souterrain où nous étouffons, De quel levier dispose-t-il donc? quelles masses a-t-il à son service? La parole, la
lusique. O faibles choses! Un peu d’air battu par des lévres de chair.
Pauvres notes fugitives, pauvres syliabes qu'emporte le vent, majestés invisibles, que vous êtes impuissantes! Vous remuez la terre, et le ciel vous écoute, Dans les instants solennels où nous vous appartenons, l’âme a de l'air: elle respire, elle prend conscience d'elle-même, Elle dit: Oui, mon Dieu, je suis grande et je l’avais oublié, Par vous l’âme
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\ fl humaine goûte les prémices de sa délivrance. Elle s'étonne | | alors de ses oublis habituels; elle s'étonne de ne pas se TP | rappeler toujours qu’elle se rappelle instantanément. La luji mière accidentelle lui découvre la profondeur des ténèbres (L Al ordinaires ! En face du réveil, elle ne comprend plus que lui
Al! et ne se souvient du sommeil que pour s’en étonner, Elle ; GR s'étonne d'avoir pu oublier les types, au point de s'ensevelir
LT TR dans les accidents, dans la laideur. Une porte épaisse et ‘
lourde, la porte de notre prison, nous masque notre grand P
amour; elle nous en dérobe quelquefois jusqu’au souvenir. , Mais tout à coup l'horizon apparaît, large et profond, loin-
tain, chargé d’éclairs, ruisselant de feu. Emporté par la a
parole et la lumière, enlevé sur les ailes croisées de ces deux n
aigles, l'Art a passé, il a traversé, il a détruit: le mur s’est €
écarté un instant, déchiré par la puissance impondérable, L
par la vapeur d’encens, comme une nuée ouverte par la P
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LA CFITIQUE.
La critique! Vous avez quelquefois entendu prononcer ce mot-là, sans doute. Mais celui qui le prononçait en comprenait-il le sens ? Je ne le crois pas. Il est peu de paroles plus méconnues. Si la critique littéraire existait aujourd’hui à Paris, la face du monde serait changée dans huit jours.
La critique, telle qu’on ja pratique habituellement, est une bavarde lâche et complaisante, qui ne sait parler, ni ne le peut, ni ne l’ose. M. Paul, critique, connait M. Pierre, écrivain; il faut qu’il le ménage, quoi que fasse M. Pierre. D'ailleurs M. Pierre est admiré par M. Jacques: donc M. Paul est tenu de l’admirer. D'ailleurs M. Paul n’a rien à dire: il n’a ni idée, ni style, ni désir, ni regard, ni horizon. Il trouve tout simple que M. Pierre lui ressemble : il l’applaudit, et voilà. Ou bien encore, M. Paul a lu dans son enfance un livre quelconque signé d’un nom vieux et connu; depuis ce temps-là, M. Paul admire ce livre et le propose pour modèle aux écrivains de l'avenir. M. Paul est fermement convaincu que tous les livres qu’il a lus dans son enfance sont sacrés, mais qu'aucun homme supérieur n’a plus le droit de naître et que le créateur est fatigué. Après Buffon et Montesquieu, M. Paul pense que rien ne reste à dire.
En regardant Paris, combien de fois je me suis dit: Mon Dieu! pauvre ville! Que de forces perdues s'agitent dans son sein! Pendant que de froides médiocrités parviennent gaiement à un succès facile, que d’intelligences égarées 011
captives n’ont pas trouvé, faute d’un guide et d'un appui, leur route ou leur délivrance !
Que de jeunes gens qui peut-être avaient la vie en eux, — repoussés froidement par l'hostilité, ou par l'indifférence, persécution plus terrible encore, repoussés par l'indifférence qui déteste les tentatives faites contre elle, — et condamnés
sans retour pour être restés eux-mêmes, malgré l’injonction
Demandez-vous un insta et dans le monde
que cette justice des intelligences se lève aujourd’hui, avec le soleil de Dieu,
soit donné aux hommes
Supposez que le soleil d'au; tacle, et devinez ce qu soleil de demain.
Mais le découragement, cette ruse terrible de l'enfer, est là qui glace l’âme et retient le bras. « Tu ne feras pas tout, dit-il; ainsi, ne fais rien. > Mais en vérité, est-ce une raison ?
Faut-il, pour parler, att:ndre que tout le monde soit
persuadé d’avance, et Parce qu’il y a des sourds, la parole perd-elle ses droits ?
Je ne le pense pas. Parlons donc, malgré les sourds.
Parlons de la critique telle telle qu’elle devrait être.
Si je dis à la petite critique qu’elle est médiocre et niaise,
je ne l’étonn:rai pas beaucoup. Les hommes prennent assez
bien leur parti d’être médiocres, dans la conviction où iis
qu’elle est, et de la critique
et d’un appui,
la vie en eux, 5 l'indifférence, r l'indifférence et condamnés ré l’injonction à tous, et que e que celle du justice comme
dans l’Europe it à Paris sur Stant (n'ayez e cette justice oleil de Dieu, aux hommes cord avec la ce, qui écrase ns la lumière eilles erreurs our jeune qui vieillit pas:
aris ce specdu globe, le
e l'enfer, est ras pas tout, une raison ?
monde soit ls, la parole
sourds.
la critique re et niaise,
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vivent qu’on ne peut pas être autre chose, à moins de tomber
dans l’exagération.
Mais si je lui dis qu’elle est cruelle, je l’étonnerai, car, ne se prenant pas au sérieux, elle ne prend pas au sérieux les blessures que fait sa main froide et gantée; si je lui dis qu’incapable d’édifier quoi que ce soit, elle est capable de détruire beaucoup; que, sans force pour donner la vie, elle a la vertu de donner la mort, à force d’être faible, et que, pour cesser d’être cruelle, il faudrait devenir intelligente, alors, ne sachant plus ce que je veux dire, elle me répondra que je vais un peu loin, Elle me dira qu’elle n’a pas l'intention de donner la mort. — Eh! je ne vous parle pas de vos intentions ! Je sais très bien que vous n’avez pas d’intentions: mais voilà précisément ce que je vous reproche: vous devriez en avoir.
A celui qui va juger, il faut dire que l'élévation, la largeur et la profondeur ne sont pas pour lui des objets de luxe, mais des lois.
Offrez au critique vulgaire un chef-d'œuvre inconnu: Pour oser donner son avis, il attendra le vôtre. Avant d’avoir une opinion, il consultera tous ses intérêts, et le visage de tous ses amis. Ayant épuisé sa faveur sur les anciens, il n’a plus que raideur et indifférence pour ceux qui luttent, qui souffrent, qui ont besoin de courage.
Changez la signature d’une œuvre, les pages qu’il trouvait folles lui paraîtront sublimes, et réciproquement.
Il flatte, il gêne, il persécute,
En général, la petite critique croit tout impossible: elle n’admet comme pouvant être, que ce qui est dans ses habitudes. Or, le génie n’est pas dans ses habitudes; aussi le traite-t-elle comme elle traitait, il y a quelques années, les locomotives et les télégraphes électriques. Quant au génie des gens morts autrefois, elle le proclame à tort et à travers, Sans savoir ce qu’elle dit, parce qu’elle a l’habitude de le proclamer, et que d’ailleurs elle croit à peine à l'existence de ces gens-là. Elle lance à pleines mains, à des personnes
qu’elle croit abstraites, des couronnes qui ne lui coûtent rien à distribuer, car elles n'existent pas. Que le passé ait ses gloires, elle y consent, Car elle ne croit ni au passé, ni à la gloire; mais le présent? mais l’avenir ? allons donc!
Aussi n’a-t-elle, cette critique polie, correcte, mielleuse et médiocre, que des: opinions convenues, des admirations prudentes, des enthousiasmes officiels. Elle ne vous absoudra d’être moderne que si vous êtes en même temps médiocre ; elle a pour la médiocrité je ne sais quelle condescendance tendre: elle se reconnaît et se complait en elle. Lors même qu’elle consent à ne pas la trouver irréprochable, elle lui pardonne toujours, elle lui passe tout.
L'homme médiocre, c’est l'enfant chéri, c’est le Benjamin de la critique étroite. Elle a pour lui des faiblesses. Il sufit que la médiocrité soit la médiocrité pour avoir droit à l’indulgence de cette critique-là. Car les défauts de la médiocrité sont médiocres eux-mêmes, et par là sympathiques à la critique dont je parle: ils sont effacés, et tout ce qui est effacé lui plait. Les défauts de l’homme supérieur attestent une personne vivante qui se déploie, et la petite critique les déteste, non parce qu’ils sont défauts, mais parce qu’ils sont énergiques.
Molle et morte, elle aime ce qui est mou et mort. Craignant que l’homme armé d’une idée ne pousse un cri qu’on n'ait pas l'habitude d'entendre, elle préfère, et de beaucoup, ceux qui écrivent pour ne rien dire; ceux-là sont plus soumis: elle se complaît et se reconnaît en eux. Elle défend à un homme d’être lui-même et lui ordonne de ressembler à un autre; elle appelle cela être sévère. Avant d'admirer, elle cherche dans ses habitudes pour voir si l’on admire ordinairement ce qu’elle a sous les yeux ou les choses analogues, et, au nom du bon goût, elle refuse le passage à toute beauté dont elle ne connaît pas d'avance le signalement. Elle ne juge pas pour juger, elle juge pour plaire à ses propres juges; aussi aime-t-elle ceux qui répètent des phrases faites, parce qu’ils ne compromettent pas; elle sait que cette monnaie a cours; les phrases faites sont de vieilles connaissances qui ne lui font pas peur. L'homme qui parle une langue à lui est un jeune homme Pour ses contemporains, avant d’être un grand homme pour la postérité. La petite critique, per-
suadée que les grands hommes n’ont jamais été jeunes, ni même vivants; que de tout temps ils étaient des anciens, morts depuis quatre mille ans, ricane et se détourne en face d'une grandeur présente et vivante, L’horreur qu’elle a du
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langue à ant d’être ique, perjeunes, ni s anciens, e en face elle a du
génie est mélangée de honte. Devant cet étranger, d’être elle-même. Devant le génie, à s’effacer: mais la petite critique se tient droite et raide. Pour se veng conceptions du génie, la virgule qu diocrité applaudit.
Quelque raison qu’on veuille assi la médiocrité ne se déconcerte ja
elle rougit la grandeur consisterait ne s’efface jamais, elle er, elle montre, dans les Îi matique, — et la mé-
portes s'ouvrent: devant l’homme supérieur instinctivement.
Songez à la quantité des hommes médiocres, L’ siasme est la récompense de la sim pliquées ne sentent ni ne compren que la médiocrité soit touchée de votre courage, de vos efforts; voici son caractère: Elle est naturellement impitoyable! Si elle se laissait une fois surprendre, émouvoir, elle ne serait plus elle-même.
Elle n’a rien d’imprévu dans les mouvements.
Elle n’a qu’une physionomie; elle vise à la gravité. En même temps elle est hargneuse, mesquine, tracassière, étroite et envieuse. Elle aime les petites choses. les petites proportions, les projets mesquins, les niaiseries accoutumées, les timides inepties qu’on lui sert ordinairement, Elle juge un homme sur son âge, son succès, sa position, sa fortune.
Elle le juge sur son passé et sur son apparence, ne croyant ni à la réalité des hommes, ni à leur avenir
, elles se ferment
enthouplicité, et les âmes comnent rien. N’espérez pas
l'entoure d’un cimetière.
Si j'insiste sur la cruauté inc
onsciente de la sottise, c’est que cette cruauté est inaperçue d
e celui qui l’exerce et de celui seule souffrance qui ne e chez les femmes. Les ntiers sur les grandeurs orde pour les grandeurs
qui la voit de loin. Le génie est la trouve nulle part de pitié, pas mêm femmes, qui s’attendrissent si volo fausses, sont Souvent sans miséric
vraies. Elles aiment ce qui brille, elles n'aiment pas ce qui resplendit.
Regardez les noms de tous ceux pas à la réputation, mais à la gloi Interrogez-les ; ils vous répondront qu’ils ont usé, pour écarter la foule et se faire place, plus de force qu’il n’en fallait pour créer mille chefs-d'œuvre. Ils ont passé des heures, qui auraient pu être belles et fécondes, à subir le Supplice de l'injustice sentie; ils ont dépensé le plus pur de leur sang dans une lutte extérieure et stéri i le travail fécond de l’art; le découragement le fois, à eux et au monde, leurs plus beaux tr plus jeunes ardeurs: que d'heures, qui auraient été des heures de génie, des heures de lumière, auraient rayonné dans le temps et dans l’espace, qui auraient produit des choses immortelles, ont été des heures stériles de tristesse et d’accablemert ! Or, cela a Peut-être été l'ouvrage de la petite critique qui restait indifférente. Elle a pris pour tâche
d’éteindre le feu sacré qu’elle était chargée d'entretenir. Puisse-t-elle être enterrée vive!
qui sont parvenus non re: lisez leur histoire,
ansports, leurs
Voulez-vous Savoir jusqu'où peut s'élever la critique P regardez jusqu'où elle peut © scendre. Mesurez ses bienfaits Possibles par les Tavages qu'eue 2 ut aussi faire,
L'Art a ses périodes, ses phrases dans sa vie où il reçoit pleine connaiss de lui-même. Chacun de nous ne connaît-il admirables de lumière intérieure où il semble que l’homme, en présence et en possess la première fois et se réconnaisse ? On dirai des obstacles, et délivré des ténèbr était voilé à lui-même, il entre € dans la joie de son être. C’est un coup d'œil
domaines qu'on croyait perdus! c’est Je humain: ces instants sont rares et rapides !
Le plus Souvent, nous sommes
jeté sur des réveil du regard
invisibles à nous-mêmes, ‘it qu’à la it, br s'éteint, € P'5t. ain éclair.
aiment pas ce qui
ont parvenus non sez leur histoire, S ont usé, pour force qu'il n’en S ont passé des ondes, à subir Je é le plus pur de rile qui arrêtait leur à volé mille transports, leurs nt été des heures nt rayonné dans duit des choses stesse et d’accaxe de la petite ris pour tâche d'entretenir.
T la critique?
ez ses bienfaits re.
un jour arrive ine conscience Das ces heures que l’homme, perÇoive pour ue, débarrassé e lesquelles il la liberté et jeté sur des il du regard
nous-mêmes, ‘ sit qu’à la
s'éteint, 5. ain éclair,
Quand l'éclair passe sur l'Art, c’est la critique qui s'éveille. Il faut venger ce mot, critique, du sens négatif et restrictif qu'on a attaché à lui. Il signifie discernement. Or, le discernement est une œuvre de lumière,
La Critique est la Conscience de l'Art.
Quand l’Art se voit et se sent ; quand il dit: J’existe, me voici, son cri de joie, c’est l'essor de la Critique qui se lève. Aussi vit-elle d'enthousiasme et non de négation. On se la figure toujours tournée vers le néant, je la vois tournée vers l'être. Il est temps qu’elle admire.
Une des prérogatives du génie c’est que l'enthousiasme, qui seul a le don de le sentir, a seul aussi le droit de le juger. La médiocrité, qui est privée de ce sens, n’aperçoit en lui que le côté négatif, le défaut: elle le juge comme ün magistrat juge un coupable. Aux yeux de la médiocrité, le génie est le coupable par excellence; et même, si la médiocrité ne trouve pas dans les leçons qu’elle sait par cœur le texte qui le condamne, peu importe: il est condamné d’avance par une loi sans formule, faite tout exprès pour lui. La grande critique vit d’admiration, la petite de chicane, L’enthousiasme manque en ce monde: que la critique s'emploie tout entière à le rallumer, et elle deviendra vivante. Qu'elle apporte sa pierre à l'édification d’une jeunesse nouvelle, de la jeunesse que le monde attend, car la jeunesse manque sur cette terre. Des cadavres refroidis peuplent les ateliers et les mansardes,
La débauche a passé par là. C'est elle qui a fait errer dans Paris, sous un soleil tout jeune, des vieillards de vingt ans. Or, la critique a cette mission sublime de rafraîchir le sang des travailleurs, et de leur refaire une jeunesse. Pour accomplir sa tâche, il faut qu'elle ait de l’âme, et beaucoup d’âme.
Ignorez-vous que l'artiste qui veut créer souffre toujours horriblement? Songez-vous qu’il ne réalise jamais ce qu’il voulait réaliser? Songez-vous que tout chef-d’r ivre est nécessairement un sacrifice ? Songez-vous que le grand artiste livre une bataille avec la certitude de la perdre, qu'il est condamné à manquer toujours son but, — son but étant la beauté absolue qu’il lui est ordonné de poursuivre et défendu d'atteindre dans son œuvre 2. User sa vie, et se demander si on ne l’use pas inutilement; commencer son œuvre et douter d'elle: tout craindre, et riarcher comme si lon ne
bb
L'enthousiame
Craignait rien! L’inspiration exige le bonhe Pourtant des hommes la nuit, dans la douleur, qui ont imposé silence qui ont négligé leurs Souffrances, qui ont Produit, parce qu'ils vou qu'ils ne le désiraient plus.
En vain le grand artiste ESSayerait d'ailleurs de se répandre
autour de lui. Ses pairs ne sont Pas de ce monde, I] faut qu’il traverse les terrains glacés de la solitude.
Quand elle Je voit de loin, la petite critique
ien reconnaitre qu'elle ne sait ce qu'elle £ avec mille épingles, pour voir, en jouant, de sang ;] Jui reste encore à verser.
e à leurs cris, POur ne pas devenir stériles, laient produire, alors même
(ie veux ait) le pique combien de gouttes
Comprenez.vous alors la tâche Sublime qui se présente à la criticie vraie, Il faut qu’elle se fasse assez grande pour devenir COnsolatrice, Il faut qu’elle entre dans le champ de la vie, il faut qu’elle prenne d'une main Ja main froide de celui qui marche seul, et que, de l’autre main, elle le désigne aux regards des hommes. I] faut qu’elle Soit capable d’oser
ment. Il faut qu’elle Peau de sa docilité Stupide envers les
pide vis-à-vis ‘4, Là où l'amour n’a aucune place, le caractère
art sera ni, la critique aura des vues d’ensemble.
Le grand critique se place assez Coup d'œil le tout et les parties.
ne domine pas. L’engouement vul
haut pour saic’ lu même Nul ne peut ju: ce qu'il gaire entraîne Partialité.
SU»'rieur entraîne l'impart:: : jui est la
ur, et il v a M qui ont travaillé dans }a
tristesse, dans |
bonheur, et il y a Fe ans la tristesse, dans M silence à jeurs cris, Pas devenir stériles, roduire, alors même
gloire du juge. L'enthousiasme donne le courage, et le Courage a deux accents. Il admire ce qui est beau, il flétrit ce qui ne l’est pas.
Que faut-il donc? Oser. Voilà la condition de tout.
vous l’ignorer vous-même et vous en étonner. Il faut qu’elle ce monde, Il faut 4) vous traite, quels que soient votre nom et votre âge, comme litude, : MN si quatre mille ans avaient passé sur votre tombeau. Ceci jodue (je veux D ne con devoir, sous peine de déshonneur, Si vous avez volé le fait) le pique We votre nom, il faut qu’elle le dise, qui que vous soyez. Coïbien de gouttes D Qui donc nous empêche d’oser, et que craignons-nous ? Pourquoi ce respect imbécile, ce respect du néant? Est-ce que la souveraineté de la mort est un droit inviolable ?
: Si vous êtes grand, il faut que la critique le dise, dussiezleurs de se répandre M ne " . :
€ qui se présente
Pourquoi laisser la parole, comme un monopole, à ceux 2vez grande pour | qui veulent empêcher Je Sang de circuler et le cœur de dans le champ de battre ? Est-ce qu’il y a, en faveur de l’ineptie et de linfamie, la main froide de quand elles se prolongent, une Prescription? Élevez donc la ‘n, elle le désigne voix, vous qui jugez: en face de l'Art qu'on nous a fait, Oit Capable d’oser , : :
nt. Il faut qu’elle tupide envers Jes
ide ment ? si VOuS Supportez des hommes qui s'appellent artistes stupide vis-à-vis et qui ont peur que cette terre ne Soit pas assez pleine de n'a aucune place, boue? Ils veulent renchérir sur les hontes de la vie réelle, par ond: le caractère
; les hontes de la vie imaginaire où ils nous promènent. Pamour., Que la
ace de l’art sera a des vues d’en-
+ dignité et d’une telle Puissance que votre pensée devient qui juge porte le pain qui nourrit les autres hommes, le Sang qui circule dans toujours faux, leurs veines, vous, gardiens de la pureté de la langue, vous CCupe, faux PAT MN avez souillé la langue, vous avez enseigné vos vices à vos isolement où il | Contemporains pour spéculer ensuite sur leur dégradation pas; il a l'air
qui est votre ouvrage. Vous qui portez le nom d'artistes et qui
ur rien ce qui W vendez si cher la honte aux hommes, comprenez votre dignité
= : perdue, pour mesurer, s’il est possible, la profondeur Le votre Pnisir di sn dégradation.
JVe:: ce qu il Le grand critique cherche le grand poète, comme le fer | pi cherche l’aimant, Ne me demandez pas lequel des deux
domine l’autre; je ne leur assigne pas de rang. Je les en-
génie! celui-là mérite l’immortal] c'est égaler, a dit Raphaël,
Le champ de la critique est | généralement, Elle n°
le rôle de l’human sa tomb
Dre copmrens er ses
la même admir. ‘ion.
formes de l'Art, Le s lois. Il a découvert t subi l'épreuve : tous us deux ils ont eu Ceux qui s’inclinent S les ont également lans la même gloire !
er Sur les hauteurs +. Celui qui peut dire
lu es un homme de
promet. Comprendre,
e qu’on ne le croit culture de tel ou tel it être partout où il le cap de Bonneaccents, toutes les est permis d'aimer, Sa place près de ue le cri: « Terre * béni. Voilà même estinée, sa gloire, hante, La fidélité, asme. La Critique er dans le présent
omme qui attend, Tt que feront sur :S noms, faire les le palme ne vautnoi, je crois qu’il illant, qui puisse, lomnié, ni trahi,
L'œuvre d’art créée Par Un artiste de second ordre dit ce qu'était la pensée de l'artiste. Si elle sort des mains de l’homme de génie, elle dit encore ce que sa pensée était ; mais à un point de vue beaucoup plus haut, elle dit ce que Sa pensée n'était pas. Car cette pensée, supérieure à toute exécution, reste, par sa nature même, sans réalisation.
L'artiste à travaillé le marbre, il a opéré la réalisation d’une certaine beauté. I] a dégagé la beauté latente par le retranchement de la matière informe, par la destruction du bloc, par le dégagement des formes intérieures et invisibles qui recélaient la beauté, et qui se cachaient derrière la matière, comme l’étincelle ‘au fond du caillou.
Quand il trouve que son exécution est parfaite, c’est-à-dire sans défaut, l'artiste médiocre s'arrête, et s'arrête satisfait.
Quand il trouve que son exécution est vivante, c’est-à-dire pleine de sa pensée, imprégnée, humide, ruisselante de feu, l’homme de génie s'arrête aussi, mais il s'arrête malgré lui, triste et vaincu dans son triomphe.
Par le retranchement de la matière, à la fois obstacle et moyen, il a rapproché son œuvre de son idéal; mais au moment où il va atcindre ce. qu’il a pensé, il faut qu’il
s'arrête, car, au prochain coup de ciseau, il entamerait son œuvre, il la détruirait. À
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La matière refuse de se laisser tailler plus avant, et s’il
persiste, au lieu de la vie, c'est la mort qu’il va donner à sa création,
Si donc il veut qu’el!- . quelque chose, il faut qu'il la laisse inachevée, et qu’il se contente de laisser deviner, au moyen de ce qu’il a fait, la dimension de ce qu'il eût voulu faire, la portée de ce qu’il n’a pas fait.
Tout chef-d'œuvre est une ébauche. L’inachevé est la marque du génie qui peint à grands traits, ne comptant rien
terminer; c’est sa marque, son privilège, sa condamnation et sa grandeur.
Et plus l’exécution approche de l'idéal, plus l’abime qui les sépare apparaît large et profond à l'artiste; plus le nombre des côtés du polygone inscrit augmente, jlus l’impossibilité de toucher le cercle devient sensible.
Pour l'artiste ordinaire, qu’il le sache ou non, la loi est formule. Voilà pourquoi il peut se satisfaire: son programme peut être rempli.
Pour l’homme de génie, la loi est vie, vie et lumière, Aussi son océan n’a pas de rivage; il sait que la formule, quelquefois féconde ou du moins utile dans la science, est absolument stérile dans l'Art. Il faut que la sueur coule du front pour que les chainps de la vie soient labourés. Nulle formule ne crée, ne fait produire; nulle formule ne suspend à la vigne pendante la grappe de raisin. L’habitude du génie est de substituer en toute chose la vie à la formule,
Et c’est là le secret de l’étonnement qu’il cause. Ceux qui le voient passer étaient pers'iadés, sans en avoir conscience, que la loi était une for: ‘le, et s’aperçoivent, en le regardant, qu’elle est vie et lumi’
Ici nous apparaît, marquée en traits de feu, entre les uns et les autres, une ligne de démarcation. Parmi ceux qui se disputent, se partagent ou ne se partagent pas l’admiration du monde, les uns ont été les hommes de la formule; les autres, les hommes de la vie.
lus avant, et s’il | va donner à sa
se, il faut qu'il laisser deviner, e qu'il eût voulu
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plus l’abime qui artiste; plus le ïente, lus l’imble.
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t lumière, Aussi rmule, quelque- , St absolument du front pour ulle formule ne end à la vigne u génie est de le.
ause, Ceux qui voir conscience, en le regardant,
1, entre les uns mi ceux qui se as l’admiration a formule; les
Les artistes, pour qui la loi est formule, se satisfont eux-mêmes, ai-je dit: j'ajoute qu’ils satisfont un instant le public.
La formule est une recette qu’il suffit d'appliquer, Il y a un certain nombre de règles pour faire une bonne tragédie : quand ces règles sont observées, la tragédie est faite, et bien faite. Quand la règle est substituée à la loi, le métier est substitué à l’art, le mécanisme est substitué à l'organisme, et le procédé remplace la vie. Or, le procédé est plus commode que la vie. Avec un peu de patience on saisit le procédé. On ne saisit la vie que quand elle se laisse saisir,
La loi résulte de la nature des choses.
La loi de l’art est l'expression de l’ordre dans le domaine de l’art.
La règle résulte d’une convention arbitraire.
Elle est l'expression des habitudes substituées à la vie, ‘es modes substituées aux lois.
Il y a dans l'esprit humain une tendance étroite qui le porte à sc ouer le joug de la loi, laquelle le met en rapport avec l’universalité des choses, pour se circonscrire dans la règle, laquelle e: son œuvre et l’isole de l’universalité des choses. Circonscrit ans la règle, l’homme s’abrite derrière la formule. Remplaçant la vie par une mécanique, il a remplacé l’amour Par un programme, La vie ne se trouve jamais assez de surabondance; la mécanique est satisfaite dès qu'aucune pièce ne lui manque. L'amour se trouve incomplet parce qu’il se compare à l'infini dont la pensée veille au fond de lui, même quand il dort. Le Programme n’exige plus rien, quand les conditions qu’il indiquait sont prescrites.
De là, le succès facile des hommes mécaniques ; leur talent est à la portée de tout le monde. Pour l’apprécier, il suffit de connaitre les conditions du programme qu'ils ont rempli. Se dispensant de penser à l'infini, ils en dispensent leurs
écoliers, et l’admiration de ceux-ci est une récompense qu'ils ont bien méritée.
Pour apprécier les unités nécaniques de Boileau, il suffit de savoir compter jusqu’à trois. Pour sentir l'unité vivante et organique dont elles sont la parodie, il n’y a pas de procédé: il faut la sentir; il ne faut savoir compter que jusqu’à Un. En général, les règles mécaniques séduisent le vulgaire par
se règle.
VOUS arrivez à six heures et demie,
l'appât grossier de a difficulté vaincue.
aime les règles nombreuses, comme il aime une h à dessein devant un cheval au galop. Il ne cheval, mais il jouit de l'embarras ridicule sottise humaine va placer le noble animal de force.
Or, plus les règles sont nombreuses, croit qu’il y a de mérite à les observer.
que ces règles sont des faux-fuyants, lesquelles l'artiste, incapable de créer,
» Sérieuse et glorieuse dans laquelle, saisissant la matière Corps à corps et lui imposant l'action de la forme, il dégage et produit la beauté.
L'homme de génie ne se donne les règles factices: il les oublie, médiocre le trouve désordonné, pas jusqu’à la loi, sous l'empire s'est placé.
Quand l’homme de génie est infidèle à Ja vérité, sa façon de l’offenser, n’est pas de la parodier par une règle puérile, mais de retrurner la loi Contre elle-même, de se précipiter, la tête en bas, au fond de l’abime, et de donner, par la profondeur de sa chute, la mesure de l'essor qu’il aurait pris.
pas la peine de violer voilà tout, — et l’homme Parce que sa vue ne porte de laquelle l’homme de génie
L'esprit humain s'ouvre facilement à la convention: ayant faim et soif dé loi, quand il oublie Ja Loi, il essaye de la remplacer par une loi. Tout désordre aspi sein de lui-même, un certain ordre; car, sans un certain ordre, le désordre lui-même cesserait Pour faire place au néant. Le désordre qui refuse de rentrer dans l’ordre vrai se Construit, pour se faire illusion, un ordre faux: la fièvre
Vous avez rendez-vous à six heures sous cette horloge:
mais l’horlorge retarde
L'homme médiocre
aie posée jouit pas du et laid où la : il aime les tours
Gen, no +
L'homme médiocre me une haie posée l ne jouit pas du ule et laid où la : il aime les tours
l’homme médiocre | ne s'aperçoit pas les tangentes par ppe honteusement tre vaincue, à la ielle, saisissant la tion de la forme,
, peine de violer t, — et l’homme sa vue ne porte l’homme de génie
vérité, sa façon ine règle puérile, de se précipiter, donner, par la qu'il aurait pris.
nvention: ayant il essaye de la à se créer, au ans un certain faire place au ns l’ordre vrai faux: la fièvre
cette horloge:
orlorge retarde
d’une demi-heure, on ne vous trouve pas en retard. Vous arrivez à six heures et demie, mais l'horloge avance d’une demi-heure, on vous trouve en retard d’une heure. La convention est une horloge qui marque une autre heure que le soleil, et qui, devant les hommes, a raison contre lui.
Le vers, cette splendeur singulière, née de la parole et de la musique combinées, nous fournit, de la loi et de la règle, une application magnifique et, par conséquent, mystérieuse.
La parole a besoin d'harmonie: elle veut faire invasion dans les domaines de la musique, sans se confondre avec elle. L'Art a eu la complaisance de faire cadeau du vers à notre humanité. Étudions un instant le vers dans sa loi, et le vers dans la règle qu’on lui a imposée.
Il est peu d'hommes, parmi ceux qu'on appelle, peut-être ironiquement, les esprits cultivés, à qui la poésie ne rappelle les joies les plus splendides, les illuminations les plus radieuses, et en même temps les plus risibles efforts, les plus ingrates corvées qu’ait supportés leur pauvre adolescence,
Il y a donc deux poésies: aux heures de délivrance, l’une nous a initiés à elle; aux heures de fatigue et de stupidité, l’autre nous a pris pour ses esclaves. Ou plutôt il n’y a donc qu’une poésie, et quelqu'un l’a parodiée.
Le grand poète n’est pas seulement grand écrivain. Il est quelque chose de plus: il est ministre d’un mystère que je vais constater.
Si l’on vous disait qu’il est une forme de langage particulièrement adaptée à la poésie qui vit d'enthousiasme, vous répondriez peut-être: Cette forme de langage doit être la plus libre de toutes. Toutes les entraves doivent tomber devant elle, et le poète ne relève que de son inspiration.
Or, le contraire arrive précisément. Ii semble que l’homme ait pris à tâche de compliquer les difficultés, d'inventer, pour
éteinte en apparence, la poési:
l'esprit qui s'envole, des chaînes inco création mystérieuse dont l’habitud de nous étonner.
Qu'est-ce que la rime ? Un hasard en apparence. Personne n'eût fait un vers, et si « Commencez »? Sans doute, à ne c nement, vous déclareriez la chose, impossible. Comment espérer
nnues. Le vers est une € seule nous empêche
Si jamais quelqu'un vous disait :
Onsulter que le raison-
exigences inouïes de la forme
mmun, amener un jeu grotesque, une série de propos interrompus,
qu’elle Tégretterait toujours
e, avec cette docilité des mots,
Ainsi contrainte et comprimée par sa loi, avec ampleur et Surabondance: elle est l'expansion de nos désirs les plus intimes, les plus ardents. La parole puiseraitelle aussi dans Le Sacrifice une force d'élévation ?... Âinsi
est la splendeur de l parole
la poésie se dilate
. Le vers est une e nous empêche
arence. Si jamais ‘un vous disait:
r que le raisonas difficile, mais , Sans violer la le chaque ligne Ze syllabes; que ont, et que ces nt contrecarrer , une série de Manteau royal s'offrir à elle?
aux plaintes de de l’Harmonie, ransfigurée par le lumière, où Ive-t-elle d’ellerêtir la pensée
ntres fortuites, e pour l’autre!
ins faites pour » d'autant plus ilité des mots, tendre quand l'est-il pas en ble, et qui se pour devenir de, parce que parenté qui ésie se dilate nsion de nos ole puiseraition? Ainsi de l2 parole
D humaine; ainsi rétrécie, elle enveloppe tout; ainsi captive,
elle est le chant de la délivrance.
Le vers est condamné au rythme qui représente pour lui l'esclavage du temps et de l'espace. Et, grâce à cet esclavage, la poésie éclate dans sa liberté, elle domine le temps et l’espace, elle nous oblige à sentir en frissonnant le voisinage réel de l'éternité qu’on oublie. Voilà pourquoi le poète a été nommé du même nom que le prophète. Voilà pourquoi les grands hommes ont été immortalisés par la poésie, qui dispose de l’avenir, et le confond, avec le passé, dans la société des choses impérissables. D’une main, elle atteint le visible, de l’autre l’invisible, et quand elle appuie ici-bas sur une touche du grand instrument, elle en fait vibrer une autre, — Ja touche correspondante dans le monde invisible.
Voilà une des formes de la loi.
Quant aux règles, lisez la correspondance de Boileau et de Racine. Elle vous les livrera en flagrant délit. Par exemple: Il s’agit de savoir si Homère 2 employé, oui ou non, un mot bas. Boileau avait affirmé que jamais le poète grec n’a commis
ce crime, et que le mot ne, employé par lui, est très noble en grec.
J'ai fait réflexion, lui dit Racine, qu’au lieu de dire que Île mot: ône, est en grec un mot très noble, vous pourriez vous contenter de dire que c’est un mot qui n’a rien de bas, et qui est comme
celui de cerf, de cheval, de brebis. Le très noble me paraît un peu fort.
Voilà sur quel terrain la discussion était placée: Jusqu'à quel point précis le mot âne est-il noble ? Un peu? Beaucoup? Pas du tout? Tout à fait?
Un jour, chez Mme de Broglie, un interlocuteur soutenait que Îes règles étaient mieux observées dans la Phèdre de Pradon que dans celle de Racine. Boileau répondit :
nat menomns vous:
La péripétie et l’agnition
se doivent ren a même tragédie, et c'est c
contrer ensemble dans € Qui arrive dans Ja Phèdre de Racine et Qui n’est point dans celle de Pradon.
L'interlocuteur
interrom cé que c'était que
pit Boileau pour lui la périp
étie et l'agnition.
Voulez-vous Savoir quelles ét
aient, pour Boileau, les douleurs de l’enfantement ?
Lisez sa lettre datée d'Auteuil, où il envoie à Racine Ja satire des Femmes :
» dit-il, a traité de r € poète, pour
quelquefois de
idicules ç marquer un esprit entiè dessein formé la suite d
es endroits mer rement hors d € son discours,
Vous l’entendez ? Qu'est-ce qu'un grand poète chaïlatan qui rompt de dessein formé la Suite de s pOur marquer un esprit entièrement hors de soi,
J'ai cru, poursuit Boileau, que je ne Pouvais mieux justifier ce grand poète qu’ ! ant de faire une ode en lanÇais à sa
manière, C'est-à-dire pleine de Mouvements et de t
l'esprit part plut
? sinon un on discours
Ayant ainsi pris le parti de délirer et Projeté Ja folie, Boileau ajoute :
À l'exemple des anciens poëtes dithyrambiques, J'y les figures les plus ]
ai hasardé aulacieuses, Jusqu'à parler de a Plume blanche que le roi porte ordinairement à so
n chapeau et qui est
#à PE gl JET Perry que du
veilleux où € SOI, rompt
demander
ontrer ensemble dans la Phèdre de Racine
our lui demander
des règles, et vous Zz à ne vouloir pas :pprise,
Boileau, les dou-
voie à Racine Ja
nultitude des tranhef-d'œuvre de la
enait pas à cause venger le poète
IS merveilleux où
rs de SOI, rompt Durs,
oête? sinon un
de son discours Oi,
ieux justifier ce ITançais à sa transports, où oësie que guidé
jeté la folie,
y de la sum Eau et qui est
comme une espèce de comète
fatale à ses ennemis, qui se jugent perdus dès qu'ils l’aperçoivent.
Il faudrait tout citer, mais je suis retenu par une sorte de honte : il nous reste encore assez de grandeur pour détester justement ce qui dégrade notre intelligence. J’en ai dit assez
sur les règles pour les faire connaître à ceux qui les auraient ignorées.
On a joué, il y a trente ans, une comédie assez étrange.
Quelques insurgés ont pris à partie les règles et les conventions littéraires ; ayant l'énergie de les haïr, sans avoir la force de les dominer, ils ont conçu contre elles une fureur qui leur a paru sainte, fureur véritabie qui se traduisait par des injures. Ces jeunes gens, dont le plus connu était M. Victor Hugo, ont joué très gravement, très doctoralement, un jeu qui consistait à prendre une à une les habitudes de leurs prédécesseurs et à les contrecarrer. Avait-on dit blanc, ils disaient noir. Pas un d’entre eux ne s’est aperçu qu'ils subissaient à rebours les contraintes dont ils prétendaient se délivrer ; Car l'obligation de violer toujours une règle équivaut à celle de s'y soumettre toujours, et constitue une autre règle, qui n’est que le contre-pied de la précédente, et qui a beaucoup de chance d’être plus gênante qu’elle. C'étaient des hommes de parti qui n’avaient pas accès aux vérités. Aucun d'eux ne s’est élevé à la conception de l'Art.
Aucun d'eux n’a été assez grand pour s’oublier en face de l'Art. Aussi toutes ces personnalités ont été oubliées, par cela même qu’elles tenaient avant tout au bruit et à l'éclat. Tous cherchaient la produite. S'il y a eu succès momentané, le bruit qui s'est fait a été dû à la même cauce que le bruit précédent, celui-là
LA re Fe Ces éeriva
iv&ins, qu'on appelait, je n’ai jamais su Pourquoi, romantiques, se sont satisfaits
de Jeur personnalité,
et de Boileau avaient vu plus haut, au lieu de se fâcher, ils €, ils auraient pleuré.
$ romantiques a été
Comme leurs préverse et identique.
nnait en sens con- Togramme dont les Te remplies depuis le public POuvaient la chute du rideau, tés régulièrement une, Il n’y à que Ste la satisfa, ion être juste, qu’elle irrités d’Horace | de se fâcher, ils raient pleuré.
romantiques a été dans les ténèbres ar une montagne, YEUX, — la proie été vaincus non et chacun d’eux battants: ils sont de leurs vaines Trre d’eau, sans - POSer même Jà arts poétiques, rer; au lieu de au parterre le
le. Or, la borne que dans l’anème, croit qu’il ute à la parole urelles. Il Jui
, dont je viens d'un jugement re tout entière, où ils rentrent ation complète
souhaite une beauté qui vient d’ des choses. Le plus grand malh style, c’est de se faire admirer, qu’il exprime: et Je système le
ailleurs que de Ja nature eur qui puisse arriver au indépendamment de l’idée condamne toujours à ce
lui ordonne tantôt d’être noble, tantôt d’être familier, etc. etc., et lui dérobe sa gloire,
sa splendeur vraie, intime, qui est la fidélité.
Les nouveaux législateurs (ils ont mérité ce nom) ont remplacé la convention par la fantaisie, c'est-à-dire par elle-même; car la Convention est la fantaisie de plusieurs
hommes. La fantaisie est la convention qu’un homme fait avec lui-même.
L'homme est si petit qu’il se complaît
est si grand qu’il ne se satisfait qu’en Dieu. Le chef veut être le maître: il imp
» assez grands pour être humbles, assez humbles pour être grands, des hommes qui restituent aux choses leur majesté perdue !
ut à
RE,
on Zu
Sr
les autres la prennent pour condition, qui e
Or, voici la vérité.
La poésie et la musique, ont leurs racines dans les mathématiq bsolument exactes: comme si ’ qui quelquefois nous semblent ennemis, mettai j is quelle affectation à se proclamer unis anifestations d’eux-
Pour une folle
qui a le désordre même st déréglée dan
S Son essence.
a le désordre même on essence,
d'amour, ont leurs bles et absolument ui quelquefois nous quelle affectation à nifestations d’eux-
L’Asie, la Grèce, Rome (la Rome de Romulus). La spéculation, la science et la formule: ces trois mots traduisent les trois conceptions des connaissances humaines [A que notre humanité s’est autrefois formées, les trois aspects D. suivant lesquels elle a considéré les œuvres de son intelli- 15 gence. Quand ces trois points de vue se donnent pour contradictoires, la contradiction règne dans les domaines de l’intelligence humaine ; quand ces trois pensées vivent en guerre,
| l'art est l'expression de la guerre. 1
Si la paix se faisait dans ces domaines, au moins dans 1p la mesure où ce monde la comporte, l’art serait l'expression de la paix.
Jetons un coup d'œil sur l’histoire ancienne.
Qu’y voyons-nous ?
L’Asie, d’abord,
IT
L’Asie, c’est-à-dire un œil ouvert. Partout où les traditions n'ont pas été gardées intactes, la vérité se mêle d'erreur. Mais toute pensée,
vraie ou fausse, qui vient de l’ancienne
T, Ont toutes deux un carac-
tère commun. Pour définir ce Caractère, je cède la parole à Joseph de Maistre. J'ai besoin de l'entendre me parler de l'Orient. :
€ L'Asie, dit-il, merveilles, il n’est servé un penchant pour 1
re des plus grandes es peuples aient con- € Merveilleux plus fort que celui
€ L'aigle enchaîné demande-t-i] une mongolfière pour s'élever dans les airs? Non; il de
US. Et qui sait si mpler des Spectacl
© Quoi qu’il en soit, observez, je vous prie, qu’il est impossible de
, On la voit toujours arche et Drésentant
-dire la Contemplation, ale, c’est l'esthétique,
ntemplé et non celui vérité, qui viennent t, en tant que l’une outes deux un carac- , je cède Ja parole à endre me parler de
: des plus grandes Peuples aient conplus fort que celui et que chacun peut qu'ils ont toujours ur nos sciences de l encore la Science
mongolfière pour de seulement que >S peuples ne sont qui seront refusés en soit, observez, iger à la science nnée de toutes les les de l’art.
perdue dans les chargés de livres f les et de travaux, ante sur la route Son front sillonhaute antiquité, r la science des , la voit toujours he et Drésentant ien et de SUrnaéchappent d’une vé par linspiralaigneux semble
à Contemplation, est l'esthétique,
L'esprit de la Grèce, c’est la science, c’est-à-dire le travail. La Grèce ne contemple pas: elle juge, elle compare, elle mesure.
Son instrument, c’est le compas. La mesure! La Grèce est toute dans ce mot. Toute sa beauté est dans la proportion.
Le sublime lui est inconnu, car le sublime, c’est ce qui échappe, non pas à la mesure (il faudrait pour cela échapper aux lois de la création, et en dehors de la loi on n’atteindrait que le désordre), mais à Ja mesure commune, à la mesure ordinaire, à la mesure telle que les hommes ont coutume de la déterminer. Le sublime est une quantité incommensurable avec nos habitudes, parce qu’il touche une habitude plus haute, C’est un chiffre que nous ne nommons pas dans les comptes de nos affaires: c’est un angle inconnu.
L’angle grec est l'angle habituel. L'architecture grecque est l'œuvre de cet angle. Ce n’est pas l’architecture de la spéculation, c’est celle de la science.
La sculpture grecque, c’est la ligne droite, la ligne facile à mesurer. Sa beauté n’est pas violée, ont dit les Allemands, même par la douleur. Voyez Niobé. J'ajouterais que cette même beauté n’est Pas, non plus, violée par le sublime,
Quant à la tragédie grecque, c’est la sculpture grecque en mouvement: les acteurs portent le masque et parlent à travers le porte-voix.
La sculpture égyptienne est hiératique; son caractère, essentiellement typique et symbolique, lui permet de ne Pas représenter la forme humaine, mais lui ordonne de représenter toujours une idée. Ce n’est jamais un homme qu’il s’agit de montrer, c’est toujours quelque chose de sacré et de mystérieux qu’il s’agit de faire comprendre. Le caractère hiéroglyphique est toujours là: le langage de l'Orient, c’est le symbole,
En Grèce, la Statuaire n'est plus directement au service de la religion: elle est au service de la race; elle n'exprime plus le mystère, elle n'exprime pas encor: individu: elle exprime le type, Si elle réprésente un C'eu, c'est ce dieu de l’Olympe, qui n'est ni caché, ni terr ble, ni grandiose,
men
msn à
ce dieu qui est un Grec, e dans les domaines humains.
Plus l’art est antique, plus il exprime l’idée générale : plus il s'éloigne de son origine, plus il tend à ne traduire qu’une idée particulière.
La Grèce arrache l’art du s et le place sur Je i
t qu’on coudoie en se promenant
de la patrie.
Car la Grèce avait succédé à l'Asie,
de Romulus, la Rome de Ja louve, est jà qui guette sa proie,
et sa proie c’est le monde ; nous voulons dire le monde d’alors, et c'était vraiment la Grèce qui le représentait,
mais Rome, Ja Rome
Le jour où Rome dévora la Grèce, science,
la formule dévora la
à lera les vaincus: ;
ou ont mn) em ee ss 2
oïie en se promenant
ime l’idée générale :
| tend à ne traduire
l'avait posé l'Orient, uté humaine, excluecque,
tel plus petit encore
ais Rome, la Rome qui guette sa proie, re le monde d'alors, entait.
formule dévora la
culatif et que la €: voyez ses lois.
et elle écrit Jes Ses généraux enobligent ceux qui ils endommagent ance des recettes.
étouffait froide- Ë ons des vaincus,
duit en formule.
rature grecque,
univers conquis ira la formule.
la leur prendra, ainqueur croira quelque chose, à
eux, races inférieures, qui n’ont pas su se défendre; il leur demandera leurs secrets. Mais les secrets ne se prennent pas, ils se donnent: ils se donnent aux amis, car le secret, c'est la moelle de la vie, et quand l'ennemi veut les prendre, il n’arrache que leur formule. Le secret de 1: èce c'était la beauté; Rome, en dépouillant la vaincue, c ui prendre cette beauté, mais quand elle ouvrit ses mains victorieuses Pour montrer sa proie au monde, ce fut un squelette qu’elle riontra.
Elle n’avait que la formule des belles proportions.
En général, celui qui veut copier l'élégance atteint la grossièreté. Ce culte des proportions, qui avait fait la splendeur d'Athènes, devint à Rome le culte de la masse et l’adoration de la solidité. La Grèce avait adoré la beauté, Rome n'adora que la force.
C'est un spectacle magnifique que de voir aux prises la spéculation, la science et la formule, parées sous ces trois noms: L’Asie, la Grèce et Rome. Chose bizarre! la victoire a toujours marché en descendant.
La Grèce a vaincu l'Asie à Troie. Elle a raconté sa victoire, et voilà l’Zliade. :
Rome a vaincu la Grèce, le jour où elle a posé sa première pierre. Sa fondation, c'est sa victoire. Elle a raconté cette victoire, et voilà l’'Enéide.
Mais ne me suis-je pas trompé quand j’ai dit qu'Homère avait raconté la victoire de la Grèce sur l'Asie ?
Je me suis trompé ! Homère a raconté la lutte, mais Homère était du parti des vaincus. Homère aimait Hector, Homère a chanté en grec ses préférences orientales ; Homère a raconté la lutte, le Courage lui a manqué pour raconter la victoire; il a laissé ce soin à Virgile, au Romain Virgile, à Virgile dont la main ne tremblait pas. Vous croyez peut-
être que Virgile pleure sur Ilion, parce que, dans l’Énéide,