‹ L'homme [microforme]Chapitre 53 sur 55 · UX · texte numérisé non relu

UX

ire connaître

Beaucoup de Personnes, bien intentionnées et profondément inintelligentes, pensent que les Romans sont souvent de mauvais livres, mais le regrettent au fond du cœur et restent attachées à ces mauvais livres qui doivent être très amusants,

C’est cette erreur fatale, capable de corrompre l'esprit, qu’il serait bon d'abandonner.

Le cœur de l’homme est fait pour être heureux et rempli, et il n’a pas le droit de regretter le malheur et le vide. Le cœur de l’homme est fait Pour aimer, et voici le caractère universel des mauvais Romans: l'absence d'amour.

Les personnes dont je parlais tout à l'heure croient que le Roman représente la vie, le bonheur, le feu, mais qu'il

faut renoncer au bonheur par raison, parce que le bonheur est dangereux,

Le contraire est vrai exactement, Le Roman est le plus froid des livres. De plus, il a une passion très étrange qu'il

faut Constater, la passion du malheur, et il faut renoncer au malheur, parce que le malheur est dangereux.

Le Roman a Ja passion du malheur,

Il aime à boire le sang, Comme un vampire, le sang qui coule inutilement, Il est friand de la substance humaine. Il a du plaisir à voir couler les larmes, pouvu qu’elles coulent en vain. Savez-vous quand il est fier? Il est fier quand il a accumulé un certain nombre d’horreurs, et qu’il vous les a fait déguster. Il est fier quand il à étalé sous vos yeux, dans les convulsions de leur agonie, les victimes de La fatalité:

boire et faire boire le sang du cœur. Comme ce sang ainsi versé ne désaltère pas, le lecteur, de plus en plus ennuyé, et prenant toujours 50n Supplice pour son remède, crie: Encore! encore! Et le Roman verse toujours, et toujours

tt em

l'abime se creuse, et l'ennui grandit,

abime | comme une plaie qu’on élargirait Pour s'amuser.

naïtre en face de la douleur. Ce

Cette tentation Certains Romans. I impossibles à lire, Mais ’

Z-VOUS que l’amour-propre est à Ois qu'il y a une bêtise à faire ? Eh bien, est réelle, et il faut y qui a lu avec complaisance arrivés à des héros, peut

héroïque, 11 croit que le malhe ou les apparences de l’héroïsme. L'hé

même en apparence : mais le malheur est venu Souvent, même en réalité.

mort s’ensuive, Il faudrait, en face des héros romantiques, Pousser des éclats de rire Capables d’ébranler le monde, Ce bruit est peut-être le seul bruit qui les réveillerait de leur sommeil

Le substantif Roman a formé deux ad;

et Romantique. Ces deux adjectifs répondent, le premier au Roman antique ; le second, au Roman moderne,

Les héros

bran titué souv la so

€ une plaie qu’on

ertige de l'ennui, nçoit un certain le malheur du à l'homme, peut ge, mais cela est ennuyés peuvent

s la forme d’un ppelle ceux qui ‘pend de l'esprit pure où impure enter aux yeux le même effet pleins d’ennui,

le succès de qu’ils semblent lecteur vient ’amour-propre -propre est à aire? Eh bien, » et il faut y complaisance S héros, peut € paraître ra l’Léroïsme n'arrive pas, )uvent, même

» Se moquer,

pousser des ce bruit est ur sommeil,

omanesque le Premier, : Les hérne

Peu à peu

Souveraineté de la mort Ja Souveraineté de ja vie,

des anciens Ro indiquer leur L'absurdité de

mans étaient romanesques: ce mot semble goût pour les hasards intérieurs de l'âme, cette phrase répond à l'absurdité de ja chose,

Ce qui caractérise en général le mauvais Roman, c'est le mépris de la paix.

rer la paix comme une chose négative, faite pour les petites gens, et l'agitation comme le sublime monopole des grandes natures, Son espri

ant, brüle éternel- , l’encens magnifique hauteurs où repose l'œil de Dieu. Elle Porte dans son sein im de l'amour et l’activité du sacrifice de louanges,

L’agitation p:

inutiles et « yées da les mares de boue,

Le jour où l’homme serait l'ennui est dans la que l’erre est brülan

lentement et vainement ses victimes ns les ruisseaux d’eau froide et dans

parfaitement convaincu que Passion et que la joie est dans l’action :

ur est froide parce qu'elle est agitée : que la vérité te parce qu’elle est calme, ce jour-]à l’homme regardera avec étonnement son histoire.

Le récit, comme l'Histoire, doit, pou pour donner

de Dieu. La présence de Dieu est [’ humaine de t

au plus haut degré, la négation d

éviter l'ennui et faits la présence arome qui empêche la vie Le mauvais Roman a été, € la présence de Dieu.

» S’oppose la Providence,

La fatalité est inexorable, et les amis de la mort se sont adressés à elle pour lui demander ses horreurs compliquées, nomhreuses et stériles, La miséricorde est le contraire de la fatalité. Les amis de la vie ne pourraient-ils pas demander à la miséricorde la loi de l'Art; ne pourraient-ils puiser à cette source vive et ardente l’eau pure, l’eau saine, et remplacer la stérile, affreuse et monotone complication des ténèbres par les jeux variés, libres, féconds, magnifiques, resplendissants de la lumière? Ne vous semble-t-il pas que le drame véritable, celui qui se souviendrait de son nom, celui qui voudrait être un acte et faire un acte, aurait pour clef de voûte la miséricorde? La miséricorde est large, généreuse, imprévue, féconde, active et hardie! Elle n’a peur de rien, et le mal s’évapore devant elle. La fatalité est droite, timide, prévue, sèche et passive.

Le mauvais Roman vous montre du doigt la chute, comme le terme inévitable de toutes les tentatives. I] décourage, il abaisse, il ennuie l’homme, il lui donne le choix entre une vie plate, qui ne mène à rien, et un héroïsme faux, qui mène au précipice. Il oublie et fait oublier la grandeur vraie, qui mène aux cieux. Il produit le dégoût, la terreur, l'inquiétude, la pitié vaine! Il oublie l'admiration, acte sublime et rare qui ouvre la source des larmes!

Ce qui corrige une élévation fausse, ce n’est jamais l’abaissement : il est aussi impuissant qu’il est vilain; ce qui corrige une élévation fausse, c’est une élévation plus haute et plus vraie. Pour trouver la vie, c’est toujours en haut qu’il faut regarder. L'homme vraiment positif est celui à qui Dieu donne la force de lever les yeux continuellement. Ce n’est pas l’égoïsme qui corrigera l’élan faux du cœur: ce sera un autre élan, ardent et vrai. Ne serait-il pas beau, grand, magnifique et possible d’étonner par les foudres de la miséricorde ceux qui s’étranglent volontairement dans les lacets de la fatalité? N’est-il pas temps que la loi de Dieu se montre comme la loi du vrai, apparaisse comme la loi du beau, et que toutes les choses défigurées par la contradiction monotone de l'erreur apparaissent transfigurées par l'unité du vrai qui embrasse tout, excepté le faux?

la mort se sont irs compliquées, contraire de la s pas demander ent-ils puiser à | Saine, et remmplication des Is, magnifiques, e-t-il pas que le son nom, celui urait pour clef rge, généreuse, à peur de rien, : droite, timide,

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jamais l’abaisce qui corrige haute et plus haut qu’il faut i à qui Dieu nent. Ce n’est ir: ce sera un beau, grand, es de la misélans les lacets ieu se montre u beau, et que ion monotone inité du vrai

Le style est une puissance qui, comme toutes les puissances, a besoin d’être vengée. La funeste parole qui représente une si grande chose, est une des paroles les plus déshonorées qu’il y ait au monde. Cette association d’idées dont j'ai parlé souvent, et dont je parle encore aujourd’hui, nous a donné l’habitude de considérer le style comme l’art de coudre les mots à la suite fes uns des autres, l’art d’arranger les phrases avec une symétrie vide, élégante, insignifiante. Pour les N} LA

’ rhéteurs, le style, comme presque toutes les beautés, le style If est une chose négative; dans leur pensée, il s’agit, pour bien Ë écrire, d'éviter une mutitude d’inconvénients, les locutions Î qui ne sont pas nobles, les expressions trop familières, les mots durs à l'oreille; et quand on a rempli ces conditions mécaniques, qui ressemblent, par leur multiplicité et leur | niaiserie, aux conditions d’un jeu, on sait écrire, et on mérite \! le premier prix.

Pour juger les écrivains à ce point de vue, et leur assigner des rangs, il y aurait un moyen: ce serait de compter les fautes, comme au collège. Cilui qui en aurait le moins à son compte serait proclamé le premier. Ce procédé aurait le

mérite d’être un aveu. Il avouerait notre pensée secrète;

il avouerait que nous regardons l’abstention absolue comme

À mn

mr mm

Vous est donnée que dans ce but.

la perfection, et que, pour nous, celui qui a le mieux fait.

Le style que les rhéteurs aiment et recommandent est fait à l’image du néant. S: quelqu'un pense, ; Mais si quelqu'un parle, cela les choque onnent pas au style, c’est

Leurs conseils, ou, comme ils Pourraient se résumer ainsi:

ce soit la meilleure route, j’admets l’hypothèse où, entraînés par l’ardeur inexpéri âge, vous vous sentiriez portés vers une opinion plutôt que vers l’opinion contraire. J'espère que ce malheur vous arrivera rarement. Mais il faut prévoir tous les cas, même celui où la tentation vous prendrait de croire un cas étrange: mais l’homme est faible PaS parfaits. En admettant donc cette te quelque chose, le devoir d’ muler, autant que possible.

avoir recours à ces heureu seigne; il faut dire: peutde s'exprimer ainsi.

«La pensée est déjà bien assez odieuse par elle-même. Si, par malheur, vous en avez une, il faut au moins la détruire, autant que possible, à l’aide de la parole, qui ne Si vous avez une pensée, originalité, Si vous alliez

un bon écrivain est de la dissi- Pour éviter l'affirmation, il faut

vous êtes par là même suspect d’

celui qui n’a rien fait est q

n'a rien fait est

ommandent est cela les choque Cela les choque S au style, c’est ent en lui, c’est ou, comme ils nsi :

aut rien penser, ; Car la pensée, ines personnes sprit dans l’atz beaucoup vos ennuyez vousen de leur paas leur semble e-là, vous êtes quelque chose, tefois, comme néant, quoique èves, j’admets entée de votre on plutôt que ur Vous arri- S, même celui e chose, C’est s ne sommes on de croire de la dissiation, il faut hétorique enil est permis

r elle-même.

au moins la role, qui ne une pensée, vous alliez

en outre l’exprimer avec énergie et vaillance, vous entreriez tout à fait dans la catégorie des fous. Ah! si vous avez une pensée, du moins jetez un voile sur cette honte: et ce voile, c'est la parole. Si votre style effacé et mort ressemble à celui de tout le monde, on vous pardonnera peut-être l’inconvenance d’avoir une idée. Effacez donc tout ce qui serait élevé, profond ou large: effacez tout ce qui, dans votre parole, révélerait clairement votre pensée et votre âme, et votre caractère et votre personne; faites ces phrases longues, balancées, anodines et impersonnelles, qu’on a lues partout, avant de les lire une fois de plus dans vos pages.

« Ressemblez à tout le monde, et même, si vous avez le “alheur de dire quelque chose, ayez encore l'air de ne rien “re: car la parole a été donnée à l’homme pour dissimuler sa pensée, non pas même par une négation hardie, mais au moyen d’un voile long, traînant et élégant. »

C'est ainsi que parle la fausse Rhétorique. C'est ainsi, du moins, qu’elle parlerait si elle osait parler. Mais elle n’a pas même le courage de dire qu’elle n’a pas de courage; elle n’a pas même la force de sentir sa faiblesse. Elle ne voit pas assez loin en elle-même pour apercevoir sa nullité.

Elle a bien la pratique du Néant. Mais elle n’est pas assez intelligente pour en avoir la théorie. Elle ne se connaît pas plus qu’elle ne connaît autre chose. Elle ignore sa propre forme, Je viens de ‘la lui présenter, En la regardant, elle ne la reconnaîtra pas. Elle la trouvera exagérée; pour la corriger, elle la dissimulera sous des peut-être et des à peu près. Par là, elle me donnera raison, plus que je ne puis donner raison à moi-même. Car je n'ai pu donner que la formule du Néant. Elle en saurait donner l'exemple et la pratique. En adoucissant par mille restrictions la crudité des paroles beaucoup trop précises que je lui prête, elle en démontrerait absolument la vérité et l'exactitude. Car si elle les prononçait mot à mot, elle les comprendrait; et par là même les démentirait, puisqu'elle dirait quelque chose.

Oublions maintenant la fausse rhétorique. Elle peut être utile un moment, parce qu’à force de prêcher le faux elle en inspire quelquefois l’horreur, et met, de cette façon, sur la route du vrai. Mais, maintenant, oublions-la.

= + pe he -

me om

Qu'est-ce que le style ?

Le style, c'est la parole humaine. La parole kumaine doit être franche et discrète. Pour réunir en un mot ces deux mots,

| elle doit être vraie,

La vérité, qui est la loi de la pensée et la loi de la vie, est aussi la loi de la parole et est toujours la même vérité.

L'erreur, qui scinde tout, a trouvé le moyen de donner une certaine direction à la pensée, une autre à la vie, une troisième à la parole, d'inventer pour toutes ces choses des règles diverses et contradictoires.

Réveillons-nous. Ouvrons les yeux. Apercevons la plus simple et la plus inaperçue des choses: l'Unité de la loi.

La vérité, c’est la vie. Il est clair que l’homme doit vivre dans la vérité,

Il est clair que la pensée de l’homme doit être conforme à la même vérité que son acte, puisqu'il n’y a pas deux vérités

) contradictoires.

Il est clair encore que la parole de l'homme doit être conforme à la même vérité que sa pensée et son acte, puisqu’il n’y a pas trois vérités contradictoires.

li Ainsi l’homme doit: Vivre dans la vérité ; Penser comme il vit:

Et parler comme il pense.

Voilà la loi du style. Nous sommes ici en pleine simplicité, parce que nous sommes en pleine vérité.

Est-ce à dire que le style de tous les hommes devra se ressembler

Non pas; car si la vérité est une, nous sommes divers entre nous, et les impressions que nous recevons d'elle sont toujours diverses, sans jamais être contradictoires.

Le même soleil fait fleurir les lis et fait fleurir les roses. Les lis et les roses s’assimilent diversement la même lumière et la même chaieur, parce que leurs capacités, leurs besoins, leurs aptitudes intérieures diffèrent, sans se contredire.

L'erreur est monotone et contradictoire. La vérité est une et toujours nouvelle. Elle laisse à chacun son style.

Les idées qu’un homme exprime sont la propriété de tous. Mais le style de cet homme est sa propriété particulière.

le kumaine doit ot ces deux mots,

la loi de la vie, la même vérité.

oyen de donner re à la vie, une ces choses des

rcevons la plus té de la loi.

mme doit vivre

: être conforme Das deux vérités

mme doit être son acte, puis-

eine simplicité, nmes devra se

sommes divers ons d’elle sont toires.

urir les roses.

même lumière , leurs besoins, ntredire.

La vérité est son style.

priété de tous.

articulière.

Placez les mêmes mots dans la bouche de deux hommes: ces deux mots ne rendront pas le même son.

Un homme parle: la sphère sonore qui l’entoure est large; les vibrations de sa voix retentissent dans le monde intelligible, il vous ouvre une fenêtre sur l'infini.

Un autre homme parle: il articule les mêmes syllabes; la sphère sonore qui l’entoure est étroite, et sa voix ne porte pas. Vous n’avez rien entrevu au-delà du sens immédiat des paroles qu’il aura prononcées.

Le style, c’est l’explosion de notre personne: c’est notre création.

L'idée que nous exprimons, nous ne la créons pas. Mais nous créons notre style. Un homme peut, sans être un homme de génie, voir une grande vérité. Mais pour la dire, cette vérité, en termes définitifs, pour la parler dans un langage immortel. pour la signer de son nom, pour l’associer, aux yeux du genre humain, à cette signature, il faut être un homme de génie. Le lieu du génie, c’est le style: le style est sa résidence, sa preuve, sa marque :: sa gloire. Quelque chose que vous disiez, si le style vous manque, la gloire vous manquera.

Le style ne peut pas être remplacé par la pensée, quelque splendide qu’on la suppose. Rien ne dispense de lui. Il est la condition de la gloire; comme elle, à mériter, et comme elle, à conquérir.

Nous disons d’un homme qu’il parle une langue, quand il la parle enfin comme il la veut parlir. C’est qu’en effet la langue, et surtout la langue française, ne se livre pas à tout venant : elle exige une lutte et ne se rend qu’à qui ia dompte. L’'humanité, qui est si dure pour le penseur, ne consent enfin à l’admirer que s’il sait forcer, par la splendeur de la parole, son admiration récalcitrante. Elle s'incline de force sous le coup de la parole, et sembie dire malgré elle, en parlant du grand écrivain qui a lutté contre son idée pour la saisir, contre la langue pour la dompter:

Qu'il règne avec éclat sur sa propre conquête , Et que de sa victoire il couronne sa tétei

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Quand un homme a conquis son style, il perd, comme les souverains, le plaisir de l’incognito. On le reconnait dès qu’il parle. Il se trahit dès qu il apparaît.

La rhétorique vous conseille d’imiter les grands écrivains. Elle croit qu’ils ont une recette et qu’il suffit de la prendre. Leur recette, c'est d’être eux-mêmes, Leur personne est inviolable et nul ne peut se l’approprier, Tout ce qu’on peut faire, c’est de “oler leur habit. Et voici la punition du voleur: l’habit volé ne {ui va pas, il est trop grand pour sa taille.

Donnez à un homme les idées d'un autre homme; donnezlui tout: le plan d’une œuvre, l’ensemble et les détails, les matériaux, tout, jusqu'aux mots, jamais les deux œuvres ne se ressembleront.

Le grand écrivain et l’autre seront éternellement séparés par un abîme. Chacun d’eux aura son style.

Le style! voilà la grande parole! voilà le nom du secret, Mais quel est le sens de cette parole? qu'est-ce que le style, en vérité ?

La même idée, pénétrant dans mile intelligences, en sortira sous mille expressions différentes. Ces expressions varieront comme variera le travail secret que l’idée aura fait en chacun de nous. Notre expression résultera de l'élaboration que l’idée aura subie dans notre âme. L'idée donnera à notre parole l'aspect qu'elle-même aura p'is en nous. Absorbée en nous, elle entrera dans notre moule, s'y façonnera et dira, en se manifestant au dehors, l'expression que notre intelligence particulière lui aura donnée. La relation qui se sera établie entre elle et nous sera manifestée par la parole. Notre style, c'est la signature de notre personne apposce sur une idée ; notre style, ce sont nos armoiries ; c’est notre empreinte, notre effigie, notre couronne qui se frappe d'elle-même sur

le métal chaud, sur le métal encore en fusion.

La même loi vit partout: c'est la loi de l'univers. C’est l'unité qui fait la beauté des corps. La beauté, battant monnaie sur la matière, imprime l’efigie royale sur cette masse inerte et indifférente.

Le style de l’écrivain et celui du rhéteur différeront donc, comme une fleur d’églantier qui brille dans un buisson diffère de limitation qu'on en peut faire avec du papier.

Le premier sera organique, le second sera mécanique.

il perd, comme le reconnaît dès

yrands écrivains.

it de la prendre.

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féreront donc, buisson diffère ipier.

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Le style organique, c’est la parole vivante au service de l'idée vivante. Le style mécanique, c’est un arrangement de M] mots fait au profit de certaines conventions. Le style orga- |

nique va au cœur des choses et tranche dans le vif; le style mécanique glisse à côté d’elles: on croirait qu’il a peur de dire, parce que sa conscience est mauvaise. Le premier est libre, franc, déterminé, hardi; il est sans peur parce qu'il est Fhs sans reproche. Le second est timide, faux, indécis, lâche et menteur. Le premier est essentiellement personnel; il exige que l’homme pense et parle comme il pense ; qu’il croie actuellement, intimement, vivement tout ce qu’il dit. Le second glane de ous côtés quelques fleurs flétries qui ont déjà servi mille fois; il est composé de vieux lambeaux. Le premier serre de si près la pensée, qu’il fait corps avec elle. Vous ne pouvez le détacher d’elle, admirer l’un sans l’autre, et penser la même idée sans vous servir des mots qu’elle-même semble avoir choisis pour s'exprimer. Le second est une draperie flottante qui se joue autour de la pensée sans la toucher jamais. Le premier est un combat; le second, une passe d’armes.

J'appelle le premier organique, parce qu’il sort vivant de l’idée, comme la fleur sort du germe; sa beauté est le rayonnement extérieur de la beauté intérieure qu’il nous révèle; il sait mettre en saillie, en relief, en évidence tous les aspects de la pensée; il fait éclater les splendeurs latentes ; il promène partout la lumière de la parole: il illumine les sentiers, il met le feu aux poudres, afin que la détonation et la flamme réveillent les endormis.

J'appelle le second mécanique, parce qu’il est le produit artificiel d'éléments extérieurs et de pièces juxtaposées: son élégance est misérable, car elle est empruntée: elle ne lui appartient pas, e:le vient du dehors. Il existe entre ces deux styles la même différence qu’entre l’homme vivant et l’automate, Le style organique a des allures à lui: il a des tendresses et des ardeurs, il a des mouvements imprévus, variés, spontanés comme la vie; il change d'expression, comme une physionomie humaine qu’il est: il est vivant et pénétrant,

grands écrivains, ou ceux qu’elle appelle ainsi Conseil ridicule, le

Conseil sérieux, I] peut se faire dans le génie d’un grand homme, imprégné; que quelque chose de 1 condition, toutefois, que vous le méritiez et tiez aux rayons une surface pénétrable, par la copie, par la découverte d’un p Communication intime de chaleur et d nourrit pas, comme les animaux de race inféri position: il se nourrit par assimilation, Or 1

comme le feu et comme le regard. Le style mécanique a les mouvements compassés d’une machine.

Il n’a pas la grâce, parce qu'il n’a pas la force; il est immobile, et s’il fait semblant de se mouvoir, ce mouvement est plus froid que son immobilité. On y.sent l'intention du mécanicien qui voudrait, par moments, l’étouffer, : et qui, n'ayant pas de chaleur à sa disposition, fait jouer un ressort.

Le style mécanique est quelquefois élégant, dans le sens faux de ce mot.

Le style organique est toujours simple: mais sa simplicité

a la permission de ressembler à celle de la foudre, quand

deux nuages éléctriques se rencontrent dans l'espace, un jour d'orage.

plein, ferme et chaste, à la fois expansif et contenu. II porté avec lui cette pudeur des grandes pensées et des émotions profondes qui, d’autant plus calmes qu’elles sont plus ardentes, ont de la discrétion jusque dans leur splendeur: il a l'intégrité des Corps durs qui ont le feu caché dans leurs veines; le feu est le grand Purificateur ( mp, en grec, feu), Ce Style-là a passé par le feu; c’est un rocher, c’est un: diamant.

Le style mécanique est mollasse et visqueux.

Si le conseil de la rhétorique, le conseil d’imiter les

» est un Conseil de se les assimiler serait un , en effet, qu’en vous plongeant Vous en soyez pénétré, ui passe en vous, à la que vous présen- Cela ne peut se faire rocédé, mais par une € vie. L'homme ne se curé, par juxta- ’écrivain donne

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son style, c’est-à-dire sa parole, c'est-à-dire lui-même. Il est permis de s’en nourrir.

J'ai essayé de dire, d’une manière générale, ce qu'est le style de l’homme.

Je vais essayer de raconter ce qu'a été le style des hommes.

Jetons un coup d'œil sur les écrivains: il se classeront eux-mêmes en trois catégories.

Il y a, parmi eux, la classe des enfants. L’homme-enfant se regarde et regarde autour de lui; il s'étonne, il admire: il s'étonne de tout, il admire tout. Il se contemple parlant et agissant, avec une stupéfaction naïve et une joie enfantine. Il ne songe pas encore à mieux parler et à mieux agir. Il se complait dans ce qu’il a, comme l'enfant dans son premier joujou. Il regarde autour de lui. Il trouve que la lumière est belle, et il le dit. Il regarde la matière, et il la peint par ses paroles; il la peint, voilà tout. Il ne songe pas nettement au genre de rapport qu’il peut avoir avec elle: il aime, dans les choses, les choses elles-mêmes.

Le poète-enfant a pour type Homère. Il s’en faut qu'Homère soit l'idéal dù génie humain. Si l’antiquité ne l’a pas

surpassé, c’est qu’elle l’a imité toujours, et l’imitation interdit :

la supériorité. Nulle copie ne dépasse son modèle, L'homme peut surpasser Homère et ie surpasser immensément:; mais Homère reste un enfant immortel. Les épithètes caractéristiques qui ont adopté son nom, les épithètes homériques, si choquantes dans toute traduction, s'expliquent par l’âge du poète, par le caractère de l’enfance. Homère regarde beaucoup plus qu’il ne réfléchit. Il regarde son Achi!le, et comme la légèreté des pieds est une qualité visible, frappante pour l'œil d’un enfant, il associera désormais cette qualité à l’idée d'Achille indissolublement, et Achille sera toujonrs pour lui Achille aux pieds légers. S'il nous le montrait blessé, s’il nous le montrait paralysé, il l'appellerait encore Achille aux pieds légers, comme il nomme Jupiter sage, même quand il

D ner rs ete mpe né anna mena eanmennene anni reine Serrure

ne nm Sms le dis :

Te y rY sé

eee em

mi,

le montre dupé, moqué, trompé, insensé, L’épithète homé-

rique ne provient pas d’une réflexion faite

, L'une est blanche, l’autre grise ; celle-ci basse, celle-]à très haute. Plus tard, il montera sur

les tours de N otre-Dame et verra la ville. Alors il s’orientera,

e, il apprendra le chemin, En

ervir. L'enfant ne les

orte à lui. Ce retour sur lui-même va modifier profondément sa manière de dire.

Tout à l'heure, il parlait pour peindre; maintenant il va Parler, afin de parler bien. Le voilà

il parle. Homère va faire place à Virgile.

: Par malheur, l’homme, épris des beautés de l’enfant, va tâcher de limiter. Voilà pourquoi l'épithète homérique,

PEAR ON = de D “QU Re EP ee

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De

L'épithète homé- > au moment où nne constatation ille courait, Hoémerveille et ne Pour nous dire c'est l'enfant qui après les autres, Pour en choisir 1e, l’autre grise; il montera sur rs il s’orientera, à le chemin, En jamais quelque Il se promène i longtemps. I] 1 s'arrête, sans Nous pouvons comment toute à dit, ailleurs, terprétait pas:

pas toujours.

re maintenant 15. L'humanité l’homme sera our les voir, enfant ne les 1. Ce retour nière de dire.

tenant il va te. Sa parole e sa détresse;

> Composition

un spectacle

à exploiter;

e à lui quand

l'enfant, va homérique,

acceptable dans Homère, est ridicule dans Virgile: c’est qu'Homère la laisse glisser sans paraître l’apercevoir, tandis que Virgile, écoutant et mesurant avec le plus granu soin toutes les syllabes qu’il prononce, quand il dit un mot, fait exprès de le dire. Si l’on passe tant de choses à Homère, c'est qu’on ne compte pas avec un enfant, Si Virgile provoque la susceptibilité, c’est qu'il est homme du monde, Ce n'est pas un enfant, ce n’est pas non plus un ami: c’est un homme du monde et un homme d’affaires qui a fait toilette pour vous parler, et qui se complait dans la mélodie de ses paroles. Il n’a ni assez d’inexpérience ni assez d'expérience pour s'oublier en vous parlant. Il n’a plus l’enfance et n’a pas la maturité. Il a désappris l'abandon et ne l’a pas encore réappris.

Nous aimons Achille aux pieds légers, et nous n’aimons pas le pieux Énée: c’est qu’Achille est de bonne foi dans sa rapidité, Énée ne l’est pas dans sa piété. Ulysse cherche Ithaque, pour voir encore la fumée qui s'élève le soir audessus des toits de chaume. Énée est conduit en Italie par des considérations religieuses et politiques qu’il ne semble pas comprendre. Il n’est pas sérieux et ému ; il a l’air grave comme un niais. Sa piété, de même que la bravoure de Gias et de Cloanthe (fortemque Giam, fortemque Cloanthum,) apparaît dans les moments critiques, réclamée par la mesure du vers. Mais l’auteur lui-même semble la traiter légèrement. Remarquons que l’épithète homérique porte presque toujours dans Homère sur une qualité extérieure qui est vraiment là où on la constate; dans Virgile, elle porte sur une qualité à laquelle l’auteur n’a pas l’air de croire: Homère a vu courir Achille. Mais si Énée était pieux, si Cloanthe était brave, à coup sûr Virgile n’en savait rien, et plus il le répète, moins il a l’air de le savoir.

Les critiques, en admirant Virgile, ont l’air d’attribuer la décadence qui l’a suivi à l'excès même de sa perfection. Ils ont l’air de croire qu'après lui l'humanité est descendue, parce qu’elle ne pouvait se tenir longtemps à une pareille hauteur. Cette vue est peu profonde. Si la décadence a suivi Virgile, c’est, je crois, non malgré lui, mais par lui. Si elle s’est développée après lui, c’est qu’il en portait le germe.

re + nm

ne mn meme

te.

me,

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DE. « . 4 + de "" an tonnes ee — = = = — .

me

Dans le Style, le genre de la décaden mot cherché pour lui-même. L'habileté de Vir cacher ce germe de mort sous disposition ; mais il le voila, sans 1 nature, la tendresse et la mélancoli Parure vraie à Virgile: Nisus et val sont là pour l'attester, Mais la phrase, était toujours là, Q

Surent imiter la facture mécanique du ve trie de la phrase,

Ovide se plaignait d’ê que seul au milieu d’eux il parlait une 1 qu'Ovide se vantait. Il faisait l’inco certain qu’au fond ces barbares le comp i Ce qu'il y a de plus contraire à la barbarie,

ce qu’il y a de plus conforme à la barbar L'affectation devait ré:

LA

t-à-dire simple, il eût été réellement incompris et réellement moqué, On l’eût mis à la porte, et on eût fort bien fait. Chez les barbares, il avait un public ssements n’ont pas dû manquer.

Nous avons vu, dans Homère, l’homme-enfant aimer naîvement et célébrer joyeusement les choses et les mots; nous avons vu, dans Virgile, l’homme, destitué de l'enfance, et encore loin de la maturité, aimer avec recherche et célébrer

avec ostentation, comme un moyen de fortune et de gloire, les choses et les mots.

Que fera donc l’homme mûr ?

ce, c'est le culte du

la parure fausse, le culte de r, la fausse critique admire

meil sous les arbres; mais ils

rs virgilien. De 1à

for

est le culte du Virgile fut de u'il avait à sa sentiment de la ime furent une nce et son chesse, le culte de ritique admire es qualités, Ce on des autres beaucoup plus lon sur celles-

pas à Virgile

ils ne surent

ne surent pas bres; mais ils rgilien. De là e.

rbares, parce | lui, Je crois nais je suis et l'aimaient.

la simplicité ; l'affectation.

1e sont saue avait fait s une société t été réelles à la porte, it un public nanquer.

fant aimer t les mots; e l’enfance, et célébrer : de gloire,

L'enfant, en face des choses et des mots, les rapportait à elles-mêmes et à eux-mêmes. Le jeune homme, en face des choses et des mots, les exploitait, les rapportait à lui.

L'homme mûr, en face des choses et des mots, les rapportera à la pensée : x':'les doivent servir, à la pensée qu'ils doivent exprimer.

En face d'u vaissea, Homère admirait l’arrangement extérieur du bétinisnt; V rgile pensait à Énée et aux conséquences politiqu« du voyage: le troisième penserait au grand voyage et à ‘.. grande arrivée.

Le premier style a pour caractère l'enthousiasme de lui-même; le second a pour caractère la recherche de lui-même ; le troisième a pour caractère l’oubli de lui-même, C'est donc à celui-ci qu’il appartient de resplendir et d’éclairer.

Le grand style, le seul qui soit permis désormais, s’oublie : par conséquent il se trouve et se possède. La beauté souveraine se refuse à qui s’en fait un jeu: elle se donne à qui s'en fait une arme. Elle se refuse à qui veut se parer d'elle: elle se livre à qui veut se servir d'elle.

On prétend qu’elle a des caprices. Je crois que voilà la loi de ses caprices.

J'entends votre objection.

— Vous ne voulez donc, m’allez-vous dire, compter, parmi les écrivains, que les grands écrivains? Vous n’admettez que le premier rang? Vous ne comptez que ce qui est sublime ?

Pardonnez-moi. Cette loi si simple de la simplicité, cette obligation de parler pour dire, et non pas pour parler, est vraie à tous les degrés de l'échelle intellectuelle.

Platon l’a connue dans certains moments. Quand il est sophiste, c’est-à-dire, hélas! bien souvent, il l’a totalement oubliée. Les sophistes sont les rhéteurs de la philosophie.

Tacite parle pour exprimer sa pensée. Sa parole est simple, forte et brève. Tout ce qui est fort est bref. Tacite a donné

à la langue latine une énerg jamais connue.

Il suffit de penser à Cicéron, qui est l’Ovide le type du rhéteur, pour apprécier Tacite, l'œil la distance qui les sépare, Pour Cicéron,

Rome, c’est la république, la ville, l'État. P est vivant : il nomm

e les individus par leur nom.

fois la vigueur sereine des grandes justices.

nd écrivain de la langue latine: il est le plus grand écrivain de l'antiquité classique.

Mais ie ne crois Pas qu’on ait découvert où est la beauté de cette parole ; elle n’e

tout cntière dans le mot: étonnante.

Changez ce mot, il n’y a plus rien!

l'étonnement de Bossuet nous rend 1!

dirait qu’il ne peut, lui, Bossuet, s’h exprime, Bossuet monte en chaire et, tout à coup, terrifié comme s’il ] première fois, dans la chaire d s'étonne de la mort.

ie que, sans lui, elle n'aurait

de la prose et en mesurant de tout est abstrait.

our Tacite, tout

Il a presque des grandes colères, et quelque-

ui, elle n'aurait

e de la prose et en mesurant de out est abstrait.

ur Tacite, tout rm. Il a presque res, et quelque- Le style de cet taire, caractère é derrière eux, le grand style, | y a du silence late, la colère n qui éprouve la parole aux cite n’est pas latine: il est

e ne pas citer est de rendre > admiré dans élèbre exclamme un coup ne se meurt!

est la beauté ion, elle est ip de foudre.

i? C'est que he présente.

du coup de ’étonne avec ant lui. On pensée qu’il de la mort, face pour la 1e, Bossuet

Je ne peux pas non plus ne pas nommer de Maistre; il ya des noms qui s'imposent. Ne pouvant tout dire aujourd’hui, je vais seulement signaler entre ces deux gloires de la France, Bossuet et de Maistre, un contraste très frappant qui n’a frappé personne.

Bossuet étale sa pensée lentement, gravement, royalement, comme un manteau de pourpre; de Maistre serre la sienne.

Bossuet n’en exprime qu’une à la fois et la promène sur les hauteurs, isolée, exposée aux resards de la terre. Il prend en main la misère des choses humaines, pour la donner longuement en spectacle aux hommes. Il fait boire le calice jusqu’à la lie. Il répète continuellement, et jamais il ne se répète. Toujours il dit la même chose, et jamais il ne la dit trop. Il consacre les lieux communs, et quand il dit pour la cent millième fois que l’homme est mortel, sa grande voix a l’air de nous l’apprendre.

De Maistre fait précisément le contraire, — non par un procédé, mais par sa nature.

Il groupe un certain nombre de pensées, qui n’ont pas toujours l’air de se tenir, et les serre dans la même phrase, les unes contre les autres. Étonnées de se rencontrer, elles se regardent d’un air étrange, qui leur donne à nos yeux un aspect nouveau.

Dans une idée qu’il exprimerait pour la première fois, Bossuet montrerait le côté antique de la pensée. Dans une idée qu’il exprimerait pour la millième fois, de Maistre mettrait en évidence un aspect nouveau ou qui semblerait tel. De Maistre a toujours l’air de dire un paradoxe; Bossuet a toujours l'air de dire un lieu commun.

De Maiïstre cherche sans affectation les grands effets de style, ou, si vous voulez, les trouve et ne les cherche pas.

Bossuet dédaigne absolument tout ce qui ressemblerait à une intention.

Quand l'éclat vient à lui, il a l'air, en l’acceptant, d’avoir une complaisance.

De Maistre a des traits habituellement légitimes, Bossuet n'a pas de traits. La période est la forme naturelle de ce style, trop fier pour être haché, trop ample pour s'aiguiser jamais.

Remarquez que je ne rapproche ici ces deux hommes qu'au point de vue du style. Je n’ai pas parlé de leu: regard.

| De Maistre a la vue plus perçante.

| la pensée qu’il exprime, ; Bossuet dédaigne de la rajeunir est, armée de sa vieillesse, parée de avant d'arriver jusqu’à lui,

De Maistre rajeunit

* il la donne comme elle s âges qu’elle à traversés Pour se faire dire une fois de plus.

La loi de la simplicité, disais-je tout à l'heure, oblige à

tous les degrés de l'échelle intellectuelle. Je vais en donner un exemple.

Cherchons un homme qui n’ait jamais vécu dans le monde des idées, qui n’ait reçu la pensée ni de première main, ni de seconde main, qui ne l’ait absolument pas reçue; qui ait ignoré la Beauté; qui n'ait jamais levé la tête; qui ne soit pas poète, dans la grande acception du mot; qui n'ait fait choses, déjà racontées par que le petit mérite de l'invention ne lui appartient même Pas, — un homme pourtant qui se

un seul, rien qu’un,

de cette qualité unique par laquelle il y de raisons pour

, il est absolument impossible d’en ajout Il a su raconter, il a su écrire.

quelle puissance dispose-t-elle donc soit célèbre ?

Je ne crois pas que La Fontaine ait eu, sur la terre

er un second, O langue française! de Pour que La Fontaine

ant Ce cœur, où était

en toner

aistre rajeunit

ne comme elle lle a traversés le fois de plus.

ure, oblige à is en donner

ans le monde ère main, ni eçue; qui ait ; qui ne soit jui n'ait fait icontées par e l'invention rtant qui se

le grand, et 1ous a dites, l'un mérite, la puissance i avait tant

est le style.

à qui veut un second, inçaise! de a Fontaine

on passage s pas qu’il éternelles.

de saisir, r, où était

en lui la place de Dieu. Je ne crois pas qu’il soit possible, en l’écoutant, de surprendre un cri; ni qu’il ait senti vers quoi que ce soit, avant de se convertir, une aspiration.

€ Mon poids, c’est mon amour,> à dit un homme dont j'ose à peine prononcer ie nom dans une occasion si petite: c'est faire trop d'honneur à La Fontaine que de faire intervenir à propos de lui saint Augustin. Cependant la vérité est vraie à propos de tout, maxime: in minimis. De quel côté donc pèse La Fontaine? Aime-t-il une beauté vraie ou fausse, l'apparence seulement de la beauté ? Non pas. Quelques-uns ont l'attrait de la grandeur, mais ne savent pas où elle est; ils témoignent par là d’une élévation native qui s'égare. La Fontaine n’est pas de ceux-là.

Il ne désire ni la grandeur vraie ni la grandeur fausse: il ne soupçonne pas l'existence du sublime. Il garde (non pas son admiration, cette classe d'hommes n’admire pas) son éloge, pour l’habileté qui se tire d'affaire. Il a le goût de ja rouerie! chose épouvantable!

Son idéal, c’est le renard!

Je n’insiste pas sur le penseur et le poète. Il est tout entier dans ce mot: son idéal, c’est le renard. Parlons de l'écrivain.

Est-il écrivain ? Oui.

Le devoir de la critique, c’est de tenir compte de tout. Elle doit concilier l'enthousiasme donné aux grandes choses et l'attention donnée aux petites. Sa gloire est d’aimer et d'aider ce qui vole; mais ce glorieux amour ne l'empêche pas de compter les pas de ceux qui marchent. Jamais l’amour n'empêche de se baisser.

L'homme qui n’admire pas n’est jamais admirable. Nous n’admirerons donc pas La Fontaine. La critique doit réserver les paroles solennelles pour les hommes et les choses qui le sont. Il y en a qui ont osé parler du génie de La Fontaine.

Cette profanation des grandes paroles est plus fataie qu’on ne le suppose. Elle enlève aux choses vraiment grandes le respect des hommes. File compromet les vraies majestés, en saluant de leur nom ceux qui ne portent pas la couronne, Non, il n2 faut pas admirer La Fontaine, mais il faut le

louer, l’apprécier, le goûter dans toute la mesure où il le mérite,

Sans le style, à qui serait-il semblable ? Il serait semblable à Florian. Recherchons donc les caractères de ce style, qui a eu la force de tracer une telle ligne de démarcation.

Ce caractère, c’est Ja franchise, Florian ne croit pas aux Personrages qu’il met en scène. La Fontaine croit aux siens. Florian essaye de les faire parler. La Fontaine prend leur place et parle pi” ‘‘— bouche.

Il se fait lapin, e+ lapin de bonne foi! Voilà tout son secret! Ce n’est pas assez Pour un homme, mais c’est quelque chose, Et comme il est de bonne foi, il n'exagère jamais. Si Perrette n’était pas de bonne foi, elle exagérerait le porc dont elle prévoit la naissance, t L'exagération est le men-

Song= des honnêtes gens,» disait Joseph de Maistre. Mais La Fontaine et Perrette sont de bonne foi.

Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable.

Raisonnabie e- merveilleu vue nette et actuelle de ce elle-même de son sommeil si introduit la Sagesse dans so vraisemblance.

X! Perrette a évidemment la Porc; mais elle se réveillerait elle le poussait trop loin. Elle n rêve, pour y introduire Ja

La Fontaine s’est élevé un jour au-dessus de lui-même. Un jour il a touché le beau; ce jour-là, il écrivait le Chêne et le Roseau. Ici, et ici seulement peut-être, il s'est élevé à la conception d'une des grandes lois de l’ordre universel ; il a paru voir la faiblesse des forts: il ne l’a pas vue de haut, mais il l’a entrevue.

Il a eu la gloire de se douter que toute créature, à l'instant où elle se dit: Je suis forte, va ‘tre frappée à mort. Et quel

Ane voilà bien la bêtise ‘.tection avec l’'emphase ce qui aime à se vanter!

otégera personne, qu'il aurait » €t qu’il ne désire ni protéger, car il n’est pas bon, ni être protégé, car il se croit fort! Comme

esure où il le

rait semblable ce style, qui a narcation.

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oilà tout son c'est quelque igère jamais, rerait le porc est le menfaistre. Mais

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e lui-même.

it le Chêne s'est élevé universel ; ue de haut,

, à l'instant rt. Et quel 1 la bêtise

l’'emphase se vanter !

qu’il aurait er, Car il t! Comme

sa ruine est prévue! Comme elle est contenue dans le premier mot qu’il prononce:

Vous avez bien sujet d'accuser la nature!

La Fontaine ne nous parle que de la force du chêne, et ne nous fait penser qu'à sa faiblesse ; il le fait parler en souverain, et nous sentons si bien en lui le condamné que la catastrophe est arrivée déjà, pour le lecteur, avant que l’auteur n’ait l'air de la prévoir. Le roseau est aussi

précis et aussi bref dans sa réponse que le chêne a été long et oratoire:

Je plie et ne romps pas.

Mais attendons la fin.

Voilà bien le langage de celui qui va avoir raison.

En général, La Fontaine est sec; aussi, chez lui, les traits de sentiment prennent une valeur particulière. Ils sont d’ailleurs d’une délicatesse exquise.

Quand les deux pigeons se réunissent, La Fontaine nous laisse à juger:

De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.

Leurs peines! un seul d’entre eux a voyagé pourtant! La Fontaine croit de bonne foi qu’ils ont partagé les mêmes

périls. Il ne sait plus distinguer celui qui aime de celui qui est aimé.

Ces mots charmants ont ceci de particulier et de délicieux qu’il est facile, en les lisant, de les sentir vaguement, d’er sentir l'effet sans se donner la peine de les remarquer. La Fontaine n'a pas l'air de les apercevoir, et invite le lecteur à faire comme lui. Son insouciance littéraire est son charme à nos yeux. Il ne prétend pas; il ne cherche pas; il ne trouve mêmc pas: il rencontre. Et nous le remercions d'autant plus de sa simplicité, que nous nous rappelons, en le regardant, la date de sa naissance, Nous le voyons entouré d1 dix-septième siècle. La moindre naïveté devient alors un mérite étonnant. Changez La Fontaine de siècle, vous ne

ge St

Re ee om

vous trouverez plus le même vis-à-vis de lui, quoiqu'il soit toujours le même vis-à-vis de vous.

Son titre à nos yeux, que nous y pensions ou que nous n’y pensions pas, est d’avoir résisté à l'air qu'ii respirait, et d’avoir été La Fontaine, quoique Boileau fàt 1à. é

J'ajoute encore à l'honneur de Ta Fontaine qu'il a le sentiment de la justice. Je ne parle pas de ja justice supérieure: celle-là touche au mystère, et il faudrait, pour la Soupsonner, porter ses regards là où n’atteint pas la vue du fabuliste. Je parle de la justice un peu grossière, un peu bourgeoise, mais réelle et respectable, que le bon sens vulgaire aperçoit, — de la justice visible, en un mot. C’est celle-là qui a dictée le Loup et l’'Agneau.

Il ne serait malheureusement pas impossible de surprendre La Fontaine en flagrant délit de contradiction et de le rencontrer quelquefois parmi les partisans du loup et les assassins de ‘agneau. Son Dieu, après tout, c’est, je ne dirai pas la force (cette idée est trop haute pour lui), mais le savc --faire.

Ceci est tellement vrai, que je reprends le Chêne et le Roseau, et que j'ajoute malgré moi la réflexion qui va suivre, Si La Fontaine condamne le chêne, ce n’est pas parce qu’il est orgueilleux et méchant, c’est parce qu’il va périr. Au lieu de dire: Il a tort, il se vante; donc il va périr, La Fontaine dit: Il va périr, donc il a tort.

Ainsi nous ne pouvons jamais louer pleinement en lui que le style. Vous qui aimez la vérité, et qui pensez à elle, armez-vous donc du style, alliez-vous cette puissance, et quand vous aurez, comme La Fontaine, conquis la parole, sachez faire d'elle l'usage que La Fontaine n’en a pas fait,

La fable, si je ne me rom. pourrait avoir de grandes lestinées. Il y a une glor: ‘.i serait la sienne, il] y a 428 langue qui lui convier. -ait, Quelle serait la condition?

Il faudrait qu’elle interrogeit |: nature des choses et comprit

ce mot: le symbolisme.

1i, quoiqu'il soit

As OU que nous w’ii respirait, et là.

aine qu’il a le la justice supéudrait, pour la t pas la vue du ssière, un peu n sens vulgaire . C'est celle-là

de surprendre tion et de le du loup et les est, je ne dirai ur lui), mais

e Chêne et le | qui va suivre.

pas parce qu’il périr, Au lieu r, La Fontaine

iement en lui pensez à elle, puissance, et uis la parole, en a pas fait,

ir de grandes ienne, il y a la condition ?

ses et comprit

Elle se revêtirait à l'instant de la dignité qui lui manque. Elle quitterait le domaine du jeu pour entrer dans le domaine de l'Art,

Le sens du symbolisme manque absolument à La Fontaine.

Il met en scène des animaux et des végétaux, mais je ne saisis pas en lui le sentiment de la nature.

La campagne est absente de son œuvre, comme la pensée, comme la beauté,

Le caractère le plus élevé du fabuliste serait le respect des types. Ce caractère manque à La Fontaine, complètement et absolument. Quels lions que ses lions, et quels aigles que ses aigles! Comme sa mesquinerie éclate quand les acteurs de ses drames portent de grands noms! Je vous le dis, il n’est à l'aise que dans la compagnie des renards. Je ne crois pas que jamais il ait éveillé chez aucun homme ce sentiment de la grandeur humaine, qui est une des joïes et des gloires de l'Art!

Je ne puis m'empêcher de faire ici une remarque frappante, et évidente jusqu’à la niaiserie. La Fontaine met en scène des personnages qui tous jouent aw plus fin, — et on, ose, à propos de lui, parler de l’art! Les hommes n’ont donc pas encore remarqué que le contraire de l’art c’est la ruse? Pour n’avoir pas encore fait cette remarque, il faut vraiment qu’ils soient bien vieux.

M. Taine a publié, dans le Journal des Débats, quélques articles sur La Fontaine. M. Taine veut nous inspirer pour le fabuliste la plus vive admiration; c’est le plus profond mépris pour son héros qu’il réussit à provoquer; mais La Fontaine lui pardonnera, car si M. Taine l’a flétri, il ne s’en est pas aperçu.

« Notre Champenois, dit-il, souffr très bien que les moutons soiènt mangés par les loups, et que les sots soient dupés par les fripons.… Aussi ses maximes n’ont-elles rien d’héroïque;… ses plus généreuses sont d’obéir, d'accepter le mal pour soi comme pour autrui, parce qu’il est dans la condition humaine. Il n’éût jamais été un Alceste; je ne sais même s’il eût été un Philinte, Il conseille âssez crûmént la flatterie

‘d’aperce-oir les contradictions qui se rencontrent

et la flatterie basse, Le cerf met au rang des dieux la reine qui avait jadis étranglé sa femme et son fils, et la célèbre en poète officiel, La Fontaine approuve la perfidie, et quand

n joué, il oublie que c’est un

« Il représente un sage qui, poursuivi par un fou, le flatte de belles paroles menteuses, et tout doucereusement le fait échiner et assommer. II trouve l'invention bonne et nous conseille de la pratiquer. »

Le même M. Taine, dans le même travail, dit en parlant du même homme :

«Il était poète. Je crois que, de tous les Français, c’est lui le plus véritablement qui l’a été. »

Ainsi se fait, chez M. Taine, l'association des idées. C’est apprendre dans quelle accep-

celui de suivre intérieurement ses beaux songes. >

tait-ce dans ce monde idéal que La Fo quand il conseillait la flatterie basse?

à ce qu’il paraît, du monde idéal une conception assez neuve. Et dans ses beaux songes, savez-vous ce qu’il rêvait ? Il rêvait des tours bien joués. Quel poète !

Aussi M. Taine déclare qu'il était enthousiaste :

€ Même dans ses polissonneries, il se préservait de tout mot grossier; il gardait le Style de la bonne compagnie, >

Voyez un peu quel enthousiasme |

C'est sans doute à ce même enthousiasme que La Fontaine doit de ne pas voir les choses positives.

Il est vrai que le même critique, parlant du même écrivain, l’admire un instant après, comme observateur, et insiste longuement sur ce nouvel éloge. Il oublie que La Fontaine ne voyait pas les choses positives, et nous le montre <comme un étranger attentif et curieu. devant le monde vivant qui s’est établi chez lui, »

Que voulez-vous ? L’enthousiasme de M. Taine ]’

ntaine se promenait, Cet homme avait,

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es dieux la reine ils, et la célèbre erfidie, et quand lie que c’est un

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e La Fontaine

1ème écrivain, ur, et insiste La Fontaine s le montre int le monde

ne l'empêche rent sous sa

afin de montrer cette puissance agissant toute seule (autant

plume. Il ne les voit pas, parce qu'il est enthousiaste, et qu’elles sont positives.

M. Taine croit que La Fontaine est connaisseur de l’homme. Il le regarde comme le représentant de la France. Il enverrait les œuvres de La Fontaine à qui voudrait nous connaître,

Au nom de l'humanité et au nom de la France, je crois qu’il est permis à tout homme et à tout Français de répondre: Non, l’homme qu’a peint La Fontaine, c’est l’homme tel que M. Taine le comprend, mais ce n’est pas l’homme; ce n’est pas l’homme créé à l’image de Dieu, l’homme racheté par le Fils de Dieu; ce n’est pas même l’homme déchu. La Fontaine n’a pas vu la profondeur du précipice; c’est l’enveloppe extérieure de l’homme déchu, c’est sa silhouette imparfaitement dessinée.

Cette France que représente La Fontaine, c’est la France telle, à ce qu’il paraît, que M. Taine la conçoit; ce n’est pas la France telle qu’elle est, telle qu’elle apparaîtra, quand, rendant ses comptes à l’histoire, elle ouvrira le livre de sa vie à la première page et montrera ces mots: Gesta Dei per Francos.

Tout ceci n’est rien encore: il y a mieux. M. Taine se trahit quelque part. Il a écrit un mot qui est son dernier mot, un mot qui le résume; il a livré son secret. Il dit (ah! je n'oserais pas le lui faire dire, c’est tout au plus si j’ose citer), il dit que La Fontaine enlève à La vérité sa tristesse.

La vérité, telle. que la conçoit M. Taine, est triste; et, quant à La Fontaine, il paraît qu’il est gai.

Je dois à M. Taine des remerciments : sa formuie in'aide à trouver la formule vraie. Pour tout dire de La Fontaine en un seul mot, pour résumer contre lui mon acte d'accusation, je n’ai qu’une seule parole à changer à la phrase de M. Taine; je n’ai qu’à dire:

La Fontaine enlève à la vérité sa joie.

Et j'aurais tout dit sur La Fontaine.

Pour montrer la puissance du style, j’ai choisi La Fontaine,

que possible), isolée, et sur les degrés les plus bas de l'échelle intellectuelle.

J'ai voulu mont-.

ont su écrire, P

seulement

nous n’écoutons

qui ne sait pas écrire, i, et ne nous présente Le grand écrivain

dans le langage c’est l'enfant, q

son activité.

Toutes les °S sont placées, en face de la vie et en face d'elles. mes, en face des autres, dans un certain rapport.

Le style est l'ex

et

Propre: toutes demandent et mais elles reçoivent diverse.

lus bas de l'échelle

lé aime ceux qui 1 style tient chez que l’âme éclate, sa vie intérieure, cri c’est le style, unique seulement nous n’écoutons e sait pas écrire, 1e nous présente grand écrivain euvres qu’il nous circuler la sève.

semblance: c’est arénce qui nor»

nsée en trava..

idées, Ce qui, lomme de génie,

les mots dont ace d'atteindre lqu’un sur son ilette.

idées.

\ activité.

la vie et en S un certain

elles exercent s chacune la

lemandent et

vent diverse.

ment les rayons. Chacune se les assimile d'une façon particulière, en vertu de ses besoins, de ses Capacités, de ses aptitudes intérieures,

Le style de la rose, c'est son parfum.

Le style, étant la manifestation de la vie, ouvre devant nous un large horizon. Nous ne devons plus l’étudier seulement dans les paces écrites ; nous devons le suivre et le rechercher partout où il éclate, et quelquefois le deviner là où il n’éclate pas. Le style est d’abord dans les mots; il est aussi dans les gestes; il est aussi dans les regards; il est dans toutes les manifestations, y compris le silence, Le silence peut avoir un grand style, Le silence peut être une parole; le silence peut être même le sommet de la parole, et son point culminant, En général, la parole, quand elle est élevée et solennelle, s'arrête, Parce qu'à une certaine hauteur les mots lui manquent. C’est le silence qui se charge alors de la continuer et d'exprimer l’inexprimable, Le silence ému est

l'épanouissement suprême de la parole; c'est le style par excellence.

Qu'est-ce que le langage humain entend par ce mot: un grand homme ?

Est-ce celui qui a accompli tel ou tel acte? Non; car je vous défie de déterminer précisément l'acte qu'il faut avoir accompli pour être un grand hom:

La grandeur n’est pas dans tel acte: elle est dans la façon dont cet acte s’accomplit. Le même acte, accompli par mille hommes, manifestera mille différents caractères, La grandeur n’est pas dans le fait, elle est dans l’auteur du fait.

En voulez-vous une Preuve très palpable? Un homme se noie, Vous vous précipitez là où il a disparu; vous risquez votre vie, et vous le sauvez, Mais un fou et un singe qui Vous ont vu vous imitent et sauvent chacun un homme: ils auront imité votre fait, mais ils n'auront pas imité votre acte, ils n'auront pas pris votre style. On peut tout voler à un homme excepté son style. Le style est inviolable, comme la personne dont il est l'expression,

La grandeur n'est déterminée par aucun fait extérieur. Elle jaillit de la source sacrée

Son caractère serait-il seulement la persévérance ? Allons donc! Buffon a semblé Je dire. Il n’a su ce qu’il disait, La grandeur aurait pour symbole la mouche qui bourdonne longtemps près de la même oreille.

Serait-ce un grand amour ?

Non pas encore.

Serait-ce une grande intelligence ?

Non pas encore ; non pas, du moins, uniquement. Vous pouvez comprendre les plus hautes idées et ne pas les exprimer grandement, Votre parole trahira l’infériorité de votre race,

Je viens de prononcer malgré moi le nom de la parole : c'est le secret de la grandeur qui était sur mes lèvres, et qui m'échappe.

La parole est l'explosion de la nature intime d’un être.

Le lion n’2 pas besoin, pour montrer sa force, de faire un grand effort; elle se trahit dans ses moindres mouvements, Hercule est Presque toujours représenté au repos. On dirait que ses bras terribles n’ont rien à faire actuellement.

Plusieurs hommes ont dompté des chevaux; mais personne, en regardant le dompteur, qui peut être un homme des plus vulgaires, Personne, en regardant le dompteur, ne s’est écrié: Voilà le maître du monde!

Personne? Je me trompe: cela n’arrive pas ordinairement : mais cela est arrivé une fois. Et pourtant c’é

est trop petite pour lui. Qu'il éclate et qu’il la brise, puisqu'il est de taille à la briser !

Si Philippe parla ainsi, est-ce parce qu’Alexandre avait dompté Bucéphale, et masqué à ce cheval l'ombre qui l’effrayait ?

Non certes: c’est Parce qu’Alexandre, en domptant Bucéphale, avait accompli cet acte insignifiant d’une façon extraordinaire. Par sa manière de dompter Bucéphale, il venait de se révéler, et de se révéler maître du monde.

Entre Alexandre domptant Bucéphale et un dompteur de chevaux faisant son métier, où est la différence ?

. La différence est dans 1: style.

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Le dompteur de chevaux a droit à un salaire.

Mais quand Philippe dit à son fils: Va, prends le monde, la Macédoine ne te suffit plus: ce jour-là Alexandre, voilant au cheval fougueux cette ombre qui l'effrayait, lui tournant la tête vers la lumière, se servant du soleil pour le dompter, ce jour-là Alexandre fit entendre sa parole et se manifesta.

Il fut clair pour les spectateurs, et pour Philippe lui-même, qu'Alexandre venait d'entrer en possession de la souveraineté, qu'Alexandre venait de conquérir non un cheval, mais luimême, lui-même et l'Orient, l'Orient avide de soleil, l'Orient gui a peur de son ombre.

Voilà pourquoi Bucéphale a sa place dans l'histoire. Si j'étais peintre, je ne pourrais représenter ce souverain loin de Bucéphale,

Bucéphale symbolise celui en présence de qui la terre fit silence.

Cette conquête fut la parole d'Alexandre.

Au jardin des Plantes, quand il fait résonner, en les secouant à coups de griffes et d'ailes, les barreaux de sa cage, comme s’il les brisait par la pensée, ou bien quand il tourne la tête, ou bien quand il lance sur l’espace interdit un regard de souverain détrôné, vous pouvez voir la parole de l’aigle.

Vous pouvez entendre, dans les jours de tempête, la parole de l'Océan.

Quand Christophe Colomb fendit de son glaive le nuage qui cherchait à lui- masquer encore sa patrie (la patrie, c'est le lieu du désir,) quand il obligea la lumière, au nom du Verbe éternel, à lui découvrir l'Amérique, il donna sa parole au monde. Il lui affirma qu’il était souverain, et, quand la reine d'Espagne le nomma amiral des grandes mers, il | l'était depuis longtemps. Sa souveraineté essentielle avait précédé son titre

Le regard des condors en cage semble planer sur les déserts qu’ils rêvent, sur les déserts absents, sur leurs propriétés perdues, et suivre encore les armées qu’ils aiment | à suivre quand ils sont libres. |

Quelquefois la sainteté resplendit sur ie génie, comme le soleil sur l'Océan. Ainsi saint Paul. Se faisant tout à

tous, à la joie comme aux larmes:

la parole de Ja sagesse; désirant êtr

a es = —

pu

accomplissant ce q montra souverain

gran Ce.

1. Jusqu'ici l'esprit huinain a cru très souvent que pour 14 réaliser le beau il fallait se déguiser, et le déguisement qu’i fil a pris s’est nommé l'Art. L'Art a été le jeu qu'il a joué,

quand il a voulu parader devant lui-même, suivant certaines Conventions.

| | | Il faut qu’un hom |

me de génie se 1ève, parle, soit écouté et dise:

Je veux que désormais l'Art soit sincère,

Je veux que l'Art cesse d’être le déguisement de l’homme, Pour devenir son expression.

| Je veux que l'Art soit l'explosion simple, naïve et sublime (| des splendeurs de l'intelligence. Pour que l’Art soit beeu, |

et que sa beauté soit vraie, je veux que l'Art désormais dise les choses commes elles sont.

Dieu voudra, si je entendue,

4e me trompe, que cette voix suit

CD

“VOUS, car si vous vous montriez tel que vous êtes, vous feriez horreur, L'Art est un déguise-

L mr me —< :

re

mn id or. a

Maintenant il faut que celui qui doit fonder l'Art de l'avenir purifie l'air souillé par ces paroles, et dise:

— La laideur à, en effet, sa place dans l’homme: car l'homme est déchu. Mais la régénération est possible,

lant aux parfaits nathème pour les outes les Églises:

rreurs du dedans:

nm du Christ, il se de l'empire,

Juvent que pour déguisement qu'il jeu qu’il a joué, suivant certaines

arle, soit écouté

ent de l’homme,

laive et sublime l'Art soit beeu, désormais dise

cette voix suit

Vous montriez est un déguiseegardez autour rras du choix.

lic: le beau est plaire, il faut antes des lois

nder l’Art de dise :

l’homme; car possible,

La beauté est permise encore, la voilà qui vient à nous, Saisissons-la, revêtons-la, et ensuite nous pourrons nous montrer.

Revêtons-la, non comme un déguisement, mais comme une splendeur plus vraie que nous-mêmes, que nous devons posséder et ne jamais perdre. Nous sommes souillés! eh bien! purifions-nous. L'homme ancien n’ose pas se montrer. Que l’homme nouveau naisse et paraisse, qu’il resplendisse aux yeux des hommes, non comme un héros de théâtre, mais comme une vérité vivante, plus vivante que l’ancien homme remplacé. Qu'il paraisse et qu’il agisse, qu’il agisse dans la splendeur de sa nature régénérée, qu’il fasse éclater le type qu'il recèle, qu’il dégage l'idéal qu’il porte! Qu'il fasse la vérité! La beauté jaillira ; la beauté, au lieu d’être une fiction, est la splendeur du vrai. Que l’Art, qui était le déguisement de l’homme menteur, raconte dans la sincérité de sa parole la splendeur de l’homme sincère !

L'homme, ne pouvant pas se passer absolument de la beauté, peut faire des efforts vers elle, et peut en faire de deux façons. Il peut tenter de se mentir à lui-même au nom de la beauté, ou de se parler vrai au nom de la beauté. S'il veut se mentir, il tentera d’embellir sa déchéance et de se faire gracieux dans le péché. S'il veut se parler vrai, il tentera de se revêtir intimement et extérieurement de la splendeur réelle pour laquelle il est fait. L'Art ne peut pas éviter absolument la beauté: il faut qu’il la contrefasse par un jeu ou qu’il ia possède par un effort. Il faut qu’il en fasse ou la parodie ou la conquête. L'Art ne peut pas ne pas sentir la laideur native du vieil homme.

Il faut qu'il la dissimule, ou qu’il la foudroie.

En un mot, il faut qu’il déguise l’homme qui regarde en bas, ou qu’il accepte, qu'il affirme, qu’il proclame l’homme qui regarde en haut.

L'Art qui s'attache à l’homme dégénéré est obligé de farder celui qu’il s’obstine à peindre, car le vieil homme est laid, et l’Art, quel qu’il soit, ne peut pas renoncer au beau. L'Art, ainsi conçu, est un mensonge,

L'Art qui s'attache à l'homme régénéré peut représenter librement et franchement, dans la candeur de son génie,

celui qu’il consent à peindre, car l’homme régénéré est un

être magnifique, et l'Art, en l’exprimant, rencontre la magnificence, sans sortir de la sincérité,

» et qui pl du mal, était

ri

en éviter certain

€S autres; prononcer certaines paroles, en éviter certaines au

tres ; les faire entendre » et non pas sur un certain autre. C’est dans cet esprit que sont conçues une grande quantité de tragédies. Dans cet état d’abai t aspire, non à la beauté, mais au décorum, qui est la parodie de la beauté; il prend pour loi, non la vie, mais l’habitude ; il prend pour

de la tragédie &ravure de modes.

Ce serait une importante et ma l'Histoire au point de vue du styl

gnifique étude que de lire e, c’est-à-dire de demander la raison, la nature de sa grandeur, Propre et la vertu de son style,

que son style, c’est le génie même de la conquête, que sa façon d'aborder les choses, c'était de les dompter: tel était le style de cet homme que le nom de

r lui, devait recevoir de ses lèvres une consécration qui l'élève à la di ité d’un symbole. J

régénéré est un contre la magni-

Pour caractère 1siste à embellir

appartient pas, auté qui existe le sur le front

S artistes infédre bravement entaient à leur ent ni au bien implement une | arrangement, l faut prendre ÈS; prononcer faire entendre tre. C’est dans de tragédies.

aspire, non à de la beauté:

il prend pour le la tragédie À puise où elle di et simple, artiste, dont la sincérité!

que de lire de demander sa grandeur, n style, génie même s, C'était de > le nom de > ses lèvres rinbole.

César nous dirait que son style est indiqué par le mot qu’il a dit, pendant la tempête, au pilote tremblant: « Que crains-tu? tu portes César.» Sa parole, c’est l'affirmation de l'empire du monde qu’il attendait. Sa parole, ce sont les larmes qu’il versait, à trente ans, au souvenir d'Alexandre, déjà vainqueur à cet âge.

Le style d'Homère, c’est le premier mot de la prière de Priam:

« Souviens-toi de ton père, Achille, de ton père, faible et vieux, comme je le suis. »

Cette parole renferme tout Homère, les dieux, la paternité, la vieillesse, la force, la faiblesse.

Le style de Bossuet, le voici: « Madame se meurt. Madame est morte! > Les grandeurs sociales, et la mort à côté.

Le style de Christophe Colomb, c’est le signe de la croix, tracé dans le brouillard par la pointe de son épée.

Il me semble qu’à l’époque solennelle où nous voici il faut un grand homme, ou plutôt de grands hommes qui parlent au nom de l’humanité, qui parlent le style humain, et qui gravent sur lui leurs différents caractères, leurs différentes signatures.

Il me semble que la prière est le style humain par excellence, — je veux dire l'expression de l’homme.

Qu'est-ce qu’exprimer l’homme? c’est dire sa misère et dire sa grandeur.

Or, la prière affirme la misère : elle met l’homme à genoux, comme le mendiant de l'Évangile. Elle l’affirme aveugle et pauvre, ayant besoin et suppliant.

Mais, elle affirme la grandeur d’une façon suréminente : elle nous la montre agissant sur les décrets de Dieu.

Par elle, Dieu nous introduit dans le mystère du gouvernement, et l'instant où il nous introduit ainsi dans ses conseils est l'instant où il nous précipite la face contre terre; la prière est à la fois le cri de la détresse et l'hymne de ja gloire. Or

ie cri de la détresse et l'hymne de la gioire, n'est-ce pas

l'expression de l’homme, n’est-ce pas le style humain? Le style humain, c’est la réponse de l’homme à la parole qu'a entendue Moïse :

« Je suis Celui qui suis »

O vous qui Êtes, écoutez donc, — écoutez et exaucez!

Fin

Re nn are re

5 re Ent

yle humain? Le à la parole qu'a

et exaucez!

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