‹ L'Homme n'est pas parfait, tableau populaire en 1 acteChapitre 4 sur 34 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MADELEINE

Eh ben, et moi, Marie-Madeleine, femme Michon, est-ce que je ne suis pas là? Est-ce que t’es pas la sœur de mon homme? Ça serait pas la peine d’être marchande de poissons sur le pavé de Paris, pour ne pas avoir un noyau de dessus la planche; ça serait pas la peine de s’égosiller de mère en fille depuis l’âge de sept ans et de erier aux cuisinières qui passent : « Flairez-moi ce goujon-là, ma petite mère, goûtez-moi c’te crevette. Du hareng qui glace, qui gtacel... du hareng nouveau 1... La raie, la raie tout en Viel... A la barque 1... à la barque I... » (Elle se débarrasse de sa hotte qu’elle pose au fond.)

LOUISETTE *

Bonne Madeleine!...

MADELEINE, revenant près d’elle. '

T’es t’un ange ! et tu épouseras, ton jpâtissier, que je te dist... bien qu’au fond un pâtissier soye un homme et que les hommes ne vaillent pas grand’chose.

LOUISETTE, d’un air incrédule.

Oh!...

MADELEINE

Y en a de bons... y en a de mauvais... c’est panaché, quoi! Avant la noce, tous des amours, des chérubins I... ils vous font des petites mines, des narines enflées et des œils d’Amérique!... Mais après la noce... oh! la, la I...

LOUISETTE

Mais tu me fais peur.

MADELEINE

Ça n’empêche pas de se marier; seulement, faut pas se dorer la pilule : faut se dire : « Les hommes, c’est pas des anges!... c’est des hommes, et puis v’ià tout 1 »

Air des danses nationales.

Puisqu’entre femmes nous sommes,

Nous pouvons parler tout haut;

Je ne dis pas d’ mal des hommes,

Puisqu’après tout 11 en faut.

Mais combien d’amants charmants

. Font des maris abominants I

Un bon mari, mon enfant,

Pour moi, c’est le merle blanc.

L’un se livre à la bamboclio, l.’autre dit à sa moitié En lui flanquant un’ taloche,

Qu’ ça n’empêch’ pas l’amitié.

” Madeleine, Louisette.

S’il est coureur ou jaloux,

Vous ave 2 l’enfer chez vous.

Pour trouver un homm’ complet.

Faut faire un joli trajet.

C’est pareil aux lnteries,

Que l’on voit, à chaque instant.

Par des afliches fleuries,

Entortiller les passants,

Un bon mari (sans façon,

Pass’ moi la comparaison),

C’est comme le lot d’ cent mill’ francs,

Que rêvent petits et grands.

On se dit : « Tant pis! je m’ lance 1 Cent mille francs! lit pourquoi N'aurais-je donc pas la chance Que le gros lot soye pour moi? »

l.ouisett’. retiens bien ceci :

Le gros lot. c'est l’bon mari.

On a beau prendr’ des billets,

On ne le gagne jamais!...

Puisqu’entre femmes nous sommes,

Nous pouvons parler tout haut;

Je ne dis pas d'mal des hommes,

Puisqu’après tout il en faut I

LOUISETTE

Eh bien, moi, je crois M. Godolphin incapable de donner des taloches à sa petite femme.

MADELEINE

Pardine! il ne manquerait plus que ça!... T’auras un bon mari, comme moi... Ainsi vois, c’est aujourd’hui dimanche, pas vrai? j’ai vendu ma marchandise, il fait soleil, eh ben, mon homme va nous conduire diner à la campagne!... Rien que ça de volupté I...

LOUISETTE

Quel bonheur!

MADELEINE

A Asnières. — « Eh I garçon, jeune homme, ici, berceau numéro 7, un lapin sauté, et vivement! avec des champignons, des petits oignons et du reginglar de derrière les fagots!... » Oh 1 quel Ballhazard, mes enfants 1...

MiCHON, en dehors.

Je dis que c’est un raccroc.

MADELEINE, gaiement et remontant *.

Tiens!... le v’Ià... il vient nous chercher.

* Louisette, Madeleine.

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