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omnia ad me traham. L'homme a faim et soif d*ètre exalté à son tour, et le signe de la croix, quand il étend nos bras avides de saisir, le signe de la croix, quand il nous précipite tout entiers, vivants et palpitants, dans la ressemblance du Fils de Thomme, le signe de la croix, quand il est complet et ardent, ressemble au cri de la faim et au cri de la soif.
Paul, le patriarche du désert, est mort dans cette attitude, et c'est ainsi qu'il s'offrit aux regards d'Antoine, quand Antoine revint vers lui. Paul était dans l'attitude d'un homme qui s'élance.
Il s'était élancé.
« Quelle vérité, disait Joseph de Maistre^ ne se trouve pas dans le Paganisme f * .
Toi^t le monde sait l'étymologie du verbe : osàorare : manum ad os admovere; approcher la main de la bouche. Pline le déclare : les païens, dit-il, ^portaient, pour adorer, leur main droite à leur bouche et la bmsSient.
L'idolâtrie, qui singe toujours, anait voulu parodier d'une façon telle quelle le signe de la croix. Ce signe est une parole trop universelle, trop écrite dans la création, trop écrite dans la rédemption, trop éci^ite dans la gloire, pour avoir échappé aux singeries sacrilèges de l'idolâtrie, qui cherche toujours, comme les impuis^ sants, à imiter ce qu'elle déteste.
Les anciens priaient en étendant les bras. Tite-Live, Denys d'Halycarnasse, Virgile l'attestent.
A Rome, la statue qui s'élevait au milieu du Forum, Pietas publica^ était debout, les bras en croix.
Les Égyptiens plaçaieiSt la croiî dans leurs temples.
Un ancien empereur chinois, quand il voulait prier, joignait ensemble deux morceaux de bois, Tun droit, rentre de travenè*. * •
Quant à l'Ancien Testament, il parle de la croix, sans la nommer clairement, il en parle par allusion, comme on parle d'un secret.
Il y a certaines scènes si belles que les hommes qui y figurent semblent plus grands que la taille humaine. Au nombre de ces scènes, il faut citer la mort de Jacob Israël.
Celui qui a Ipiincu Tange dans sa jeunesse, pendant la nuit du grand combat, celui qui a pleuré Joseph, et qui a retrouvé Joseph ^ celui qui a revu dans sa gloire l'enfant dont il avait tenu dans ses mains la tunique ensanglantée, Jacob Israël assemble autour de lui ceux qui descendent de lui, et leur annonce solennellement, dans la majesté des dernières paroles, et. dans la majestéde la prophétie, Celui qui doit venir, l'attente, des nations, le désiré des collines éternelles, le Fils de Marièyée Fils du Père, son. Fils, à lui Jacob, le Fils de l'homme, Jésus-Cbrist*. Ëphraïm et Manassès sont là devant le patriarche. Jacob croise les bras, il croise les bras pour les bénir. Il place la main gauche sur l'enfant qui est à droite, il place la main droite sur l'enfant qui est à gauche. Jacob fait le signe de la croix. Saint Jean de Damas Ta remarqué/ Image de Jésus-Christ, Jacôb lui rend à la fois tous les témoignages dont il dispose, et manifeste par l'attitude des bras, celui qui échappe à
1. Discours préliminaire du Chou-King, par le P. Préiùare. Chap. IX, p. 13.
toute ÎDtelligence. Il manifeste, devant deux enfants, celui qui repose au-dessus des chérubins, au-dessus des esprits intelligents, etc«.
Qui sedes supfr cherubim^ -manifestare coram Ephraïm, Benjamin et Mariasses, (Ps. 79.)
£es Hébreux sont en face d'Amalecb : que fera leur conducteur, Moïse î
La bataille est décisive. Israël a rencontré Tennemi dam le désert, et les destinées du pè^le élu, c'est-àdire les destinées du monde sont suspendues à Tévénement. Moïse choisit son arme, et son arme sera un jour l'arme de Constantin. Moïse arbore 1& croix i^ur la montagne^ et cette croix c'est lui-même. Il ouvre les mains, il étend 1q3 bras et Israël triomphe. Moïse n'a pas donné un ordre, il. a laissé loin de lui le combat visible, il n'a pas .parlé aux hommes, il a parlé à Dieu par son attitude, il lui a rappelé d'ava/nce le calvaire à venir, et Is^ raël à triomphé. Saint Jçan de Damas* et sai«t Justin ont reconnu, dans les bras tenéns de Moïse, l'étendard •de l'avenir, le signe de la croix.
Je pense quelquefois à un grand peintre, qui ne ressemblerait à aucun de ceux que jusqu'ici on a appelés grands peintres. Car je souscris ii ce sentiment de l'homme illustre et adnûrable qui est mort depuis que j'ai parlé de lui : le P. Faber dit quelque part, en parlant de la théologie :
t Quand elle voit les plus parfaits enfants divins de Raphaël, elle est blessée, presque indignée et ne peut dissiper sa colère qu'en soulageant son cœur par des
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larmes, tant elle trouve vulgaires, j'aî presque dit laides, les plus belles figures de l'enfant comparées à cette vision sans couleurs et sans lignes qu'elle porte toujours présente à l'esprit. » ♦ '
Je recomîmande ces lignes au peintre dont je parle, «t je lui propose, s'il existe, de nous faire le signe de la croix fait par Moïse, pendant le combsit, sur la ihôntagne. Le sujet serait magnifique* Nous verrions les mains fatiguées de Moïse, soutenues par Hur et par Âaron. Gès deux hommes auraient deux expressions difféîrentes. L'un d'eux regarderait Moïse, Tàutre regarderait le soleil; ^ar il fanÉque le signe de la croix dure ju^u'au coucher du soleil. Aucun d'eux ne regarderait leis conàbattants. Celui qui regarderait le soleil semblerait lui dire de se presser. Celui qui regarderait Moïs^ semblerait oublier le présent et deviner f avenir, oublier îa figure et pressentir la' réalité. Moïse aurait sur le vîsâ^e l'immense douceur qui appartient à la puissance, et ses bras étendus, qui ne peuvent plus se soutenir d'euxmêmes, sembleraient s'être fatigués dans quelque vaste embrassera en t. -^ On verrait au loin, sur un autre plan, le combat, aussi près de finir que le soleil serait près de se coucher. ':
Le tableau porterait cette suscription : un ^signe de croix.
Samson, pour secouer les colonnes^ cherche l'attitude de la Toute-Puissance, et étend les bras en forme de croix. »
- Expandimanus meas^ dit David, etSalomon, dans le
jour solennel où il appelle les bénédictions de Dieu sur son temple, élend les mains vers le eiel et dit :
« Seigneur, Dieu d'Israël, il n'est point de Dieu semblable à Yous, êÊLns le ciel au-dessus, ni sur la terre BU^^essoûB. Begardez la prière de votre serviteur. ... etc.»
Le jour où la réalité fut substituée aux figures échappe par ses dimensions aux paroles humaines. Au centre du monde, sur le mont Golgotha, en présence de Jtan et de Marie, en présence des siècles passés et des siècles futurs, en présence de toutes les créatures, Jésus de Nazareth se fit signe de croix.
Le soleil se cacha, et les hommes déi^rmais, même ceux qui refuseront de croire, compteront les années à dater de Jésus-Christ. Le» dates historiques donneront à l'incrédulité des hommes de singuliers démentis, et le âix«huitièœe siècle s*appellera le dix-huUième siècle : la croix qii'il insulte lui imposé son rang d'ordre dans les siècles ! car c est d'elle qu'ils dateront.
Elle apparaîtra dans les airs: eUe jugera le monde et déjà elle divise, à travers les siècles, les vivant? çt les morts. Déjà elle distribue la vie et la mort : le bon larron était à droite, le mauvais larron était à gauche ; déjà, depuis 1800 ans, les individus et les peuples sont séparés, divisés, classés, qu'ils le veuillent ou qu'ils ne le veuillent pas, par l'invisible vertu du signe terrible que l'humanité porte, bon gré, mal gré, dans ses mains fidèles ou infidèles. Les hommes, depuis dii-huit cents ans, prennert vis-à-vis du signe de la croix l'attitude qu'ils veulent, mais ils prennent une attitude quelcon* que. Ils peuvent se mettre à droite ou se mettre à gauche ; mais il faut être, en tous cas, près de lui. Près de lui pour la vie, ou près de lui, pour la mort L'Hu-
manité ressemble à une foule traversée par une procession. La procession porte la vraie croix. A droite, la foule s'agenouille. A gauche, la foule insulte et rit: la procession poursuit sa marche. solennelle, promenant la justice de Dieu sur les têtes inclinées et sur les autres. Veœilla régis prodeunt.
La procession passe, portant la croix, et les créatures se divisent sur son passage, car les hommes ne sont pas touchés seuls par la vertu qui descend. Les créatures se divisent et elles ne savent pas toujours que c'est la croix qui les divise.
Et les peuples qui ont la croix ont aussi le paratonnerre, ^^^ii