‹ L'homme primitifChapitre 2 sur 54 · I.r<:l«i:«:i:. »/»• .Wihii-n rfi'iiiii. lib · texte numérisé non relu

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^ La question de l'origine de riioniine excite de vives préoccupations dans le monde des penseurs et des érudits, qui voudraient ùtrc exactement renseignés sur ce qui touche à riiumanilé antérieure à Thistoire. Le public étranger aux sciences s'intéresse également à cette (juestion.

Nous nous proposons, dans le présent ouvrage, de rassembler les faits aujourd'hui connus concernant les mœurs et les usages de l'homme pendant les temps antérieurs à la tradition et à l'histoire. Pour plus de clarté, nous retraçons, au moyen de nombreux dessins intercalés dans le texte, presque tous les instruments, outils, armes, vêtements, etc., qui ont été propres X l'homme pendant cette période. N'ous donnons également des spécimens des types du crâne humain pendant les diverses éjKjques qu'embrassent les temps quaternaires.

Le musée gallo-romain fondé à Saint-Germain, pour recevoir tous les documents et monuments relatifs à l'histoire des Gaules, renferme plusieurs salles spécialement consacrées à riiomme antéhistorique, et qui sont très bien disposées pour l'étude. Nous avons beaucoup puisé à cette source de renseignements pour les figures de détail contenues dans ce volume.

En outre, nous souvenant de l'accueil si favorable qu'ont reçu (lu public et des savants les Vues idéales des paysages de F ancien mondej qui accompagnaient notre ouvrage la Terre avant le l'bohue PimiTiF. i

déluge, et qui sont passées, grâce aux nombreuses traductions, dans toutes les littératures de l'Europe, nous avons demandé au crayon fin et précis de H. Emile Bayard un certain nombre de Scènes de la vie de Vhomvne primitif, qui traduisent d'une façon matérielle, et en même temps artistique, les mœurs et usages de nos arrière-ancêtres.

Les Scènes de la vie de Vhomme primitif qui se rapportent à l'époque du grand ours et du mammouth et à l'ûge du renne ont été dessinées par M. Emile Bayard, d'après les croquis qu'avait bien voulu composer, à notre prière, M. Adrien Arcelin, le savant archéologue de Mdcon, qui possède une connaissance approfondie de ces deux époques, grâce aux beaux travaux qu'il a exécutés sur les gisements antéhistoriques de Solutré et de Vergisson, dans le Maçonnais.

En mettant sous les yeux du lecteur les produits authentiques de l'industrie primitive de l'homme, en montrant les bases de la civilisation, bases grossières sans doute, mais incontestables, jetées presque dès l'apparition de l'espèce humaine sur la terre, nous faisons une critique indirecte de la théorie qui fait dériver l'homme du singe. Dans les ouvrages de MM. Karl Vogt, Huxley, Buchner, SchaflFhausen, etc., on ne trouve guère, en effet, que des considérations d'anatomie. C'est par des lignes et des surfaces osseuses, par des apophyses et des sutures, qu'on prétend établir la basse origine de l'humanité. Nous plaçons ici la question sur un terrain nouveau. Nous montrons l'homme, dès son apparition sur le globe, faisant sortir de ses industrieuses mains des œuvres qui dénotent une grande intelligence, et nous demandons à la bonne foi de tous si l'on peut découvrir la moindre parenté organique et morale entre l'auteur de ces ouvrages et une brute grossière. En relevant ainsi, non par de simples raisonnements, mais par des témoignages matériels irrécusables, l'origine de l'homme, que certains savants avaient tant abaissée, nous croyons servir à fois la science et la philosophie.

Nous réclamons l'indulgence du public et celle des savants pour cet essai, qu'entouraient tant de difficultés. Nous n'avons

pu, en effet, prendre pour guide aucun livre écrit sur cette matière. L'ouvrage anglais de sir John Lubbock, VHomme avant Vhistoirey nous a été utile pour la période qui se rapporte à Fâge de la pierre. Mais les véritables bases de cet essai sont les mémoires originaux des naturalistes, tels que MM. Boucher de Perthes, Lartet, Christy, Edouard Dupont, Gabriel de Mortillet, Garrigou, Pruner-Bey, Troyon, Desor, Nilsson, Leguay, V. Brun, Quiquerez, Paul Broca, etc., etc.

Ce sont tous ces mémoires, formant une très respectable masse, qu'il nous a fallu réunir, classer, coordonner et analyser, pour écrire le présent ouvrage. Nous ne revendiquons d'autre mérite que celui d'avoir mis en ordre ces matériaux disparates et d'avoir facilité la tâche à ceux qui viendront après nous, en nous efforçant d'exposer avec méthode et clarté une question qui était pleine d'obscurités et de complications, et qui figure pourtant au premier rang de celles qui s'imposent aux méditations des hommes éclairés.

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Jusqu'au milieu de notre siècle on a cru que la première apparition (le rhonime sur la terre ne remontait qu'à six mille ans. Cette idée avait été seulement un peu ébranlée par les éludes sur les Chinois, les Égyptiens et les Indiens. Les savants (|ui avaient interrogé les vieilles civilisations de l'Asie n'avaient pu les renfermer dans les six mille ans de la chronologie classique, et ils avaient reculé de quelques milliers d'années Fantiquité des races orientales.

Cependant cette idée n'était pas sortie du cercle des savants, et elle n'avait rien changé à l'opinion générale, qui fixe à six mille années la date de l'apparition de l'espèce humaine.

Cette opinion était confirmée, consacrée, par une interprétation erronée des Livres saints. On croyait lire dans rAncien Testament que l'homme a été créé il y a six mille ans. Ce- )>endant rien de semblable n'est dit dans la Genèse. Les commentateurs, les faiseurs de systèmes chronologiques, ont seuls posé cette date comme celle de la première apparition de l'humanité. Edouard Lartet rappelle, dans* le passage suivant de l'un de ses beaux mémoires, que les chronologistes qui ont mis en avant cette idée ont, sous ce rapport, fort mal interprété la Bible.

a On ne trouve dans la Genèse, dit Lartet, aucune date limitative dos temps où a pu commencer rhumanité primitive. Ce sont des chronologistes qui, depuis quinze siècles, s'efforcent de faire rentrer les faits bibliques

dans les coordinatîoos de leurs systèmes. Aussi voyons-nous qu*il s^est produit plus de cent quarante opinions sur la seule date de la création, et qu*entre les variantes extrêmes il y a un désaccord de 319^ ans, seulement pour la période entre le commencement du monde et la naissance de Jésus- Christ. Cette différence porte principalement sur les parties de Tintervalle les plus proches de la création.

«Du moment donc quMlest reconnu que la question des origines humaines se dégage de toute subordination au dogme, elle restera cequ*elle doit être, une thèse scientifique, accessible à toutes les discussions, et susceptible, à tons les points de vue, de recevoir la solution la plus conforme aux faits et aux démonstrations expérimentales*. »

Ainsi Tautorité des Livres saints n'est nullement mise en question par les travaux qui ont pour but de chercher l'époque réelle de l'apparition de l'homme sur la terre.

A l'appui de ce qu'affirme Lartet, nous rappellerons que l'Ëglise catholique, qui a érigé en dogme tant de faits sans importance, n'a jamais voulu faire un dogme de la création de l'homme à la date de six mille ans.

Aussi ne sera-lH)n pas surpris d'apprendre que des membres du clergé catholique s'adonnent eux-mêmes avec ardeur aux études de l'homme antéhistorique. Mgr Meignan, évéque de ChÂlons-sur-Marne, est un des hommes de France les plus versés dans cette science nouvelle; il la. cultive avec le plus grand zèle, et ses recherches personnelles ont ajouté à nos connaissances sur cette question. Le savant évéque de ChÂlons-sur-Marne a publié, en 1869, sous ce titre : Le monde et Vhomme primitif se- Ion la Bible % un long ouvrage dans lequel, reprenant la thèse déjà développée par Marcel de Serres dans sa Cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques^, et développant les faits récemment acquis à la science concernant l'homme primitif, l'auteur cherche à établir la concordance de toutes ces données avec la Révélation.

M. l'abbé Lambert a publié une étude sur V Homme prmitif et la Bible^y dents laquelle il établit que les découvertes de la science moderne concehiant l'antiquité de l'homme ne sont nullement opposées à la Révélation ni au livre de Moïse.

Enfin, ce sont deux membres du clergé catholique, MM. les

1. Nouvelles redierchtê sur la coexistence de Vhomme et des grands mammifères fossiles réputés caractéristiques de la dernière période géologique^ par Éd. Lartet, Annales des sciences naturelles^ 4* série^ tome XV, p. 256.

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