‹ L'homme primitifChapitre 38 sur 54 · SS · texte numérisé non relu

SS

qu'ils étaient lancés, non A 1h main et par le seul secours d'une hamjic (ce qui n'aurait pu se faire, vu leur trop faible poids), mais au moyen d'une cordu, ou d'une lanière, que l'on désignait ('liez les Romains sous le nom d'amentum. Ces expériences ont ilémoiilré qu'un trait, (jui ne pouvait être lancé qu'à 20 mètres seulement avec la main, serait projeté & une distance quadruple ■\ l'aide de l'ainenlum. 11 existait probablement, chez les Gaulois, lies corps militaires que l'on e\erçait A se servir de Vamentum , c'ost-ù-dire au maniement dvA javelols ti lanUru, et qui lançaient ce javelot comme d'autres lançaient des pierres au moyen de la fronde.

Cette conclusion, tirée par M. Desor, nous semble très juste.

Les jitveluts <Iu type précédent sont fort communs dons les fossés d'Alise. On trouve, en outre, dans cette localité un grand nombre de l16clios en fer, qui mau(picnt totalement dans la station lacustre de la Tène.

Ce n'est pas seulement pour les usages de la guerre que ces javelots se trouvaient enirc les mains de l'homme de l'époque In f>T. La chasse s'exerçait au moyen de ces mêmes armes de jet. L'arc et le javelot à lanière étaient les armes de chasse de cett£ époque. C'est ce que nous avons figuré dans la planche 285, qui représente la chasse à Vépoque du fer.

Api^s les nrtnes viennent les oiitiU. Mentioniionâ d'uboril Ivs haches (Gg. 286). Elles sont pluBjL:randi!S, plus solides et à Irancliaot plus large que celles de l'époque du bronze. Plus d'ailerons, seulement une douille carnée, dans laquelle s'enchâsse un mauche en bois, probablement coudé.

Les faucilles (lig. 287) sont égaieun-nt plus grandes, et à la

fois plus simples, que celles de l'époque du bronze; elles in' portent ni dessins ni ornements d'aucune sorte. A côté des serpes ou faucilles, il faut placer de véritables ^^ faux {fig. 288) avec virole

^^'"'^Vt j'^ii i^^^^^k *l'f""^''""^''6'"<î"'» ('ont '<■'

m fîp»^M^S ^ station Incusire de la Tènt-

K M F M '^ fourni deux exemplaires.

^^^^^r ^^ft^arf^^ ''^'^'" 'ongueur est d'cnvi-

^^^^ roii 35 centimètres, c'est-à-

riii- Ï'JIK Mots Je elieïfll, ,. , ,, , ,, ,.

irouvé'don. le lac Je Nei.diSiH. -J'^e qu elles sont d un tiers

plus petites que les faux actuelles des moissonneurs suisses. On tire de l'eiislcncc di' ces faux une déduction imporlcinle : c'est qLie les homuies du commencement de l'époque du fer faisaient des provisions de foin, et par consécpient élevaient des bestiaux.

Les garnitures de fer qui terminaient les gaiïes employées par les bateliers pour se diriger sur le lac, sont assez communes à la Tène; elles se terminent en pyramide quadrangulaire, ou en cône (fig. 289). Il en est qui conservent encore Textrémité de la perche en bois qui était fixée au moyen d'un clou.

A la suite de ces objets, nous mentionnerons des mors et des l'ers de chevaux, les premiers construits d'une manière très simple et tels qu'ils restèrent pendant longtemps. Ils se composent d'un chaînon en fer (fig. 290), qui se plaçait dans la bouche du cheval, et se terminent à chaque bout par un anneau auquel s'attachaient les rênes.

Les fibules, ou agrafes de manteaux, attirent surtout l'attention dans cette classe d'objets : les formes en sont très élégantes et très variées ; leurs dimensions varient de 6 a 12 centimètres.

Elles sont toutes formées (fig. 291) d'une épingle en communication avec un ressort à boudin , contourné de diverses façons.

Fig. 291. Fibule,

ou agrafe de fer, trouvée

dans

h' lac de Neuchàtel.

Fig. 29-2.

Boucle de ceinturon en fer,

trouvée

dans le lac de NeucliAteL

Toutes sont pourvues d'un étui pour loger l'extrémité de l'ardillon, et rendre toute piqûre impossible. Un grand nombre sont très bien conservées, et pourraient être utilisées aujourtriiui.

Hgs agrafes, que nous avons déjA signalées dans les tombeaux de Hallstadl, et dont les Étrusques et les Romains firent plus lard usage, tendent à prouver que, comme ces peuples, les Helvétiens et les Germains portaient la toge ou le manteau. Ces fibules ont un caractère particulier, et il est impossible de les

ronfondre avec les Ulmlts romaines. Elles sont d'ailleurs semblables tie tous points à celles que l'on trouve à Alise.

On a trouvé avec les fibules, dans les lacs de la Suisse, beaucoup d'anneaux {iig. 292) dont l'emploi est encore problématique. Les uns sont unis, les autres ciselés de dUTérentes manières. On pense que certains ont dû servir de boucles pour les ceinturons des soldats, mais il en est qui ne se prêtent pas li cette explication. On ne peut non plus yvoir des bracelets, car la plupart sont trop petits pour un pareil usage. Quelques-uns portent de nombreuses entailles régulièrement espacées sur tout leur pourtour, d'où la supposition que c'étaient peut-être des monnaies.

La station lacustre de la Tène (lac de Neuebûlel) a égalcmeul

Fig. VXl. Pince de fer Fig. S94. Ci

trouvée va fer, iroiivés Rasuîr.

dans le lac de MeucliAtel. dans le lac de ?Jouclilktel.

fourni (les pinces (fig. 293), qui servaient sans doute a épiler et dont la facture est parfaite, une paire de ciseaux à ressort (lig. 294], les deux branches étant d'un seul morceau, et quelques lames minces (fig. 295) qui ont drt être des rasoirs.

Les poteries se rapportant à cette date n'accusent pas un progrès réel sur celles de l'époque du bronze : la pilte en est encore mal cuite et de couleur noirâlre. Il est vrai qu'à côté de ces débris on a ramassé quantité de fragments de vases, et même

des vases entiers, façonnés à Taide du tour et cuits au four, offrant, par conséquent, la coloration rouge des poteries modernes. Mais les archéologues pensent que ces poteries ne remontent pas plus haut que l'époque romaine, opinion que semblerait confirmer la présence, au milieu des pilotis de la Tène, d'une masse de tuiles d'origine évidemment romaine. La conclusion à tirer de là, c'est que plusieurs pilotages des lacs helvétiques ont continué d'être utilisés sous la domination romaine.

Ce qui caractérise l'époque du fer, c'est, avons-nous dit, lapparition des monnaies. M. Dcsor a retiré, en 1864, du lac de lu Tène, cinq pièces de monnaie incontestablement gauloises. Elles sont en bronze et portent d'un côté le cheval cornu, de l'autre un profil humain. Nous avons représenté plus haut (fig. 265, page 407) le curieux échantillon de monnaie des stations lacustres trouvé par M. Desor dans le lac de Neuchâtel. Les bavures qui persistent de chaque côté montrent qu'on les coulait par séries dans des moules, et qu'après la fonte on les détachai! Tune de l'autre avec la lime.

Des monnaies toutes semblables ont été découvertes, avonsnous dit également, à la Tiefenau, près de Berne, avec d'autres à l'effigie de Diane et d'Apollon et portant l'empreinte de Marseille. Ces dernières, ne pouvant être antérieures au sixième siècle avant notre ère, datent de la fondation de Marseille; il v a des probabilités pour que celles qui les accompagnent soient à peu près de la même époque.

Tels sont les débris d'instruments, d'outils, d'armes, etc., confectionnés en fer, recueillis dans la station lacustre de la Tène, c'est-à-dire dans le lac de Neuchâtel. Nous ajouterons que, près de Berne, dans un lieu que l'on désigne sous le nom de champ de bataille de la Tiefenau, parce qu'il semble avoir été le théâtre d'une grande lutte entre les Helvétiens et les Gaulois, on a ramassé une centaine d'épées et de fers de lances, semblables à ceux de la Tène, des fragments de cottes de mailles, des anneaux, des fibules, des cercles de roues de chariots, des mors de chevaux, et enfin des monnaies gauloises et marseillaises en argent, en bronze et en étain. Ce champ de bataille paraît donc contemporain de la station de la Tène.

Outre ces deux sources précieuses de renseignements, — la Tène et la Tiefenau, — la Suisse possède, comme archives bonnes

A consulter relalivcment ù l'époque du fer, les tunmli el les simples tombeaux. Il fiiul seulement remurquer à ce propos ipi'il est souvent difûcilc de les raltaclier en toute si'curilé & lu iiiôme époque que les deux euiplaceraents prt'cédents, et qu'unif^ranile réserve est. recommandée en ce qui concerne une telle identification.

En résumé, l'époque du fer, considérée même dans ses premiers temps, les seuls que nous ayons à envisager ici, est la <late de la véritable civilisation chez les peuples européens.

L'industrie s'exerçant au moyen des matières premières, telle» i|ue le fer et les produits textiles, fournissait tout ce que récUment les usages de la vie. Le commerce était déjA florissant, car il ne s'exerçait plus par la seule voie des échanges. Les monnaies, signe conventionnel des richesses, étaient employées de» cette époque, et devaient singulièrement favoriser le traCr. Ouant à l'agricullnre, elle était aussi avancée qu'elle pouvait j'élre k cette aurore de la civilisation. Les débris de céréale^ trouvés dans les stations lacustres de la Suisse, joints aux instruments de fer pour le travail de la terre, tels que les faux el les rriui'illes, que nous avons représenlif-es plus haut (fig. 287 l'I 288), nous disent suffisamment que l'agriculture constituait alors la richesse principale des peuples. Le cheval, l'Ane, le chien, le bœuf, le porc étaient depuis longtemps consacrés à servir d'auxiliaires à l'homme pour les travaux des champs, ou à accroître les ressources de son alimentation. Les arbres à fruits étaient j'ultivés en grand nombre.

Nous ne connaissons, k la vérité, aucun des instruments de fer ou de bronze qui pouvaient servir à la culture de la terre ihcz les peuples de l'époque du fer. On n'a recueilli que des faul'illes, en fait d'instruments agricoles. Mais ces instruments, joints à la quantité considérable de restes osseux de bétail, que l'on trouve dans les stations lacustres et palustres, prouvent que l'art de travailler la terre et d'extraire de son sein, fécondé par des pratiijues que l'expérience avait consacrées, était en pleine vigueur chez les hommes de la période qui précède immédiatement les temps historiques.

C'est à représenter matériellement l'état de l'agriculture A l'époque du fer qu'est consacrée la figure à96. On y voit la mois-

son (les céréales exécutée à l'aide des faucilles trouvées dans les stations lacustres de la Suisse. Un homme bat, avec un simple bâton, les gerbes, pour en extraire les grains. Ces grains sont ensuite broyés dans un moulin circulaire à manche horizontal. Ce moulin, composé de deux disques superposés et roulant l'un sur l'autre, avait remplacé le grossier moulin~primitif, et il fut plus tard le moulin des Romains, le pistrinwn, à la manœuvre duquel on condamnait les esclaves.

Des indices non équivoques ont permis de constater que les sacrifices humains étaient pratiqués chez les Helvétiens. On sait d'ailleurs, par les récits des anciens historiens, que cette coutume barbare existait chez les Gaulois et chez les peuples du nord de l'Europe. Dans un tumulus situé près de Lausanne, qui contenait quatre urnes funéraires, on trouva en môme temps quatre squelettes de jeunes femmes. Leurs ossements brisés n'attestaient que trop le supplice qui avait terminé leur existence. Les débris de leurs parures gisaient çà et là, et tout porte à croire qu'elles avaient été écrasées sous la masse de pierres qui constitue le tumulus, victimes d'une cruelle superstition. Non loin de là, un autre tumulus contenait douze squelettes dans des poses désordonnées. Il est probable que ces restes proviennent d'individus qui furent immolés ensemble sur l'autel d'une divinité implacable.

Quel était le type de la race humaine à l'époque du fer? Évidemment celui d'aujourd'hui. Les crânes et les troncs de squelettes trouvés dans les tombeaux de cette époque abondent, et ils indiquent une race identique & celle de nos jours.

Nous ne pousserons pas plus loin cette étude de l'humanité primitive. Nous sommes arrivés & une époque suffisamment éclairée par la tradition et les documents historiques. La tâche de naturaliste finit où commence celle de l'historien.

e<jYcH>

l'uommk PBiMinr. 1]^

Le déycloppement de l'humanité a été sans doute le même dans toutes les parties de la terre; de sorte que dans quelque contrée que Ton considère, l'homme a dû passer par les mêmes phases, pour arriver à son état actuel. Il a dû avoir partout son Age de la pierre, son époque du bronze et son époque du fer, se succédant dans Tordre que nous avons constaté en Europe. Dans l'esquisse qu'on vient de lire, si nous avons concentré notre attention sur l'Europe, c'est que cette partie du monde a été seule jusqu'à ce jour le sujet d'études particulières et attentives. L'Asie, l'Afrique et l'Amérique ont été à peine explorées en ce qui concerne l'antiquité de notre espèce; mais il est probable que les faits qui ont été découverts en Europe se reproduisent à peu près identiquement dans les autres, parties du monde.

C'est ce qu'on a déjà vérifié pour les dolmens. Ces tombeaux de l'âge de la pierre, que l'on croyait d'abord particuliers à la France, et môme à une province de la France, à la Bretagne, se retrouvent aujourd'hui dans toutes les parties du monde. Non seulement ils existent dans toute l'Europe, mais les rivages de l'Afrique nous en révèlent de très nombreux vestiges, et dans toute l'Asie, presque au fond des Indes, ces mêmes formes de sépulcres attestant une époque bien déterminée de l'histoire de l'homme ont été signalées récemment par les voyageurs.

M. Adrien Arcelin, à la suite d'une mission reçue du ministère de l'instruction publique (1868-1869), a retrouvé en Egypte et en Syrie des vestiges nombreux de l'industrie primitive. Il est parvenu à reconstituer les âges de la pierre taillée, du renne, de la pierre polie et des métaux sur le sol de l'ancienne Egypte. Les objets de pierre correspondant à ces différentes périodes trouvés en Egypte sont entièrement les mêmes que ceux qui existent en Europe.

Après M. Arcelin d'autres voyageurs ont fait les mêmes découvertes en Egypte. V Illustration a publié, en 1870, une série de dessins d'objets de pierre taillée, trouvés en Egypte par un de nos naturalistes & l'époque de l'inauguration du canal de Suez, en novembre 1869.

M. Wors a recueilli aux fronlièrea de l'Egypte des silex taillés semblablci^ â ceu\ <]iie nous avons décrits dans le cours de cet ouvrage. En Aljçrérie, M. labfaé Richard a trouvé, dans les plnlcaus du sud i-l vers le commencement du désert, des silex taillés, consii-tnnt en couteaux, grattoirs, scies, poiales de 116clies, marteaux, etc. Ces pièces sont très petites, mais très Qnes.

Des inslrumeuLs en giîerre itotio ont été également signalés par H. Relioud, dans les contrées au delà du Tell. Enfin le jfuséc de Saint-tiermain posstde une pointe de silex Irfcs l»ien taillée, recueillie au Cioth (prorince d'Oraa) par M. Chopin, qui en a rapporté un certain nombre.

Ainrii les connaissances que nous possédons en ce qui concerne l'Europe peuvent se généraliser et s'appliquer aux autres parties du inonde, A l'Asie, à l'Afrique, à l'Amérique et h l'Océanie,

Toutefois l'Amérique a déjà été le théâtre de quelques explorations fructueuses concernant l'homme primitif. Nous consacrerons donc les dernières pages de ce travail à l'examen des vestiges antéhisloriques recueillis en Amérique, et à l'exposé des conditions probables d'existence de l'homme du Nouveau-Monde

li nous sont révélées par ces débris.

Les renseignements qui ont été publiés concernent seulement l'Amérique du Nord.

11 est inutile d'insister sur les instruments en pierre et en os du Nouveau-Monde. Us diffèrent très peu, par leur forme, de ceux d'Europe. Ils s'appliquaient aux mêmes usages, et ne s'en distinguent d'une manière sensible que par la matière qui les compose. Nous retrouvons là les haches, les couteaux, les létes de flèche, etc. Seulement ces instruments ne sont pas taillés dans le silex, roche qui n'existe pas dans ce pays. L'obsidienne et d'autres pierres dures remplacent le silex.

Un flge qu'il faut créer particulièrement pour l'histoire de l'homme primitif dans l'Amérique du nord, c'est l'Age du cuivre. En Amérique, l'emploi du cuivre a précédé celui du bronze. C'est ce qui devait arriver chez une nation qui possédait de si riches minerais cuprifères. Il existe sur les bords du lac Supérieur de très importantes mines de cuivre natif, et les Indiens les ont exploitées de bonne heure. Les traces de cette antique exploitation ont été parraitcment reconnues par divers voyageurs.

H. Knapp, agent de la compagnie des mines du Minnesota, a

le premier signalé ces mines antéhistoriques. En 1847, ses re* cherches l'ayant conduit dans une caverne hantée par des porcsépics, il-découvrit, sous des terres amoncelées, une veine de cuivre natif, contenant un grand nombre de haches de pierre. Peu après, d'autres excavations, profondes de 8 à 10 mètres, sur une étendue de plusieurs milles, s'offrirent à ses regards. Les déblais avaient été jetés à droite et à gauche, et des arbres puissants y avaient poussé. M. Knapp compta, dans le tronc d'un sapin sifué de la sorte, 395 anneaux de croissance, et cet arbre a pu être précédé d'autres géants, non moins vénérables. Dans les ti'anchécs elles-mêmes, qui ont été lentement comblées par des débris végétaux, il s'était jadis élevé des arbres, qui, après avoir vécu des centaines d'années, sont tombés en pourriture, et ont été remplacés par d'autres générations, dont la durée n'a pas été moins considérable. On est donc forcé dé faire remonter l'exploitation des mines de cuivre natif du lac Supérieur à une époque extrêmement reculée.

Dans beaucoup de ces excavations, on a trouvé des marteaux de pierre, parfois en quantité considérable. L'une de ces excavations contenait de grandes haches en diorite, qui se manœuvraient à l'aide d'un manche, et de gros rouleaux de la môme substance, creusés à l'intérieur pour recevoir un manche. Ces rouleaux, trop lourds pour être soulevés par un seul homme, servaient sans doute à détacher des blocs de cuivre, et à les réduire ensuite en fragments, (|u'il était facile de transporter. S'il faut en croire un explorateur, le professeur Mather, certains rochers portent encore la marque des chocs qu'ils ont reçus de ces rouleaux de granit.

Le travail du cuivre natif était des plus simples. Les Indiens le martelaient à froid, et, vu sa malléabilité, ils lui donnaient assez facilement la forme qu'ils souhaitaient.

En Amérique, comme en Europe, un grand nombre de poteries préhistoriques ont été recueillies. Elles sont, il faut le reconnaître, bien supérieures & toutes celles de l'ancien monde. La pâte en est très belle, excepté dans les vases d'un usage courant, où elle est mélangée de quartz réduit en poudre; leurs formes sont des plus pures, et le travail en est fort soigné. Elles ne paraissent pas avoir été façonnées à Taide d'un tour; mais MM. Squier et Davis, archéologues américains très compétents» densent que les Indiens se servaient pour cette besogne d'un

bAlon tenu par le milieu. L'artisan tournait ce faAlou & l'intérieur àe In masse d'argile, qu'un aide empilait toul autour.

En fait lie poteries, les plus intéressantes sont les pipes, qu'on (levait s'attendre à rencontrer dans ce pays natal du classique calumet. Beaucoup de ces pipes sont sculptées en forme d'animaux, très fidèlement reproduits. Ces fibres sont très variées: elles comprennent des quadrupèdes, des oiseaux de tous genres. On a môme retrouvé dans l'État d'Ohio sept pipes, où le morse est si bien représenté qu'il est impossible de s'y méprendre. Cette découverte est curieuse en ce sens que le morse ne se rencontre aujourd'hui qu'à quatre cents lieues de l'Ohio.

Les bijoux et ornements préhistoriques de l'Amérique du Nord consistent en bracelets, colliers, pendants d'oreilles, etc. Les bracelets sont des anneaux en cuivre, courbés au marteau, de façon que les deux extrémités viennent se rejoindre. Les colliers se composent de grains d'écaillé, dont on a recueilli des quantités considérables, de coquillages, de dents d'animaux, de petites plaques de mica, le toul percé d'uu trou pour être enfllé. Les mêmes éléments constituaient les pendants d'oreilles.

Tous ces objets — armes, outils, poteries, ornements — ont été retirés d'ouvrages gigantesques, présentant une certaine analogie, quelquefois même une ressemblance frappante, avec les grandes constructions mégalithiques de l'ancien continent. Les archéologues américains les ont classés,' d'après leur destination probable, en un certain nombre de catégories, sur lesquelles nous nous arrêterons quelques instants.

Il y a d'abord les tertres funéraires, ou tuviuli, qui se comptent par dizaines de milliers. Leur hauteur varie de 2 à 40 mètres. Ils sont isolés ou par groupes, et affectent généralement la forme circulaire. On n'y trouve le plus souvent qu'un squelette, soit réduit en cendres, soit — ce qui est plus rare — à l'état ordinaire et dans une position accroupie. A côté du cadavre sont déposés des bijoui et, dans peu de cas seulement, des armes. C'est le contraire qui se fait aujourd'hui en Amérique : d'où l'on peut conclure une profonde modification d'idées chez les Indiens depuis les temps antéhistoriques.

Il est à peu près avéré maintenant que certains petits lumuli ne sont que des débris de liuttes en terre, attendu qu'ils ne renferment ni cendres ni ossements. D'autres, au contraire, parmi les plus grands, contiennent une quantité considérable d'osse-

menls. Il faut rapprocher de ceux-ci les puits à ossements^ dont quelques-uns renferment les restes de plusieurs milliers d'individus.

On ne s'expliquerait pas l'existence de semblables amas, si l'on ne savait, par les récits d'anciens auteurs, que les Indiens avaient l'habitude de se réunir, tous les huit ou dix ans, en un endroit convenu, pour y ensevelir tous ensemble les ossements de leurs morts préalablement exhumés. Cette singulière cérémonie s'appelait la « fête solennelle des morts ».

Nous dirons peu de chose des tertres à sacrifices, par la raison qu'on n'est pas bien d'accord sur leur signification. Ils ont pour caractères principaux de se trouver presque toujours à l'intérieur des enceintes sacrées, dont nous parlerons plus loin, et de recouvrir une sorte d'autel, situé au niveau du sol, et fait d'argile cuite ou de pierre. Pour certains archéologues, ce prétendu autel pourrait bien n'être que l'emplacement d'un ancien foyer, et le tertre lui-même une habitation transformée en tombeau après la mort de son possesseur. Il convient donc de réserver son jugement au sujet des sacrifices humains, dont ces lieux ont pu être le théâtre, jusqu'à connaissance plus complète de la matière.

Les tertres-temples sont des monticules en forme de pyramide tronquée, avec des avenues en gradins, montant jusqu'au sommet, et quelquefois des terrasses à difl'érentes hauteurs. Ils se terminent invariablement par une plate-forme plus ou moins étendue, et atteignent parfois des dimensions considérables. Celui de Cahokia, dans l'Illinois, mesure environ 30 mètres de haut, sur 200 de long et 150 de large à la base. Ces monticules n'étaient sans doute point exclusivement des temples, et il est permis de penser, en s'autorisant de divers exemples pris dans rhistoire indienne, qu'on élevait sur l'esplanade supérieure les demeures des chefs.

Les travaux de terrassement les plus curieux sont sans contredit ceux que les archéologues américains ont désignés sous le nom de tertres-animaux. Ils consistent en bas-reliefs gigantesques taillés à la surface du sol, et représentant des hommes, des mammifères, des oiseaux, des reptiles, même des objets inertes, tels que des croix, des pipes, etc. Ils existent par milliers dans le Wisconsin, où on les trouve surtout entre le Mississipi et le lac Michigan, le long du sentier de guerre des In-

dJeas. Leur hauteur n'esl jamais bien considérable, et il est rare qu'elle aUcignc 2 mètres; mais les autres dimensions ont sonvent un développement énorme. Beaucoup «Je ces Ggurt*s sont des copies très exactes de la nature; mais il y en a qu'il est difficile (le définir, parce qu'elles ont été altérées par les agents atmosphériques agissant durant une longue suîlc do siècles.

Le comté de Dale renferme un groupe intéressant, composé d'un homme au\ bras étendus, de six quadrupèdes, d'un simple tumulus et de sept tertres sans prétentions urtisliques. L'booune mesure environ 40 métrés de long et près de 50 mètres de l'extrémité d'un bras & l'autre. Les quadrupèdes ont de 30 à 40 mètres de longueur.

On reconnaît fréquemment dans ces monstrueuses images des lézards et des tortues. Un groupe de tertres situés près du rillage de Pewaukec comprenait, lorsqu'on le découvrit, deux lézards et sept tortues. L'une de ces tortues mesurait 150 mètres de long. A Waukcsha, on a aussi trouvé une tortue monstrueuse admirablement exécutée, dont la queue se développait sur une étendue de 80 mètres.

Dans l'état de l'Ohio, près de GranvîUe, sur une haute colline, est sfulpté le reptile connu aiijounl'hui sous le nom d'allîpafor. Ses pattes ont 12 mètres de long, et sa longueur totale dépasse 80 mètres. Dans le même État, se trouve un vaste serpent, le plus remarquable ouvrage du genre. Sa tête occupe le sommet d'une colline, le long de laquelle le corps se déroule pendant 240 mètres, avec des replis et des ondulations agréables. La gueule est toute grande ouverte, comme si le monstre avalait une proie. Cette proie est représentée par une masse de terre, de forme ovale, qui repose en partie sur ses mâchoires. Cet ovale mesure environ 25 et 50 mètres sur les deux sens, et sa hauteur I"',20.

Dans certaines contrées, les éminences sont remplacées par des excavations, c'est-à-dire qu'au lieu d'être figurés en relief, les animaux sont en creux ; étrange variété de ces ouvrages étranges 1

On se perd en conjectures sur l'origine et le but de semblables travaux. Ils ne contiennent ordinairement aucun débris humain, et n'ont pu être destinés, par conséquent, à servir de sépulture. Le plus grand mystère couvre donc jusqu'à présent les circonstances qui ont accompagné l'érection de ces monuments antéhistoriques, remarquables entre tous.

Il nous reste à parler des enceintes. Elles sont classées par les archéologues américains en enceintes défensives et enceintes sacrées. Celte distinction ne repose toutefois que sur des fondements bien incertains, et il est problable qu*une bonne partie des enceintes soi-disant sacrées ont été simplement élevées dans un but défcnsif. En général, elles se composent d*un mur de pierre et d'un fossé, intérieur ou extérieur. Elles affectent souvent la forme d'un parallélogramme et môme d'un carré ou d'un cercle parfait, d'où l'on a conclu que les anciens Indiens devaient posséder quelque unité de mesure et quelque moyen de déterminer les angles. Elles embrassent quelquefois une étendue considérable, et il n'est pas rare de voir à l'inférieur de l'enceinte principale d'autres enceintes plus petites, flanquées de tertres défensifs faisant office de bastilles. Dans certains cas, des enceintes de formes diverses sont groupées les unes à côté des autres et reliées par des avenues, ou bien elles restent indépendantes.

Le plus important de ces groupes est celui de Newark, dans la vallée de Scioto: il recouvre une superficie de quatre milles carrés et se compose d'un octogone, d'un carré et de deux grands cercles. Le mur extérieur de l'un de ces cercles mesure aujourd'hui 17 mètres de largeur à la base sur 4 mètres de hauteur; il est percé de plusieurs portes, auprès desquelles sa hauteur est augmentée d'un mètre. A l'intérieur existe un fossé de 2 mètres de profondeur et de 4 mètres dans le voisinage des portes, sa largeur étant de 12 mètres. L'enceinte tout entière est aujourd'hui couverte par des arbres gigantesques, Agés de cinq ou six cents ans, ce qui indique une très grande antiquité pour l'époque de sa construction.

Quand on réfléchit à la masse innombrable et aux proportions grandioses des monuments que nous venons d'énumérer, on est contraint de reconnaître que les vallées américaines devaient être beaucoup plus peuplées autrefois qu'à l'époque où les Européens y pénétrèrent. Ces populations formaient des sociétés considérables, parvenues à un état de civilisation avancée, et, dans tous les cas, bien supérieur à celui qui est aujourd'hui le partage des tribus indiennes. Des peuples qui auraient été obligés de chercher quotidiennement dans la chasse leurs moyens d'existence, ne seraient jamais venus à bout d'élever de pareilles constructions. Il faut donc qu'ils aient trouvé des ressources dans l'agriculture.

Cette înduclion csl d'ailleurs rortfirmée par les faits. Il eiùle ■ CD maints eudroiis, sur le sol des Êtals-Unis, de peliU mame- I loo^ connus &0U!> le nom de huiles à maie, et qui proriennent de ce que ie mais, planté ctiac|ue année sur le mJme point, a fini par former, après bien des siècles, des monlîmles de terrain. On a aussi découvert tes traces d'anciens jardins, dispos-és symétriquement en sillons et rangées parallèles.

Peul-on assigner une date à celte période de demi-civilisalion qui, au lieu de grandir toujours, comme celle de l'Europe, s'éclipsa tout à coup, par des causes inconnues? La réponse à cette question serait négative, si l'on demandait une date so traduisant par un chifTre. Cependant une conclusion générale à laquelle sont arrivés les archéologues américains, c'est que l'histoire du Nouveau-Monde contient quatre grandes périodes. Sa première période comprend la naissance de l'agriculture et de l'industrie, la seconde l'édiGcatiou des terires et des enceintes, la troisième la création des jardins. Dans la dernière période, les peuples américains retournent A la vie sauvage et h la libre occupation des lieux dont l'agriculture s'était emparée.

H. Lubbock, qui nous fournit ces renseignements dans son ] ouvrafre l'Homme nvanl rhhtoire', estime que celte succession d'événements n'a pas nécessité une durée de plus de trois mille ans, tout en reconnaissant que ce chilTre pourrait être plus considérable. Mais un autre savant, le docteur Dowler, voit autrement les choses. Le docteur Dowler a trouvé près de la Nouvelle- Orléans un squelette humain et des restes de foyer auxquels il attribue, sur la foi de calculs plus ou moins acceptables, une antiquité de cinquante siècles! La jeune Amérique serait donc bien vieille!

On voit, par cet exemple, de combien d'incertitudes est entourée l'histoire de l'homme primitif en Amérique, et l'on comprend que nous ayons cru devoir nous renfermer, pour être Adèle à l'esprit scientifique, dans l'étude des faits propres A l'Europe. Appliquer au monde entier des résultats parfaitement constatés en Europe est encore plus sûr que de décrire des phénomènes locaux imparfaitement étudiés, et prêtant A des différences d'interprétation qui varient de trois mille A cinq mille ansl

I. Chapitre intitula : L'ArchéotogU de l'Aiwrigue du Xord , dons l'ouvraf^c : L'IIonnne avanl Vhitloirt. pages 310-398.

Page 1