CHAPITRE II
Armes, oulils, instruments, ustensiles, poteries à Tépoque du fer. — Les tombeaux de Hallstadt et du plateau de la Somma. — Les sépultures de Saint-Jean de Belleville. — Les stations lacustres de la Suisse. — L*industrie et Tagriculture à Tépoque du fer. — Sacrifices humains. — Type de Thomnie à Tépoque du fer. — Commencement des temps historiques.
Les plus précieux vestiges des coutumes de Hiuinanité, aux ])remiers temps de Tépoque du fer, ont été fournis par le vaste Hîimetière découvert en Autriche, A Hallstadt, près de Salzbourg. M. Ramsauer, directeur des salines de Salzbourg, a explore, ^lans cette localité, j)rès de mille tombes, et il en a donné la xlescription dans un ouvrage plein d'intérêt, dont une copie manuscrite, que nous avons consultée, existe au Musée archéologique de Saint-Germain.
Comme les tombeaux de Hallstadt appartiennent précisément aux premiers temps de l'époque du fer, ils forment pour nous la transition naturelle entre 1 époque du bronze et celle du fer. Eli iîlîet, sur un grand nombre d'objets renfermés dans ces toml>eaux, tels que poignards, é[)ées, ornements divers, le bronze et le fer sont unis. Une épée, par exemple, est formée d'une poignée de bronze et d'une lame de fer. C'est ce que montrent les figures 266, 267, 268 et 269, dessinées d'après le manuscrit de l'ouvrage de M. Ramsauer, les Tombef> de Hallstadt, et dans lesquelles on remarque cette alliance des deux métaux, dont l'un forme la poignée et l'autre la lame.
En parcourant rapidement les objets trouvés dans les tombes de Hallstadt, nous donnerons une idée exacte de l'époque du fer à ses débuts.
(ilO
Et d'abortl ce iiui frappe, c'est im changement profond dans Ih manière dont se faisait alors l'ensevelissement des morts. Dans l'âge de la pierre, les morts étaient placés dans de petites ci7pies soulerrainea, c'est-à-dire dans des tumuti. A la fin de l'époque du bronze et fuis premiers temps de celle du fer, rni commença à brûler les corps.
Cette coutume dut grandir de siècle en siècle, et dans les temps historiques] elle devint univcrsellr riiez beaucoup de peupic-s.
Kig. 26G cl 167. Epùcs des loiutirs
de Ilallsladt.
(Poigni'e de brume fi lame dv fer.)
■g 268 cl 2G1 l'oignards de) toniltfs
de llalJeladI.
{ Manche de Ijronïc el lame de fei. )
On voit, en elTet, dans los lombes de Htillsladt, beaucoup dr petits vases de tcnc contetiaiit des cendres. O'it'lquefois c'est une partie du corps seulement qui a été brûlée, de telle sorte que l'on trouve dans ces tombes une |)ortion du squelette, et près de ce squclellejncomplct les cendres des parties que le feu a consumées.
Les tombes de Hallstadt se partagent à peu près également entre ces deux modes d'inhumation. La moitié environ contient simplement des cendres; dans l'autre moitié, les cadavres sont conciles, selon l'usage le plus général à l'époque du fer. EnQn, comme nous venons de le dire, quelques-uns renferment des isquelettes partiellement brûlés. C'est tantôt la tête, tantôt le
Fip. s;n. Co [ à I
b s de llallïtaai.
buste tout entier, tantôt les membres inférieurs qui sont consumés, les cendres reposant à côté de la portion intacte du squelette. La ligure 270, dcssin^^e an Musée de Saint-Germain sur l'une des planclies du manuscrit de M. Ramsaurr, les Tombes do Hallstadt, nous montre un squelette dont une partie (la poitrine) a été brûlée. Los cendres sont contenues dans les petits vases en Iprre qui se voient près du corps.
h\i AGE DES METAUX.
C'est (l'aprÈs la coiiDaissaiice de cet usage de brftler las airps i r6[}oqui; du fer que nous représenlons dans In composition ipii accompagne cette page (Gg. 271), les fuai'TtiUles à l'épo<jm du fer.
Le cadavre est placé sur un bûcher, et In porte en pierre t Ivaimlus est enlevée pour recevoir l'urne funéraire Los patenta du défunt accorapagncut le cortège, couverts de leurs plus beauj vêtements, et parés des ornements de bronze et de fer alors « usage. On voit l'un des assistants jeter dans les flammes du bûcher quelques objels précieux, en l'honneur du défunt.
C'est dans les tombes de Hallstadt que l'on a recueilli le plul grand nombre d'objets, armes, instruments et ouliU, pouvai éclairer l'histoire de l'époque du fer. Tous ces objets sont « bronze ou en fer, mais ce dernier métal prédomine dans td armes. Épées, pointes de lance, poignards, couteaux, haches j douille et à ailerons, Ici est le bilan des instnimeats tra 'Chants. Nous avons représenté dans les pages qui précëdei (fig. S66, 267, 268 et 269] des épées ou poignards dessinés d'aprt le» moulages qui existent au Musée de Saint-Germain. Dai toutes ces armée, la poignée est en bronze, tandis que la Ion Bst en fer. Beaucoup de ceinturons de guerriers sont formas i lames (k- Itruii/o cl soni dik'orés d'ornenieiils repousses au marteau.
Nous représentons encore un collier à breloques (flg. 272) «Vune exécution remarquable. On voit que l'art est décidément hors de page. Il prélude aux merveilles qu'il fera bientdt éclore sous les cieux de la Grèce.
Les bracelets que l'on a trouvés par centaines, les épingles à cheveux, les fibules en bronze, sont travaillés avec goût et souvent garnis de pendanis 1res élégants. Nous représenlons dans les figures if73 et %Ti deux bracelets, d'après les dessins du manuscrit des Tombes de Ilollsladt.
De nombreux grains de colliers en ambre, et quelques-uns en l'mail, voilA pour les objets de parure.
On a trouvé dans les tombes de Hallstadt près de deux cents vases en bronze, dont quelques-uns atteignent jusqu'à 90 centimètres de haut. Ces vases de bronze se composent de plusieurs pièces habilement rivées, mais non soudées. Les figures 275 et 276 sont la reproduction de deux beaux dessins du même manuscrit.
Fie. 111. Puodrnillcs i l'époqiir du fer.
ËPOQUE DU FEH. 41»
On a trouvé dana les mfimes tombes de HallsUdt de petits vases en verre.
Les restes de poteries sont trtjs abondants et témoignenl d'une
Fig, 371. Collier Kig. 374,
i breloquM dei tomhe« de Haltsladt. Uraceli'U iIcb tomboi de Ilittstadt.
Pi^. 31» et 276.
bronio des tombes de Ballsladt.
fabrication assez perfectionnée. Quelques bijoux d'or existent dans ces tombes. L'or était sans doute extrait des mines de la Transylvanie.
L'ivoire africain abonde dans ces tombeaux. Cest l'indice de
roIiilioiiH coniinei-L'iales Irèa loinluines. Ce produit élait apporli- (■n Kiiropo par les Phéniciens, ainsi qui' le verre. Les peuples de l'Europe centrale obteDaient de l'ivoire de Tyr et de Sidon par voie d'échange.
Les objets il'ivoire recueillis à Hallstadt consistent en télés ilV'pIngles A cheveux et en pommeaux d'épée.
I^s monnaies manquent absolument, car l'usage des monnaies n'était pas encore établi dans cette partie de l'Europe.
ta population qui vivait autour lIcs mines du Salzbourg actuel était riche, car les mines de sel étaient pour elle «ne source de 'fortune, à une époque ou les gisements du sel gemme de In Pologne, enl'ouis dans les profondeurs du sol, étaient encorf inconnues ou inaccessibles. On s'explique de cette manière l'opulence générale de ces populations commerçantes, et par suit.» l'élégance et le goût des objels que l'on a trouvés dans les tombeaux de Hallstadt.
(Jrdce à ces différents vestiges, il n'est pas itifQcile de reconstituer, comme nous avons essayé de le faire dans la lîgure 3Î7, des guerriers à l'époque du fer. Les différentes pièces de l'arncment du cavalier, du guerrier & pied, ainsi que du cheval, sont (■mpriinlés iuix objets ipii liynreni au Musée de Sainl-fîermain, et qui proviennent des moulages exécutés à Hallstadt. Le casque est dans un état parfait de conservation. Il ressemble à celui que porteront bientôt les soldats gaulois. Les plaques du harnachement du cheval se trouveront également bientôt chez les Canlois et chez les Romains.
Après les lombes de Hallstadt, il faut citer comme ayant apporté un tribut utile à l'histoire des premiers temps de l'époque du fer, les tombes trouvées sur le plateau de la Somma, en l/>mbardie.
On a découvert sur ce plateau des tombes composées de pierres brutes et de forme rectangulaire. A l'intérieur existaient des vases contenant des cendres et qui sont d'une facture assez convenable. D'une pdte fine et façonnés au tour, ils sont ornés de dessins variés et pourvus de cordons saillants. On voit même sur quelques-uns des représentations d'animaux, indiquant un progrJ.-s notable dans le domaine de l'art. La date historique de ces urnes nous est indiquée par des fibules (agrafes de manteaux), par des anneaux et des bracelets de fer, par des ceinturons mi-bronze et fer, et de petites chaînes en bronze. Les
Fift- 31* Guorrien h l'époque Ju fer.
UCiXME rsiiiiTiP.
ËPOQDE DU FER. 419
tombes de la Somma appartiennent donc à une époque de transition entre l'époque du bronze et celle du fer ; elles remontent environ au septième siècle avant Jésus-Christ.
Nous citerons, au même titre, les sépultures de Saint-Jean de Bclleville, en Savoie. LJt de nombreuses tombes du commencement de l'époque du fer ont été explorées par MM. Borel et Costa de Beauregard. Ce dernier a donné, dans un ouvrage de luxe publié en Savoie , la description détaillée de toutes ces sépultures'.
Plusieurs squelettes sont étendus sur le dos, d'autres ont été brûlés en partie seulement , comme nous l'avons signalé pour les tombes de Hallstadt. Divers objets, consistant surtout en bijoux et ornements, ont été recueillis dans ces tombes. Citons des fibules, des bracelets , des colliers en ambre et en verre émaillé, etc.
Nous représentons, dans les figures 278 et 279, deux bras de squelettes entourés d'une quantité de bracelets, tels qu'ils ont été trouvés dans ces sépultures.
Kig. 27S cl 2T'J. Avaal-liras colourés
de braci'lcls, trouvas
dans li-s lombes de Uellcvillf (Savoie).
Los stations lacustres de la Suisse ont fourni leur tribut utile pour la reconstitution historique de l'époque du fer.
Il existe, en divers points des lacs de Bienne et de Neuclidtel, des pilotages qui renferment des objets en fer, associés & des débris des Ages antérieui^j mais on ne peut citer en Suisse qu'une seule station lacustre appartenant exclusivement aux premiers temps de l'époque du fer : c'est celle de la Tène sur le lac de NcuchAtel.
La plupart des objets recueillis dans cette station lacustre ont
I. Le* tiputlart* de Saint-Jean-dt-BeUnilU, iD-4*, avec pluchea lithographiéin.
Hé retirés du limon, uii ils se sont consprvés d'une Façon r<*- Diurquable, à l'utiri du contact de l'air. Il s'en faut de lieaucouji qu'on en ait trouvé partout o£i se montrent des pieux, et si des recherches ulti^rieures produisent des rt^sultats, on sera forad'accorder 4 rétablissement de la T^nc une importance considi*rable, car on y aperçoit des pilotis sur une étendue de 15 hectares.
Les restes de toutes sortes provenant de cette station soni évidemment d'origine gauloise. U a été facile de s'en assureren comparant les armes qu'elle a fournies avec celles ramassées dans les fossés d'Alise-Sainte-Reine, l'antique Alesia, oii vin! etpirer l'indépendance de la Gaule dans sa lutto suprême contre César.
M. de Rougemont a fait remarquer que ces armes répondent lri>s exactement à la description que Diodore de Sicile nous a laissée de celles des Gaulois. La Suisse a donc élé habitée, an premier âge du fer, par des tribus gauloises, c'est-à-dire par une race dilTérente de celle qui occupait la contrée aux époques de la pierre et du hi-onze, et c'est cette nouvelle population qui importa en Suisse l'usage du fer.
Parmi les objets recueillis dans la palafilte de la Ti'ne, les |ilus nombreux sont les armes, consistant en épées, fer» de lance rt javelots. La plupart ayant été préservés de toute oxydation nar le limon tonrbeu\ (jui les recouvrait, sont dune conservation parfaite.
Les épées sont toutes droites, d'une faible épaisseur (3 millimètres au plus) et absolument plates. La lame a de 60 à 90 centimètres de long, et se termine par une poignée d'environ 15 centimètres. Elles n'ont ni garde ni croisière. Beaucoup sont encore dans le fourreau, d'où plusieurs ont pu être retirées dans un état parfait et même coupant très bien.
La ligure 280 représente l'une des épées en fer des lacs de la Suisse, dessinée dans le Mémoire de M. Desor.
Une autre épée que nous figurons en même temps présente, sur presque toute sa surface, une sorte de damassure (flg. 281), et les bords seuls sont entièrement lisses- Un archéologue, M. de Reffye, a expliqué ce fait de la manière suivante. D'après lui, le corps de la lame est en fer très dur e1 peu souple, tandis que les tranchants sont faits de petites bandes de fer doux, soudées après coup et façonnées au inar-
teau. Il résultait de ce mode de fabricafioii que le soldat pouvait lui-même réparer son épée par le martelage, lorsqu'elle éUiit ébrécliée. C'était lA une ressource précieuse fi une époque où les armées ne traînaient ù leur suite aucun approvisionnemcnl, et oii le bagage du guerrier se réduisait à peu près à ce qu'il portait sur lui.
On a trouvé beaucoup de ces lames damassées dans leb fos ses d'Alise.
Les fourreaux, dont nous con statons l'existence pour la première fois, ont une grande importance à cause des deb^mii qui les décorent. La plupart de ces dessins sont gravés au burin, d'autres sont faits uu le l>oussé. Tous ont «ne origmalité, un caractère propre qui ne permet pas de les confondre avec les productions de l'art romain. L'un de ces fourreaux (fig. 282) appartenant A la collection de M. Desor, et figuré dans son Mémoire , représente le cheval cornu, emblème des Gaulois, ce qui établit suffisamment l'origine gauloise des armes du lac de la Tène. On reman|ue au-dessous de cet emblème une espèce de granulation, qui a l'aspect de la peau de chagrin.
Ce fourreau se compose de deux feuilles trë^ minces de fer battu, appliquées l'une sur l'autie, excepté dans le bas, où le joint est fait au moyen
mité supérieure existe une plaque, portant d'un
côté les dessins dont nous avons parlé, et de l'autre un anneau,
pour suspendre l'arme à la ceinture.
Les fers de lance sont très remarquables par leurs formes bizarres et leurs grandes dimensions. Ils mesurent jusqu'à 40 centimètres de long sur 4 à 6 de large, et sont à deux tranchants, contournés de façons fort diverses. Ils présentent des ailerons,
AGE DES MRTAL'X.
des échancrures non symétriqups. Quelques-uns sont même njourés en forme de demi-lune (flg. 283). La liallebarde du moyen Age pourrait bien n'ûtre qu'un perfectionnement ou une déviation de ces ormes singulières.
On a retrouvé des morceaux de la hampe de bois qui s'adaptait dans i-es pointes de lance : elle était mince et garnie à son extrémité d'un revtUemenf en fer.
Ce qui fait qu'on a vu l)ï de» fers de lance, et non de «impies
Fourreau iCépéi' dans tes laça ilu
Fip. Î83. Fîg. 384. Fer de
Fer de lancv jnrclotlrouvidaiwU
Iroiivé station lacoslK
dans Jc9 lacs dv de la Tûne (tac de
In Suisse. NeucliàUl).
traits, ou des javelots destinés à être lancés au loin, et par conséquent perdus, c'est le soin avec lequel ils sont travaillés. Éviilemnient on ne se sérail pas donné tant de peine pour codfectionner une arme appelée à servir une fois seulement.
Il en est tout aulrenient des javelols qui ont élé recueillis en assez grand nombre dans la stulion lacustre de la Tène. Ce sont de simples fers à douille [tig. 28^), terminés en feuille de laurier et longs d'environ 10 à 12 centime Ires.
II résulte d'expériences faites par ordre de Napoléon III que ces javelols ne pouvaient servir que comme arme de jet, et
Wwm
BM|
■HJflHr'4l^*^
^^h'c^^mH^^^^^^I
mm '^''îi
w^^^KÊBM'^^e
^Ê^mÊÊ
I^^^^^fi
^ rs"' ^