‹ L'homme qui vientChapitre 35 sur 48 · VII. — LE CONDUCTEUR DANS NOTRE TEMPS · texte numérisé non relu

VII. — LE CONDUCTEUR DANS NOTRE TEMPS

La domination de l’homme au fouet est éternelle. Mais il ne lui suffit plus, dans notre temps, d’être capable de commander et de faire travailler dans les champs. Soldat ou laboureur, cela est tout à fait insuffisant. Il lui faut être aussi chef d'industrie ou de commerce. — Il lui faut inventer des travaux, concevoir des trafics, combiner des associations de capitaux, grouper et utiliser les énergies accumulées et les énergies vivantes. Et il lui faut aussi, comme à l’ancien aristocrate, l'esprit de lutte et l'esprit de risque.

Car la scène des origines se reproduit chaque jour. De même qu'autrefois il fallait risquer ce capital qu'était le premier effort pour une satisfaction incertaine, il faut risquer aujourd’hui ce que l’on possède pour un profit incertain. — Tu peux tout perdre, dit l'expérience. L'un répond : « Mieux vaut tenir que courir. Avec le fruit de mon épargne, J'achète du Consolidé. » C’est

l'esclave. L'autre : « Qui ne risque rien n’a rien. Je risque tout. » C’est le futur aristocrate, celui que nous nommons aujourd'hui «patron ».

Ainsi commence la sélection. Et plus tu

risques, plus tu t'élèves, ton rang dans la hié- rarchie capitaliste étant fixé par ton audace, comme autrefois celui de l’homme noble dans la hiérarchie des guerriers par sa vaillance. Tel s'arrête petit fabricant de boutons ; tel autre devient roi de l'acier.

Ce n’est pas tout que de risquer. Comme autrefois le premier noble entraînait ses esclaves vers les meilleures terres, il faut que le patron entraine ses salariés vers les meilleures affaires. IL faut en outre qu'il soit capable d'inventer un travail et une manière d’en placer les produits ; il faut enfin qu'il connaisse les hommes et sache comment il peut utiliser leurs talents et diriger leur énergie.

Mais il faut quil soit par-dessus tout le Maîire, celui avec qui on ne discute pas, qui doit décider de tout et qui excite les énergies défaillantes, et dont on craint la parole comme un fouet. Car à quoi lui serviraient toutes ses autres qualités s'il n'avait pas la vertu du com-

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LES EN PR 2e

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