VIII. — LE SOCIALISME OÙ LE RETOUR A LA BÊTE
Si la domination de l’homme au fouet doit être éternelle, c’est que la Contrainte sera éternellement nécessaire pour que l'homme travaille. Car le travail ne sera Jamais un plaisir. Au contraire, il devient une peine de plus en plus grande, de plus en plus éloignée de ce qui est notre plaisir animal, et que n'adoucit pas toujours la certitude de son utilité. Il est des tâches que le serviteur accomplit en croyant qu'elles ne servent en rien la civilisation et qu'elles n'existent que pour le caprice, la fantaisie personnelle d'un aristocrate ; parfois même leur haute utilité est à peine entrevue, ou point du tout, par ceux qui ordonnent de les exécuter. Et chaque fois que l'on invente des tâches nouvelles, les prolétaires disent : « Cela ne servira à rien, » ou bien : « Cela va compliquer la vie. »
Si la contrainte cessait, ils continueraient de travailler pendant quelque temps, parce qu'ils
LE SOCIALISME à 2
seraient entraînés par la longue habitude laborieuse de l'instinct, mais ils iraient en descendant. Ils nommeraient des « Centralisateurs de Travail » à quiils donneraient le « mandat impératif » de supprimer toutes les tâches dont ils ne voient pas l'utilité, et ensuite toutes celles qui compliquent Ja vie, et aboutiraient ainsi à supprimer toute civilisation, même la plus élémentaire, — car la première étincelle qui jaillit du frottement de deux morceaux de bois a aussi compliqué la vie. Et enfin ils s’étendraient sur le sol en disant : « Nous voulons faire ce qui nous plaît; nous ne voulons plus de contrainte. » Après quoi il n'y aurait plus qu'à recommencer l’histoire, — ou à mourir.
C'est ainsi que le socialisme, qui veut abolir toute contrainte, est le Retour à la Bête,
Ils disent : « L'intelligence et la science nous conduiront au progrès. » Mais pour appliquer les découvertes de l'intelligence, la science, il faudra toujours de l’énergie et des efforts, et c’est précisément cela, qui est capital, que les hommes ne consentiront point volontairement ;
quand il faudra se fatiguer, ils demanderont,
comme aux premiers jours : « À quoi bon?
Nous ne sommes pas certains que cela réussira. » Et si on leur crie scientifiquement qu'ils retournent à la Bête, ils inventeront une philosophie pour justifier ce retour et répondront ! « Les animaux sont bien plus heureux que nous. Ils ne filent ni ne tissent. N'est-ce donc point la suprême sagesse que de vivre comme eux ? »
Car la science ne sert de rien à l'homme pour sa conduite. L'homme ne fait d'effort sur luimême que par la crainte d’un autre homme ou de Dieu. L’ivrogne et le débauché savent qu'ils vont à leur déchéance s'ils persistent dans leurs vices; mais ils y demeurent, malgré leurscience, jusqu'à la mort.
Ils disent encore : « Les machines feront le travail pour nous. » Mais il faudra d’abord faire les machines, et quand elles seront faites, 1l faudra leur préparer la besogne et les diriger. Et ce sera encore un effort; ce ne sera qu'un effort d'attention et d'intelligence, mais ce sera quand même un effort pénible. — Vous ne sentirez plus la fatigue entre vos épaules ou dans