LE DOGME DE LA COUPE ET SES DÉRIVÉS
« Alors Zoroastre dit : « J’adresse ma prière à « Ilaoma. Quel est, ô Haoma, le premier mortel qui « dans le monde existant, vous ayant invoqué et « s’étant humilié devant vous, ait obtenu ce qu’il « désirait? » — Alors Haoma pur et qui éloigne la mort me répondit : « Vivenghvat est le premier mor- « tel qui, dans le monde existant, m’ayant invoqué « et s’étant humilié devant moi, ait obtenu ce qu’il « désirait, lui qui a engendré un fils distingué, « Yima-Tchaèto (Djemshid), père des peuples 5 . » . L’identité du Vivenghvat iranien et du Vivasvat indou a été signalée par Bopp ( Nalus , p. '205) et dé-
1 DTrville, Pvemier voyage, t. II, p. 445; t. III, p. 083.
2 Vièra, Soticîas.
5 Yaçna, II. *J.
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montrée par Lassen (Ind. Allerthumsk , p. 517) et par M. E. Burnouf, notamment dans la préface du troisième volume du Bhagavata , pages 48 et suivantes. Le dogme du Ilaoma (forme zend du Soma sanscrit) révélé à Vivenglivat, appartient donc aux époques primitives du brahmanisme comme du masdéisme. — « De la vérité naquit dans l’origine le Soma, du Soma le Vêda, du Vêda l’Amrila (l’immortalité) *. »
La plante soma est Yasclepias acida; le haoma était un végétal différent, mais, dans la liturgie védique comme dans celle des Naçkas, l’un comme l’autre rappelait le nom d’une divinité, dont leur suc, exprimé et bu dans certains sacrifices, constituait l’expression terrestre et pour ainsi dire le corps sacramentel 2 .
1° « O Soma ! ô liquide sacré ! sous ta conduite nos ancêtres généreux ont acquis une récompense parmi les Dévas... Tes forces sur la terre, dans les montagnes, dans les végétaux, dans les eaux, toutes ces forces, applique-les avec bonté à notre profit, et agrée nos sacrifices. O Sonia ! tu es le maître des hommes pieux ; tu es pour nous la fontaine de vie ; si tu le voulais, ami des louanges, souverain des végétaux, nous ne mourrions pas. O Soma!
* Ramayana, Ayodhyacanda, chap. li.
- J. Revnaud, de l’Esprit de la Gaule, p. 142 et suiv.
ni
nous t’exaltons dans nos prières ; favorise-nous, visite-nous; toi, qui augmentes l’opulence, qui connais les richesses, qui donnes la santé, qui donnes la prospérité, sois notre ami!.,. Sois-nous un allié salutaire; protége-nous contre le crime ; développe-toi, auteur de notre immortalité , ô Sonia ! Dispense-nous dans le ciel les nourritures excellentes. À celui qui lui offre des sacrifices, Soma donne une vache, un cheval rapide, un fils adroit, propre aux ouvrages domestiques, pieux, prudent dans son langage, propagateur de la gloire de son père 1 ... »
2° « 0 llaoina, toi qui t’élèves comme une fleur nouvellement éclose, je te prie hautement, avec pureté, avec intelligence... J’adresse ma prière à l’année, à la pluie, auxquelles il a donné un corps sur le sommet des montagnes. J’adresse ma prière aux cimes des monts sur lesquelles Ilaoma paraît. Ollaoma! tu produis visiblement l’abondance et les biens purs... Sois favorable à tous les arbres, à toutes les fleurs ; que le cœur de celui qui t’invoque s’épanouisse comme la fleur! Que l’homme qui te prie soit toujours victorieux ! Les Daewas de mille espèces sont au-dessous, ô Ilaoma, de celui qui t’invoque, de celui qui te célèbre ; sont au-
' Ng-Yùda, H. XCI.
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-dessous, ô Haoma, de celui qui te mange ! Par ces actes grands et méritoires, que tous les maux soient anéantis en ce lieu !... Que partout où l’on récite ia parole sacrée, où l’on invoque Haoma qui donne la santé, Haoma fasse briller la beauté et la santé dans les maisons ! Haoma ! veille sur nous comme un père sur son fils encore enfant !... O Haoma ! plein de bonté, de couleur d’or, donnemoi la santé, à moi qui suis pur !... J’adresse mes prières à Haoma, qui peut rendre le pauvre grand et riche... O Haoma! aie pitié de moi quand je serai mort; je te célèbre avec éclat ; je fixe sur toi ma vue qui est pure. Anéantis, frappe la troupe des violents qui sont sans intelligence. Celui qui ne reconnaît pas Haoma dans son cœur, Haoma l’anéantira. Celui qui néglige de faire des sacrifices à Haoma n’aura pas des enfants purs ; Haoma ne lui donnera pas des fils justes 1 . »
3° « Les druides (ainsi les Celles nomment leurs mages) n’ont rien de plus sacré que le gui et l’arbre qui le porte, pourvu que ce soit un chêne... Ils pensent que c’est un messager céleste et un signe de la présence de la divinité même dans l’arbre.
« Lorsqu’on en a fait la rare découverte, on le
1 Yaçna, H. 10.
L’IIOMME SAUVAGE.
cueille avec une grande pompe religieuse ; niais avant toute chose au sixième jour de la lune. Donnant au gui le titre de guérissant tout , ils préparent sous l’arbre des sacrifices et des banquets sacrés ; ils y amènent deux taureaux de couleur blanche, un prêtre monte sur l’arbre, y cueille la plante avec une serpe d’or, et la reçoit dans sa blanche tunique. Ensuite ils immolent les victimes et ils implorent le dieu, afin que le don qu’il leur octroie leur soit prospère. Ils estiment que, pris en boisson , il doit donner la fécondité à tous les animaux stériles, et que c'est un remède contre tous les poisons 1 . »
Ajoutons, quant au rôle que jouait la lune dans la religion druidique et dans la récolte delà plante sacrée, que les anciens ont toujours représenté les druides avec un croissant à la main, et que dans les liturgies il y a connexion intime entre la plante symbolique et l’astre de la nuit, enfin que ces deux objets figurent en mythologie sous le môme nom : « Sorna , dieu de la lune, roi des brahmanes cl des herbes médicinales \ »
On trouve les traces précises de traditions rela-
1 Pline, 1. XVI
s Manava Shastra, 1. IX, p. 120.
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lives au même sujet notamment en Chine, dans la Polynésie, et aussi au Mexique :
Chine. — Fo-hi est le premier qui régla les rites Kiao-cha (consacrés au Seigneur suprême, considéré sous sa double nature de père et de mère des choses). Pour cet usage, Fo-hi fit un vase ou coupe qu’il appela Ting , « vase qui est l’origine de l’harmonie, car, quand il est renversé, l’ouverture en bas, c’est tchong , une cloche, qui est la hase et le fondement de la musique ; quand il est relevé, l’ouverture en haut, c’est ting, une espèce de mortier, un des principaux vases pour le sacrifice d’union 1 . »
Au douzième siècle de notre ère, un ministre de l’empereur Tching-Vang, dans un rapport à ce monarque, lui parle en ces termes :
«Vous m’avez envoyé en présent deux vases remplis de la liqueur Ivou-tchang et vous avez ainsi parlé : « Pour en boire il faut avoir le cœur pur « et respectueux. » Je n’oserais boire de cette liqueur ,mais je m'ensuis servi déjà pour honorer respectueusement vos ancêtres 2 . »
La liqueur dont il est question, dans la eompo-
* Lo-pi. flist. ch? (lu quatorzième siècle.
* Chou-Ring, cbap. xm. « '
silion de laquelle entre du millet noir (kou) et une herbe aromatique (tchang) semble réservée aux oblations funèbres, aqx libations offertes aux esprits célestes. Le caractère qui commande le respect dans l’usage de ce liquide est Yn, composé ■lui-même des trois caractères particuliers suivants : Chi, qui fait voir; Si, occident; Tou, terre,
pays. — N’y a-t-il pas là comme une réminiscence des rites védiques et de- cet Occident éloigné d’où les ancêtres de la nation chinoise sont sortis?
Polynésie. — Pour quiconque a étudié ou seulement lu avec un peu d’attention les relations des explorateurs des archipels polynésiens, l’origine du Kava ne saurait être mise en doute.
La plante Kava est une sorte de poivrier (piper), et, par une analogie première avec les plantes consacrées de l’ A rie primitive, le même nom désigne chez les Polynésiens la plante, le sue ou boisson qu’on en exprime, et enfin le cérémonial auquel celte boisson donnait lieu. Jusqu’à la fin du siècle dernier, à Tahiti, à Tonga, à Hawaï et dans leurs annexes, ainsi que dans l’archipel des Carolines, aucun grave événement n’avait lieu : traité de paix ou de guerre, conseil de la nation, funérailles de chef, anniversaires, etc., sans être accompagné ou consacré par la solennité du Kava.
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Les chefs, guerriers et prêtres, et les propriétaires du sol avaient seuls droit à y prendre part (Œris, Eguis, Arijcis, Oros) ; et aucun chef ne se serait rendu à une cérémonie du Kava sur le territoire d’un inférieur, à moins que celui-ci n’eûi consenti à lui en céder la présidence.
La réunion se tenait toujours au pied d’un temple des dieux, tombeau des ancêtres (Moraï, Faï- Toka), tous les assistants formant un cercle et gardant un silence solennel pendant la préparation de la boisson mystique. — La plante ellemême était un emblème de paix l .
Mexique. — En certaines solennités religieuses, on pétrissait avec de la fleur de maïs mêlée de àang une statue de la divinité tutélaire de la nation, et, après la consécration des prêtres, on la distribuait au peuple, qui la mangeait avec de nombreuses marques de respect, d’humilité et de douleur, déclarant que c’était là comme la chair de son dieu*.
1 Voy. entre autres : Mariner [Tonga) et d’Urville. Premier voyage, t. IV.
i Voy. Veytia et Acosta.