‹ L'homme sauvageChapitre 16 sur 26 · OBOS. — SO J BOURG A NS · texte numérisé non relu

OBOS. — SO J BOURG A NS

« . . bientôt nous nous trouvâmes en présence d’un grand Obo, au pied duquel les Tartares viennent adorer l’esprit de la montagne. Ce monument n’est autre chose qu’un énorme tas de pierres amoncelées sans ordre. A la base est une grande urne de granit, dans laquelle on brûle de l’encens. Le sommet est couronné d’un grand nombre débranchés desséchéés, fixées au hasard parmi les pierres. A ces branches sont suspendues des ossements et des banderoles chamarrées de sentences thibétaines ou mongoles. »

o ...Dans toutes les contrées de la Tartarie, on rencontre fréquemment de ces monuments in-

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formes; tonies les montagnes en sont couronnées, et les Mongols en font l’objet de fréquents pèlerinages. Ces Obos nous rappelaient involontairement ces lieux élevés , loca excelsa , dont parle la Bible 1 . »

Suivant Timkowski (Voyage de Kiakhta à Pékin) les Soubourgans diffèrent des Obos par la matière et par la forme. Ils sont le plus souvent composés d’une charpente de bois, affectant la ligure d’un obélisque.

Dans l’ile de Savu, chaque rajali dresse, dans la principale ville de sa principauté, une grande pierre qui sert de monument à son règne. Plusieurs de ces pierres, rapporte encore Cook, sont si grandes, qu'il est difficile de concevoir par quels moyens on a pu les amener au sommet de la colline où elles sont placées.

La terre est remplie de ces monuments de l’homme, qui semblent fort au-dessus des forces de la mécanique actuelle.

Lors même que tous les aborigènes de l’Inde . ne posséderaient pas, ainsi qu’ils le font, au degré le plus intime, les mêmes croyances, les mêmes

1 Hue, Souvenirs d'un voyage dans la Tartane, le Thibcl et la Chine. 1844-1810.

1/IIOMME S.Vl! VAi.L.

rites, la foi aux sortilèges, le culte spécial de certains esprits élémentaires, le même mépris pour les idoles et pour la doctrine de la métempsycose, les mêmes coutumes domestiques, la même forme d’habitation et de vêtement, la même adresse à tirer parti du bambou pour leurs ustensiles, la même tactique en temps de guerre, et le même mode d’attaquer de nuit et de semer de chausse-trapes les chemins exposés à la venue de l'ennemi, nous ne voudrions pour preuves de leur antique parenté que leur organisation sociale, rappelant celle des premiers Celtes et des premiers Hellènes qui s'établirent en Europe, et surtout le soin religieux avec lequel ils consacrent par des monuments lapidaires la sépulture de leurs chefs et la mémoire des événements saillants de leur existence sociale.

Ces monuments en pierres brutes et non taillées, comme les premiers autels de Jéhova, sont tantôt isolés, comme les maen-hayrs bretons, tantôt disposés en cercle comme le stone-henge anglais, ou superposés l’un à l’autre comme les dolmens. Un lieutenant du génie du Bengale , M. Vule, qui le premier attira l’attention sur ces monuments, mentionne entre autres le cercle de Northung *, dans les monts Khasias, composé de

1 Ou Nurthiung, près des frontières ctu Bengale oriental.

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plusieurs dolmens et d’une douzaine de pierres levées, dont quelques-unes n’ont pas moins de trente-deux pieds de haut, sur quinze de large et deux d’épaisseur. Il remarque que la disposition de ces monolithes, ainsi que celle des autels ou

Le cercle de Northung.

tombeaux, généralement supportés par trois blocs moins forts, rappelle identiquement celle de tous les vestiges de la civilisation druidique conservés dans notre Occident, ou découverts par Bell en Circassie et par Mangles et Irby dans leurs voyages

en Syrie. Il ajoute que presque tous les villages des Khasias orientaux tirent leurs noms de vestiges semblables : ainsi Mausmai signifie la pierre du serment , parce que, à la suite de longs cl sanglants démêlés, les clans deChurra et de Mausmai, ayant fait la paix, la jurèrent en ce lieu et dressèrent un monolithe en témoignage de cet événement, de la môme manière que Laban éleva une stèle entre son gendre et lui, disant : « Regarde cette pierre; qu’elle soit dorénavant un témoin entre toi et moi »

De même, Mamloo est la pierre du sel , et se lie à l’antique usage de sanctionner une alliance, un traité olfensif ou défensif, par la communion du sel. De môme encore Maunflong est la pierre verte , etc.

Si, à tant de coïncidences avec les usages caractéristiques de la civilisation première de notre Europe, on vient à joindre l'identité étymologique des radicaux désignant ces monuments dans Ja langue de nos ancêtres et dans celle des aborigènes de l’Inde 5 , n’est-on pas conduit par cette voie encore à répéter avec le consciencieux Hodgson : « Que celui qui remonte aux éléments

1 Genèse, cliap. xxxi.

* Maen, tticn, inan en celtique et en kimri; moue, maun, mam, parmi les tribus de l’Inde.

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des destinées humaines pour étudier séiieusement le progrès des sociétés, au lieu d’envisager le passé d’après des théories préconçues ou des préjugés classiques, se donne pour lâche de regarder autour de lui et de comparer 2 . »

1 Hodgson, on the Aborigènes of lmlin. (Journal of tlic Asiatic Socictv, 1819.)

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