‹ L'Homme selon la science et la foiChapitre 15 sur 31 · I. Mgr Place, évêque de Marseille · texte numérisé non relu

I. Mgr Place, évêque de Marseille

voyeuse égoïste des instincts et des intérêts d'en bas. Quant aux mœurs politiques et sociales, comment oser en rien dire? La patrie en deuil porte au flanc et au front des blessures qui parlent assez haut et accusent moins encore la haine de l'ennemi que les vices et la décadence de ses propres enfants.

Bref, abusée par une philosophie sans conscience, qui, au lieu d'être l'effort viril de la pensée vers Dieu, n'a été le plus souvent qu'une littérature et un jeu d'esprit, énervée par un scepticisme dégradant, rongée par un individualisme sans frein, notre société se décompose d'heure en heure et ne sera peutêtre demain qu'un cadavre en proie aux vers.

Or, Messieurs, quand on est là, — et sans calomnier mon pays, ne puis-je affirmer que nous sommes sur cette pente? — il n'y a point d'autre alternative : ou un essor tout-puissant de la Foi, ou la mort.

La Foi, c'est la vie d'un peuple, et un peuple meurt fatalement du jour où il n'en a plus. La Foi, Messieurs, ne vous y trompez pas, c'est

îa science divine éclairant de haut les profondeurs de la science et de la conscience humaines. C'est pourquoi, à notre époque, le premier souci de quiconque veut la vie de son pays et le triomphe de Dieu, doit être de réveiller dans les âmes ce qui reste encore de croyances, et de relever dans l'opinion cette doctrine chrétienne qui a engendré les dixneuf siècles de notre civilisation sans égale. Hors de là, point de salut.

Mais, Messieurs, faire revivre dans des âmes, et en un siècle, des croyances qui, peu à peu, se sont éteintes et usées, n'est pas une œuvre facile. Il faut à tout prix, pour y réussir, enseigner, interpréter à nouveau, rajeunir ces croyances, en portant sur elles et en elles la lumière toujours jeune, parce qu'elle est éternelle, de la science divine. Car, il est inutile de nous le dissimuler, si une foule d'esprits errent, aujourd'hui, en dehors de la doctrine catholique, c'est qu'ils l'ignorent. Si beaucoup d'autres, trop nombreux toujours, la dédaignent, la repoussent ou l'anathématisent, c'est

qu'ils la croient un dogme fini et dépassé; c'est qu'ils ne la voient plus que travestie par le persiflage, la calomnie et le sophisme de la passion antireligieuse, ou déshonorée par l'étroitesse d'idées et le pharisaïsme de quelques interprètes sans mandat. Eh bien, Messieurs, sachons répondre aux premiers par le zèle d'un enseignement religieux vraiment apostolique. Au lieu d'attendre ou d'appeler les âmes qui s'éloignent et ne nous entendent plus, volons à leur poursuite. Sachons surtout désarmer et rallier les seconds, en substituant devant leurs yeux, à la caricature de la science divine, sa fidèle et splendide image.

C'est dans un tel dessein, Messieurs, que je viens au milieu de vous, résolu, selon la faible mesure de mes forces, à enseigner et à remettre en honneur dans vos intelligences cette doctrine chrétienne dont l'oubli a causé notre décadence intellectuelle, morale et sociale, mais dont la restauration ne tarderait pas à relever notre race et à préparer notre salut.

Toute doctrine religieuse se ramène forcé-

ment à trois grands chefs : Dieu, l'homme et l'univers. Une telle doctrine, ayant pour but de révéler le lien qui rattache l'homme et l'ensemble des choses à Dieu, ne saurait, en effet, nous laisser ignorer ni ce qu'est l'homme, ni ce qu'est l'univers, ni ce qu'est Dieu. Aussi saint Thomas d'Aquin, avec cette profondeur simple et cette précision qui est le cachet de son génie, définit-il la doctrine catholique : la science de Dieu et de toutes choses, en tant que toutes choses se rapportent à Dieu, comme à leur principe et à leur fin [ .

Je me propose, messieurs, de vous initier à cette science et de vous en exposer les notions fondamentales, en insistant de préférence sur celles qui, à notre époque, sont le plus attaquées. Cette année , nous étudierons l'homme; et puisqu'il est impossible de connaître une chose complètement, à moins de savoir sa nature, son origine, sa destinée totale, les faits saillants de son histoire et ses

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