‹ L'homme vertChapitre 3 sur 25 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

FATT-SON , MARGUERITE , FANNY , EDWIN , MARIE , Servantes de ferme.

( yéu lever du rideau , les persoTinages figurent une veillée villageoise. Une lampe allumée est sur la table : les femnies travaillent j Fatt-Son lient un livre, Edwin cause avec Fannj. )

FATT-SON.

Allons, allons, enî^ns , sat prata hibenuit j c^si-A-iWv* assez causé.

MARGUERITE

Mais enfin, monsieur l'i\lderraann, puisqu'on l'a vu.

FATT-SON.

On l'a vu ! . • Tenez , ma clière dame , je sais à quoi m^en tenir au sujet de votre liomme vert : c'est un vieux cootjt avec lequel on nous berce depuis cent ans. . . Ah çà ! voyon,s, parlons raison , si c'est possible. Qu'est-ce que c'est qu'un homme vert? l'avez-vous ru, l'homme vert?

MAUGUERITE.

Non.

MARIE

Ni moi.

FANNY

Ni moi.

fatt-son.

Ah ! eh bien ! ni moi non plus.

MARGUERITE

Mais il n'y a pas un coin de l'Ecosse qu'il ne visilc-

FATT-SON.

Laissez donc... Je conçois que dans les cantons où la police est mal faite... Par exemple , il y a vingt ans, quand j'arrivai dans ce pays, il n''était question que de sorciers, de fantômes^ d'esprits. . .

Air : Quand l'amour naquit à Cythère.

Je dus, en sachant bien m'y prendre , F.iire cesser des récits fabuleux ; Vous conviendrez qu'il suffit de m'eutendre , Pour ne plus croire au merveilleux.

Des paysans j'ai réveillé l'audace , De mes discours ils ont fart leur profit , Et depuis que je suis en place On n'entend plus parler d'esprit.

MARGUERITE-

Vous croyez? Eh bien! si je vous disais que mon pauvre mari l'avait vu comme je vous vois.

FATT-SON.

En vérité?

MARIE

Ah mon dieu! oui , mon père le rencontra la veille de son mariage , et il a toujours dit qu'ça lui porterait malheur. EDWiN , souriant.

Peste! ceci devient sérieux.

FATT-60N.

Comment ! sir Edvfin , vous aussi !.. Un baronnet ajouter foi ! . . (<i Marguerite. ) Et votre mari vous a fait le portrait de ce mystérieux personnage. Voyons, je suis curieux de connaître sou signalement.

MARIE

. Ah ! oui , maman, son portrait.

MARGUERITE

D'abord , il est vert des pieds jusqu'à la tête.

FATT-SON.

Vctu de vert. . . Ah ! ah! c'est sans doute pour ça qu'( 'appelle l'homme vert.

MARGUERITE

Air : Lise épouse V beau Gernance.

Je n'ai pas vu sa tournure , Cependant chacun assure Qu'il est laid à foire peur, Que son sourire est tiompeur, Ou rampant, ou plein d'aiwlace.

Tantôt ^vand , tantôt petit , Il change souvent de iaoe.

EDWIM.

Il doit avoir du crédit.

MARGUKPITE.

Enfin , il ne se plaît que clans le désordre , ne paraît que pour annoncer des désasires, et rire de tout le mal qu'il fait, fAtt-son , riant.

Ahl ah! le drôle de corps! ce que c'est que des lêtes faibles !.. Et vous , Fanuy , craignez-vous aussi les sortilèges?

FANNY

Pas du tout, monsieur Fait -Son : d'ailleurs, sans fortune, sans parens , élevée par pitié dans la ferme de madame Margaerite , je n'ai rien à perdre; et si l'homnie vert me faisait l'honneur de s'occuper de moi, je ne pourrais que gagner au changement.

FATT-SON.

Vous n'attendrez pas long-tems , chère petite ; votre doucse»»r , votre résignation , méritaient une récompense : aussi , pas plus tard que demain, vous allez être madame l'Aldermann.

MARIE

Monsieur l'Aldermann , y aura-t-il un cadeau de noce ?

FATT-SOIN,

Oui, petite espiègle.

EDWIJV.

Parbleu ! je suis désespéré d'avoir arrêté mon départ pour cette nuit, j'aurais dansé à votre noce.

Air : Vaudeville de V Un pour V Autre.

Oui , j'aurais dansé de grand cœur :

Vivent les noces de vin;igc i Les mères ont moins de rigueur, La fille devient moins sauvage ; Nos prudes pour se rrj'-uir

Veulent de l'art , de la décence; On danse sans goût , sans désir.

J'en conviens, j'ai plus de plaisir A faire sauter (6/s) l'innocence.

(Bas à Fannj.) Soyez tranquille ; je reste, et si vous m'écoutez. . .

FANNY , avec humeur.

Laissez-moi , Monsieur.

EDWiN ) à part.

D'honneur, cette petite fille est incompréhensible.

MARGUERITE , se levant.

Allons, mes enfans, voici l'heure de se retirer.

( Elles se lèvent toutes, )

FATT-SON.

C'est juste: j'ai heaucoup d'occupations. Des papiers qui m'arrivent, le signalement d'un mauvais sujet qu'il faut poursuivre.

EDWIN , à part.

Diable ! s'il était question de moi.

FATT-SON.

Sans adieu, mon aimable future... Décidément, sir Edwin , vous partez cette nuit?

EDWIN

Oui , monsieur l'Aldermann. Les chevaux sont commaadés , Marie ?

MARIE

Pour minuit , monsieur le Baronnet.

MARGUERITE, à Marie.

Allons, Marie, Fanny, voyons, ne faut-il pas tout remettre en place.

( Toutes les fevimes rangent la chambre j elles entrent et sortent. )

EDWIN

Attendez donc que je vous aide. ( A part en sortant.) Tâchons de profiter de ces derniers inslans. ... il serait plaisant de lui souffler la petite, la veille du mariage. ( Jl

les suit. )

Cl) SCENE IL

MARGUERITE, FATT-SON.

FATT-soN , regardant partir Edwin.

Je ne suis pas fâché que ce galllartl-là parte celte nuit.... îl paraissait fort empressé auprès de Fanny.

MARGUERITE

Bon, quelle idée ! ... un fou, un étourdi qui est amoureux de toutes les femmes. . . moi-même si j'avais voulu l'écou-

ter.

FATT-SOX.

Bah! VOUS ne le connaissez pas^etavec son air de rester huit jours à la ferme pour rétablir sa santé. Air du Petit Courrier.

n devait partir sans retour , Et , depuis un mois, il diffère ; Ce baronnet , la chose est claire , K'est plus malade que d'amour.

De plaire , eu cette conjoncture , Il compte trouver le moyen; Que F.inuy cède , et je vous jure , On verra qii'il se porte bien.

Enfin il s'en va cette nuit , bon voyage.

MARGUERITE

Tenez, M. Fatt-son, je vous le dis tout net, c' que vous me faites faire là c' n'est pas c' que j'avais promis au

fère de Faimy, lorsqu'il. est parti pour le iles avec son neveu olficier de marine.

FATT-S0^.

, Chut donc , dame Marguerite . n'allez-vous pas mettre ton'e la maisondans la cnnjldencc. De quoi s'agit-il? vo\ ons; d'une jeune lille et d'une grande fortune. ... eh i)ien! je les prends sous ma proleclion , et la seide manière de les sauver toutes deux, c'est que j'épnuse la jeune lille et la grande fortune.

MARGUIRITE.

Pourquoi ne pas déclarer d'abord à Fanny qu'elle est fille naturelle de feu. . . .

l'ATT-SON.

Cliut donc, ail ! ben oui , la tête lui tournera; l'amourproi)re, l'orgueil lui souffleront mille sottises, les galans arriveront , elle se laissera séduire par quelque freluquet et puis moi spes et forluna valete , c'est-à-dire , adieu panier, Tendanges sont faites. Une fois le mari de Fanny , j"ai en main tous les papiers , je récompense votre zèle, votre discrétion en vous assurant la propriété de celte ferme j c'est quelque chose, je crois.

MARGUERITE

Dame , vous en savez plus que mol là-dessus.

FATT-SON.

C'est certain , qu'est-ce que je clierclie là-dedans, moi? le bonheur de tout le monde, ullle didci, c'est-à-dire : qu'il est doux d'être utile!

MARGUERITE

Ainsi les deux mille livres sterling que vous deviez, lui remettre le jour de sou mariage.

FATT-SON.

Chut donc.... on pourrait nous entendre. Allons, je pars à demain , je serai ici de bonne heure.

MARGUERITE

Eh ! bon dieu ! comment allez-vous faire , la neige tombe à gros flocons.

FATï-SON.

Je n'ai que la cour à traverser , bonsoir, dame Marguerite.

MARCUERITF.

Bonsoir, monsieur l'aldermann. Attendez donc , que j vous éclaire.

FATT-SON.

C'est inutile, ne vous dérangez pas... Fiat lux : il fait clair de lune. ( // sort. )

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