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IL. — AUTOTHÉRAPIE

a) Autohémothérapie. C’est à Sicard et Gutman que revient le mérite d’avoir introduit, dès 1912, l’autohémothérapie dans l’arsenal thérapeutique. Traitant par ce procédé quelques épileptiques, ils ne retirèrent aucune

amélioration du mal comitial, mais purent faire des cons- {

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tatations intéressantes sur les variations consécutives du sang. Quelques mois plus tard, F. Ramond préconise l'emploi de cette méthode dans le traitement des maladies infectieuses; puis Ravaut en étend l’application à celui de quelques dermatoses. Depuis ces premiers essais, l’autohémothérapie a connu une faveur remarquable ; il n’est guère de syndrôme morbide rebelle contre lequel elle n’ait été tentée. Elle parait limitée à l’heure actuelle au traitement de diverses affections cutanées et à celui de manifestations anaphylactiques variées.

b) L’autosérothérapte semble avoir été employée pour la première fois par Ceni dans la tentative dont nous parlons plus haut. En 1913, Widal, Abrami et Brissaud montrent qu’un sérum humain peut devenir hétérogène pour l’organisme qui l’a fourni, et ils traitent avec un excellent résultat thérapeutique par des injections intra- | veineuses de leur propre sérum des malades atteints d’hémoglobinurie paroxystique. Quelques mois plus tard, H. Dufour et M. Crow ayant rapporté un cas de guérison de purpura hémorragique par l’anaphylaxie provoquée au sérum antidiphtérique, Widal, Abrami et Brissaud exposent les résultats que leur a donné l’autosérothérapie dans la fièvre typhoïde; la guérison totale fut-obtenue dans de très rares cas; il y eût le plus souvent disparition temporaire de la bactériémie ; dans de nombreux cas, le résultat fut négatif. De même, dans la tuberculose et le cancer, cette méthode thérapeutique ne donna aucune amélioration appréciable. Quelques semaines plus tard, on enregistre une nouvelle conquête de l’autosérothérapie, pratiquée

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cette fois par voie sous-cutanée. Achard et Ch. Flandin obtiennent par son emploi la guérison de deux cas de

“rhume des foins.

On a tendance aujourd’hui à préférer à l’autosérothérapie l’autohémothérapie dont les résultats sont sensiblement les mêmes et qui nécessite moins de manipulation.

Emploi thérapeutique spécifique du sang et du sérum humain

L'emploi du sérum et du sang humains pour combattre ou prévenir spécifiquement certaines infections réside tout entier dans celui du sang et du sérum de convalescents. Des progrès considérables ont été réalisés en ces dernières années dans la lutte contre certaines maladies infectieuses qui trouvaient le médecin désarmé; c’est le cas en particulier de la rougeole. On ne saurait refuser à Ch. Nicolle et à E. Conseil la paternité de cette nouvelle modalité thérapeutique. Le 15 février 1918, L. Ribadeau-Dumas et Et. Brissand rapportent la guérison d’un arabe atteint de rougeole très grave, à la suite de la transfusion de 200 cm3 de sang citraté provenant d’un sujet guéri de la rougeole depuis huit jours. Le 12 avril de la même année, Ch. Nicolle et E. Conseil rappellent le fait suivant qui a la valeur d’une expérience : en 1916, au cours d’une épidémie familiale de rougeole, ils ont réussi à préserver de la maladie le plus jeune des quatre frères en lui injectant pendant deux jours de suite 4 cm3 par jour du sérum de son frère le plus âgé qui avait été atteint le premier par l'infection. Seul, le jeune enfant ne contracta pas la rou-

geole, bien qu’il fut en contact permanent avec ses frères contaminés. En tenant compte. de la très grande contagiosité de la rougeole, cette expérience établit d’une manière indéniable les propriétés préventives du sérum de rougeoleux convalescents. Dans tous les pays, les tentatives de traitement curatif et préventif par ce procédé se sont dès lors multipliées. R. Debré et Ravina ont signalé un fait intéressant : si l'injection de sérum de convalescent est faite alors que le sujet est déjà en période d’incubation, la maladie revêt une forme bénigne, à caractères peu marqués. Plus tard, R. Debré, P. Joannon, H. Bonnet et J. Cros-Decam ont établi que le sang et le sérum d’adultes ayant eu autrefois la rougeole pouvaient préserver contre la maladie. Les résultats obtenus sont pour la plupart excellents; il est seulement nécessaire de mélanger plusieurs de ces sérums, car la quantité d'anticorps qu'ils renferment est des plus variables,

Avec Mlle Pascal, à l’Institut Médico-Pédagogique de Châlons-sur-Marne, nous avons obtenu en 1925, par l’injection préventive de sang total de convalescent, l’arrêt d’une épidémie de rougeole : 14 enfants non atteints ont été préservés par l’injection sous cutanée de 3 cm3 de sang total de malades guéris depuis huit jours. Cette méthode étant actuellement entrée dans la pratique courante, nous n'avons pas jugé nécessaire de publier ces faits.

Les propriétés préventives et curatives du sérum humain contre la rougeole étant rigoureusement établies, la séroprophylaxie humaine a été étendue à d'autres maladies infectieuses, en premier lieu à la scarlatine. À vrai dire,

on avait déjà tenté depuis de nombreuses années de traiter cette infection par du sang et du sérum. humain. Mais il semble bien que la notion de spécificité de ce traitement ait échappé aux premiers expérimentateurs. Weissbecker est sans doute le premier à avoir utilisé, dès 1897, les injections de sérum de convalescent dans les scarlatines graves. Son exemple fut suivi dans les années suivantes par d’autres auteurs, en particulier Huber et Blumenthal. Puis Reiss et Juugmann publient leurs résultats intéressants à la suite de l’injection intraveineuse de sang total de convalescents ; de même Rowe, Koch, Moog. Il y a quelques années, Th. Mironesco et O. Sager traitent avec succès 21 malades en injectant le sérum par voie intramusculaire. Enfin, R. J. Weissenbach obtient par l’injection de sang de convalescent l’évolution bénigne d’une scarlatine chez un sujet atteint de néphrite chronique.

D’autres infections ont également bénéficié de cette nouvelle modalité thérapeutique. C’est le cas de la polyomyélite. C’est celui de la coquelüche où l’emploi du sang de convalescent a donné un bon résultat thérapeutique dans une coqueluche grave à M. Méry et Lucien Girard. Le sérum des sujets convalescents d’oreillons a été employé - avec succès par Tessier, De Lavergne et Florentin.

Ainsi, ce nouveau mode de prévention et de guérison de certaines maladies infectieuses, récemment entré dans la pratique, s'enrichit chaque jour de nouveaux succès.

En résumé, la thérapeutique par le sang et par le sérum

humains a conquis une place particulièrement importante.

Spécifique dans certains cas, elle a mis à son actif de

nombreux succès dañs les maladies infectieuses à germe inconnu. Non spécifique, elle est la thérapeutique par excellence des cas désespérés; hémorragies chirurgicales, obstétricales, par l’emploi de la transfusion. Elle reste une méthode désensibilisatrice de premier ordre par l’emploi répété de petites quantités de sérum ou de sang dans le

traitement de divers syndrômes à pathogénie obscure, au premier rang desquels se placent les affections cutanées.

Thérapeutique sanguine dans les maladies mentales

Pendant que la pathologie générale et la thérapeutique réalisaient par l’emploi du sérum et du sang humains les ‘importants progrès que nous venons de passer brièvement en revue, la psychiâtrerie semble avoir ignoré presque entièrement les bienfaits qu’on pouvait en retirer. Et cependant, les psychiâtres auraient dû se souvenir que la première transfusion pratiquée scientifiquement en France, par Denis, en 1667, le fut « sur un jeune homme de seize ans, qui à la suite d’une fièvre qui avait duré deux mois, et au cours de laquelle il avait été saigné vingt fois, était resté dans la stupeur et la somnolence ». Le malade « alla toujours de mieux en mieux jusqu’à guérison complète ». Plus typique encore est l'observation du dernier malade à qui Denis pratiqua la transfusion. « Le malade dont il s’agit était âgé de 34 ans. Depuis l’âge de 26 ans, il avait donné des signes non équivoques de folie. Cette folie avait présenté des intermittences marquées. Le malade avait des alternatives d’agitation et de calme. Bientôt son agitation devint extrême; il tomba dans un état complet de

délire. Etant à la campagne, à 4 lieues de Paris, il parvint à s'évader et arriva nu dans les rues de la capitale». Denis et Emmeretz font une première transfusion qui calme un peu le délire. Une seconde transfusion ramène en quelques jours le calme. « Depuis, cet homme devint tranquille, pût vaquer à ses affaires, passa ses nuits dans un sommeil non interrompu... Cet homme, qui avait été opéré vers la fin de l’année 1667, resta guéri jusqu’au mois de Janvier 1668 ». Une nouvelle transfusion est tentée par Denis. Le malade est pris de tremblement au début de l’opération qui n’est pas poursuivie, et il meurt dans la nuit. Sur cette mort, se greffe l’affaire judiciaire qui amena en 1670 le Parlement à interdire la pratique de la transfusion, comme nous l’avons indiqué plus haut.

C’est seulement vers la fin du siècle dernier que sous l’influence des nouvelles conquêtes thérapeutiques dues à la découverte des sérums immunisés, quelques essais sporadiques de sérothérapie ont été faits dans les maladies mentales. C’est ainsi qu'en 1893, Mairet et Vires ont injecté à des maniaques en évolution le sérum de maniaques en rémission et obtenu une guérison. Puis Toulouse et Crivallès retirent des bénéfices contradictoires de l’hété-

rosérothérapie appliquée aux alcooliques. Vers 1902, Ceni | croyant à l’existence de toxines épileptiques, avait essayé de vacciner des animaux avec du sérum d’épileptiques. Ce sérum ne s'étant pas montré curateur, Ceni se contenta d’injecter aux épileptiques soit leur propre sérum, soit le sérum d’autres épileptiques. Il obtint des résultats très intéressants. Guido-Guido, Wende, Tullio Mazzei, Tiengo

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