AR D
ayant expérimenté la méthode de (Ceni, améliorent plusieurs malades. Par contre, Sala et Rossi, Roncoroni, Mondino, concluent de leurs propres essais cliniques que les sujets traités n’ont présenté aucune réaction favorable à la suite des injections de sérum.
Vers la même époque, M. Weinberg, de l’Institut Pasteur a fait des expériences remarquables. Il a préparé un sérum neuro-toxique anti-humain de la façon suivante: après avoir pratiqué dans divers services d'accouchement de Paris des antopsies de nouveaux-nés non infectés, morts à la suite d’une extraction au forceps ou d’une opération césarienne, il en a prélevé aseptiquement le cerveau. Après broiement des cerveaux dans le broyeur Latapie stérilisé, l’émulsion reprise à l’eau physiologique, cette émulsion fine et homogène fût injectée sous la peau de moutons. Huit moutons ont reçu des injections pendant 4 mois, à doses croissantes de 5 à 100 cm3, tous les huit à dix jours. Ils supportèrent bien les injections et ne présentèrent que rarement des abcès. La saignée effectuée dix à quinze jours après la dernière injection de bouillie cérébrale
donna un sérum dont le pouvoir thérapeutique fut essayé sur un assez grand nombre de malades de différents asiles d’aliénés, dans les services de MM. Toulouse, Vigouroux, Chaslin et Reyneau. M. Weinberg a traité des malades en état confusionnel aigü ou laissant craindre une évolution vers la démence précoce, et aussi des sujets atteints de mélancolie et d’épilepsie. L'amélioration des troubles mentaux fût dans certains cas très rapide et très nette. M. Weinberg, attiré par d’autres recherches, fût obligé
Je 99 —
d'interrompre momentanément ses travaux dans cette direction. :
Il avait été poussé à ces expériences par les considérations suivantes : on sait que toute substance toxique injectée à faible dose peut être très salutaire à l’organisme en stimulant l’activité des tissus par lesquels elle est très nuisible à forte dose. Ce qui est vrai pour les substances toxiques d’ordre chimique est également vrai pour les cytotoxines, comme l’ont montré les recherches de Metchnikoff et de son école. Ainsi, il a été démontré qu’un sérum hémolytique préparé par exemple contre les globules rouges du mouton et du lapin, et très actif vis-àvis de ces éléments, provoque une hématoièse intense lorsqu'il est injecté à l’animal correspondant à doses très petites qui excitent les fonctions des organes hématopoiétiques. C’est ainsi que quelques savants russes ont traité avec succès les anémiques en leur injectant de minimes quantités de sérum hémolytique préparé contre les globules rouges humains. M. Weïinberg s’est demandé si des injections de petites quantités de sérum neurotoxique préparé contre les tissus cérébraux humains pourraient également agir sur l’évolution de certains troubles psychiques, en stimulant l’activité des éléments cérébraux sains au voisinage des foyers infectés, et aussi les éléments malades eux-mêmes.
Rappelons emploi de l’autohémothérapie dans le traitement de lépilepsie par Picard et Gutmann. Citons encore les essais de Donath, Fisher et Wagner qui emploient l’hétérosérothérapie aspécifique dans le traitement de la
paralysie générale; ceux de Wichura, Dollken, Freund, Kaufmann, Raubitscheck qui l’appliquent aux psychoses les plus diverses. Klebelsberg a injecté du sang animal à 72 aliénés : 5 cm3 la première fois, 2 cm3 lors des injec- : tions suivantes à huit et à quatorze jours d’intervalle. Ce traitement a été suivi d'effets irréguliers et seulement suspensifs; il à interrompu d’une façon transitoire certains états de stupeur ; quelques épileptiques aux crises quotidiennes restèrent quelques jours sans présenter d'accidents convulsifs.
Stocker et Vasilic ont utilisé le sérum de convalescent dans la démence précoce et obtenu un cas d'amélioration lente survenant trois à quatre semaines après la première injection. Tinel a signalé en 1922, à la Société de Psychiâtrie de Paris, des rémissions de courte durée provoquées chez une malade anxieuse et hypervagotonique sous l'influence d’injections sous-cutanées, de 10 em3 de sérum de cheval.
Enfin Mile Pascal a signalé les faits suivants : les injections de sérum de cheval (hémostyl), employé à la dose habituelle, n’ont eu aucun effet sur le psychisme des aliénés traités : déments précoces, maniaques, paralytiques généraux, mélancoliques à toutes les phases, épileptiques, etc... Le sérum a agi sur l’organisme seulement en modifiant, selon les cas, la nutrition générale. Les injections de sérum antidiphtérique (20 à 40 cm3) employées sur des aliénés de ‘diverses catégories, ont permis d'enregistrer un seul cas d'amélioration brusque chez use épileptique maniaque : les erises ont persisté,
Jo —
la manie a disparu. Le sérum antidysentérique de Dopter et Vaillant, injecté systématiquement aux doses de 20 à 40 em3 à 62 aliénés pendant l’épidémie de dysenterie, qui a sévi en été 1922 à l'asile de Châlons-sur-Marne, n’a produit que des améliorations de courte durée qui se confondent avec celles provoquées par la dysentérie.
Comme nous le voyons, la séro-hémothérapie chez les aliénés se borne à quelques essais expérimentaux qui sont restés isolés. Il est regrettable que cette thérapeutique qui entre chaque jour dans la pratique courante, en raison de sa simplicité et de son inocuité, n’ait pas suscité plus de travaux psychiâtriques.
Les premières de nos recherches sur ce sujet avec Mile Pascal ont fait l’objet d’une étude spéciale, publiée le 21 août 1925 dans la Presse Médicale, Dans l’ouvrage « Traïtement des maladies mentales par les chocs », pour lequel Mile Pascal a bien voulu accepter notre collaboration, elles constituent en grande partie le chapitre F : chocs sériques et sanguins (pp. 140-154).
Malgré le nombre restreint des observations, l’étude minutieuse des malades nous a permis de préciser la posologie, la technique, et ies indications pychiâtriques de cette méthode. |